28 avril 2010

Les vacances continuent !

Mitsou ( In Dog Save the Queen, eh oui !)

Et le soleil est au rendez-vous  !
A la semaine prochaine :)

23 avril 2010

La grande journée du petit Lin Yi @ Benjamin Lacombe et Brenda Williams


Ce soir, c’est le festival de la lune, le petit Lin Yi est chargé par sa maman d’aller au marché pour en rapporter des gâteaux de lune, du riz, des caramboles, des gnames et des cacahuètes pour l’oncle Hui qui en raffole tant. S’il lui reste des sous, mais seulement à cette condition, il pourra acheter le lampion  rouge en forme de lapin dont il rêve depuis longtemps, mais pour cela il lui faudra marchander, entendez par là acheter les aliments à leur juste prix, pas évident pour un petit garçon, mais le jeu en vaut la chandelle !

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Editions Milan jeunesse. 4éme trimestre 2009. 

Challenge "Je lis aussi des albums" 4/11

22 avril 2010

Le meilleur ami des livres @ Louise Yates

Ce livre sourira aux enfants, bien sûr, mais quelque chose me dit qu’ils ne seront pas les premiers à le trouver craquant et hautement séduisant… Jugez-en plutôt !
« J’adore les livres. Sentir leur odeur. Toucher le papier. Ce sont mes objets préférés.  J’aime tellement  les livres que j’ai décidé d’ouvrir une librairie. J’ai déballé les paquets et empilé les livres pour l’ouverture.
 Enfin, le grand jour est arrivé. J’ai pris un bon bain, j’ai séché mes poils, j’ai mouché mon nez, et j’ai ouvert tout grand ma porte en attendant les premiers clients.
Mais personne n’est venu. »


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Challenge "Je lis aussi des albums" 3/11

Edition Milan jeunesse - 2010


21 avril 2010

La mer @ Yoko Ogawa

Ouvrir un roman ou un recueil de Yoko Ogawa, c’est pénétrer dans un monde étrange et poétique, décalé, à la limite du mystérieux et du fantastique et pourtant bien solidement ancré dans le réel. Ses personnages principaux sont souvent entraînés à l’occasion d’un voyage, d’un déplacement à travers  l’espace dans un univers dérangeant, détonnant, où les habitudes sont brisées, et les points de vue profondément modifiés. Altération du regard qui perçoit alors l’indicible sous le regard d’un enfant aigu et vibrant, celui d’une personne âgée, fragile mais qui s’impose presque comme une évidence.
Il y a « bascule », entrée dans un monde autre, intangible au premier abord, mais bien réel, aussi présent que l’autre, le monde de tous les jours et de toutes les habitudes.
A la lisère de la folie, de la monomanie, du fétichisme, les personnages de Yoko Ogawa, ouvrent tous largement une porte vers un ailleurs résolument poétique, hanté par la mort ou la disparition souvent, mais comme un relief donné à la vie.
La mer, est un recueil de nouvelles particulièrement touchant, émouvant, étrangement bouleversant…
Le camion de poussins met en scène un vieil homme, « portier dans l’unique hôtel de la ville », locataire d’une chambre chez une veuve et sa petite fille mystérieusement muette. Se nouent entre l’homme solitaire et la gamine sans voix un lien magnifique autant qu'étrange. L’homme, un célibataire et solitaire endurci n’y comprend pourtant pas grand-chose aux enfants  :
« Tout d’abord, pour lui, l’existence des enfants elle-même était une énigme. Il n’avait ni petit frère ni petite sœur, pas de petits cousins non plus, et n’avait jamais été père. Lorsqu’il avait commencé à travailler à l’hôtel, il avait reçu une formation concernant l’approche des enfants, mais à ce moment-là, ils avaient utilisé des poupées de paille. »
Et pourtant, entre la petite muette et lui, s’établit assez vite une sorte de rituel pour le moins étrange. Tous les jours ou presque, elle lui apporte une mue, le reste de la métamorphose d’un animal, insecte, serpent… La collection s’agrandit, tous deux   l’observent  longuement tous les jours, pieusement et sans parler…
Les mues, le changement en autre chose, le symbole peut-être de ce qui ne manquera pas d’arriver…
Quand un camion de poussins multicolores se met à passer régulièrement sur la route qui longe la maison, la nature ou signification des mues devient presque tangible et prend toute son importance.... Etrange rituel auquel le vieil homme se soumet bien volontiers, quand il gobe un œuf malgré son dégoût afin d'en enrichir la collection.
Gober un œuf, presque un espoir de poussin..  Mort et vie mêlées, la mue…
« Bientôt, le contenu gluant à l’odeur fade coula dans sa gorge. La coquille était froide et râpeuse sur ses lèvres. Contenant son envie de vomir, il se força à l’avaler sans se donner le temps d’y goûter. Dans l’espace entre sa bouche en cul de poule et la coquille, de l’air s’échappa qui fit un drôle de bruit.
Petit à petit, l’homme avait l’impression de devoir avaler un poussin mort un jour de fête. Maintenant, il procédait à la cérémonie funéraire du poussin mort solitaire au terme d’un transport au loin , après avoir été coloré et serré au maximum pendant le transport. Faisant attention à ce que la fillette ne s’en aperçoive pas, il l’inhumait discrètement dans un champ de fleurs.
Les yeux fermés, il avala tout jusqu’à la dernière goutte. La petite fille qui balançait ses jambes sur le lit battit des mains. Il ne restait plus entre eux qu’une petite coquille blanche. L’homme l’ajouta à la collection sur le rebord de la fenêtre. L œuf aussitôt se mêla habilement aux autres dépouilles. Les applaudissements de la fillette augmentèrent. »
Mais un jour, le camion verse dans le fossé et c’est toute une multitude de petites boules de couleur qui se envahit le champ, comme une promesse de vie chamarrée et la petite fille se met à parler…

Le bureau de dactylographie japonaise « Butterfly »
… Tout est déjà dans le titre ou presque.  Imaginez d'imposantes machines à écrire, plus lentes et encombrantes que celles maniant les caractères européens, et nécessitant à l'usage tout un rituel, poétique et dansant…
« - Regardez le mouvement de la main tenant le levier qui cherche un caractère sur la casse, ne trouvez-vous pas qu’il ressemble à celui d’un papillon volant à la recherche du nectar des fleurs ? ».
Quand l’un des caractères de plomb casse ou se brise, il faut alors gravir l’escalier poussiéreux qui monte au dépôt. Là, derrière une vitre dépolie officie le gardien des caractères d’imprimerie, homme sans visage, dont on ne distingue que la main, teintée irrémédiablement de gris, celui du plomb et des caractères qu’il chérit par-dessus tout, petite entité douée de vie et d’un fort pouvoir sensuel, érotique…
« Il fit courir ses doigts sur le bi blessé, sur le déséquilibré. Caresse les courbes, pince les protubérances, applique sa chair sur les interstices. Il souffle dessus, les réchauffe de ses lèvres, les lèche. Comme il s’attarde minutieusement sur les endroits qui manquent, on dirait que sa langue y adhère et on a presque l’illusion qu’elle ne peut plus s’en détacher. C’est pour ça que sa langue elle aussi a pris la couleur du plomb. »

Et puis, il y a La guide, ou plutôt son enfant, un jeune ado, qui rencontre, au cours de l’une des expéditions organisée par a sa mère, un vieil homme, un peu en retrait, doux et tendrement distant.
C’est un poète retraité qui a choisi de ne plus écrire pour ouvrir un magasin, une« titrerie», un peu comme la "chemiserie"  de la seule amie de sa mère (chemiserie un peu étrange elle aussi, puisque toutes les chemises se doivent d'avoir un "défaut"  une particularité, une poche dans le dos, qui leur donne un certain pouvoir, une aura indispensable les jours où l‘on se sent un peu plus vulnérable que les autres….
Une titrerie...  « Mon travail, c’est de mettre un titre sur les souvenirs que m’apportent les clients », afin que plus jamais, ils ne les oublient…
Rencontre inoubliable, comme les autres,  un peu « surréaliste », portée au rêve et à l’ailleurs…
« Pourquoi avez-vous arrêté d’être poète ?
Ne sachant quoi répondre, il gardait la tête baissée, la main sur le menton. Je ne savais pas trop s’il était blessé par cette question indiscrète ou s’il cherchait des mots qu’un enfant pouvait  comprendre. Au moment où j’allais m’excuser d’avoir posé une question idiote, il a enfin ouvert la bouche.
- Il y a beaucoup de gens qui n’ont pas de poèmes, mais il n’y a personne qui n’ait pas de souvenirs. »

Editions Actes Sud - Avril 2009.


17 avril 2010

Ah ! un peu de vacances :)

  "Un loup à la maison" - Mim et Sébastien Pelon. Milan jeunesse

Fini l'emploi du temps réglé comme du papier à musique.
Enfin du temps pour "traîner", lire ou ne rien faire, tout simplement...
 Mais je risque de continuer à publier un peu ici :)
On peut dire qu'on les attendait tous, ces vacances-là ...  !
J'espère juste que la voiture bleue nous conduira à bon port, malgré son grand âge !
A très bientôt !

16 avril 2010

Un loup à la maison @ Mim et Sébastien Pelon

Madame Bê est une bonne mère de famille qui élève seule ses sept petits chevreaux. La maison est tenue à la perfection, le jardin potager admirablement bien entretenu, tomates, tulipes, carottes sont toutes impeccablement alignées, comme au garde à vous. Quand elle part faire les courses dans sa petite deux-chevaux bleue, elle ne manque pas de rappeler aux enfants le principe de base incontournable de la maison :  n’ouvrir à personne et sous aucune prétexte (bien qu’aucun voisin ne montre jamais le bout de son nez, Il y a bien longtemps que la famille Bê n'invite plus personne...).
Oui mais voilà, à peine a-t-elle le dos tourné et alors que les chevreaux goûtent joyeusement dans la cuisine, on frappe à la porte ou plutôt on frotte le carreau d’une grosse patte velue. Le loup ! s’écrient en cœur les biquets.  Ils se cachent, se tapissent sous la table de la cuisine, mais peu à peu la voix s’ éteint pour faire place à des gémissements, puis… plus rien, le silence… Deux heures plus tard, les biquets tentent un coup d’œil, le loup (puisqu'il s'agit bien d'un loup) est allongé, fort mal en point, son pelage tout mité, et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne paraît pas en très bon état… 

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Challenge "Je lis aussi des albums" N° 2/11

Pour Yaël et Vanessa ... 

Editions Milan jeunesse - 2010

15 avril 2010

L'enfant de tous les silences @ Kim Edwards


Je l'avais lu en anglais il y a quelque temps déjà, j'avais beaucoup aimé...

Voilà un an à présent que les éditions Belfond ont eu l'heureuse idée de le publier (en reprenant d'ailleurs la même couverture).

Une belle occasion de le découvrir (et d'en parler ) ?

Editions Belfond - Avril 2009

Titre original : The Memory Keeper’s Daughter

1 an - 365 dessins @ Nicolas Keramidas

Tous les amateurs de bandes dessinées connaissent Nicolas Keramidas, que j'avoue pour ma part  découvrir à l'occasion de la sortie de ce petit livre (comme toujours chez Soleil, très joliment "fabriqué" - couverture épaisse et cartonnée, marque-page rouge, et une fort belle qualité de papier et d'impression) qui ne regroupe pas moins de 365 dessins, ceux qui de toute évidence lui viennent à l'idée en commençant (ou finissant ou entre deux, peu importe) sa journée de travail... 
Jour après jour, il publie sur son blog des "dessins d'humeur", là où le porte le vent et ses envies, portrait  du chat tout "miteux" qui partage la vie de sa petite famille, croquis à deux mains (la sienne et celle de son fils Milo), jeu vidéo en cours d'exploration, séances (nombreuses) de signatures, arrivée d'un petit frère pour Milo et bien plus encore. Croquis toujours hyper bien ficelés, avec une bonne pincée d'humour et d'auto- dérision, le drôle de petit bonhomme à la face de cochon c'est lui...
C'est un album qui se feuillette dans l'ordre ou le désordre, peu importe, mais j'avoue avoir repris l'ordre chronologique, parce que mine de rien, certains évènements s'enchainent tout de même logiquement (l'attente et la naissance du petit frère par exemple :)

J'ai un petit faible pour les dessins créés en collaboration avec Milo (il en a de la chance tout de même Milo, j'imagine dans la cour de récré, il fait quoi ton père ? Dessinateur de BD, la classe !)
Quelques exemples :

Cliquer pour agrandir

Alors là, ne me dîtes pas que vous n' avez pas vécu une situation comparable chez des copains à la campagne par exemple, ou dans la maison d'une vieille tante un peu débordée par le ménage :

 Cliquez pour agrandir

Et pour finir, la "touche Keramidas" par excellence. J'adore.

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Sinon, que dire d'autre.... Qu'il va falloir que j'aille jeter un coup d'oeil à ses BD à présent, parce que le Sieur Keramidas me semble évidemment bourré de talent...

Cette année encore, Nicolas Keramidas tient un blog de dessins au jour le jour, à ne pas louper, en attendant peut-être, une nouvelle sortie en cartonné : c'est ici que ça se passe :  12 mois chrono.

Sinon, vous pouvez toujours aller sur son blog :)

Au sujet de Nicolas Keramidas :
Nicolas Keramidas est né à Paris en 1972. Après un Bac A3 de dessin à Grenoble, il retourne à Paris pour deux ans aux CFT GOBELINS (section animation). En 1993, il est embauché au sein de WALT DISNEY STUDIOS à Montreuil où il travaille depuis 9 ans. Parallèlement, il effectue divers travaux publicitaires pour la ville de Grenoble. Fin 2000, il présente chez Soleil un projet mettant en scène les aventures d’une petite fille, Luùna, durant l’ère préhistorique. Mais à l’issue d’une rencontre avec Didier Crisse, "Luuna" devient alors une jeune Amérindienne, et la première série de Nicolas chez Soleil.
Texte et photo © Soleil




Un grand merci à Guillaume et à Masse critique de Babelio pour cette très jolie découverte !

Editions Soleil - Janvier 2010

14 avril 2010

Certains l'aiment chaud ! et Marilyn @ Tony Curtis et Mark A. Vieira

Some like it hot, qui n’a pas vu ce film légendaire doit se précipiter séance tenante chez un bon marchand de vidéos ou lorgner d’au plus près les programmes des cinés clubs, cette comédie est un pur chef d’œuvre du genre, je l’ai à vrai dire revisionné pour l’ occasion, mais j’en parlerai sans doute, un peu plus tard, car désormais il y a LE livre !
Tony Curtis, souvenez-vous l’un des trois principaux personnages du film, prend enfin la parole pour retranscrire par le menu les évènements qui marquèrent le tournage, évènements qui à eux seuls constituent un petit roman à part entière, et comme le dit Curtis lui-même, une authentique « pièce classique en trois actes", avec des intrigues, de l’ironie, beaucoup de suspens (ah les aléas causés par cette chère Marilyn !) et surtout beaucoup de drôleries.
Tony Curtis connaissait déjà Marilyn quand débuta le tournage en 1958, il l’avait rencontrée huit ans plus tôt sur le parking des studios Universal, ils débutaient tous les deux. S’en était suivie une courte mais très jolie histoire d’amour dont Tony Curtis se souviendra toute sa vie.
« Quand j’y repense, je me rends compte que Marilyn était la première femme dont je me sois senti si proche. Ma première histoire d’adulte. C’était une relation belle et précieuse. Nous avons fini par dépendre l’un de l’autre d’une étrange manière. Nos sentiments étaient réels, ils n’ont pas résisté à la pression d’Hollywood. Nos vies exigeaient trop de nous. (…) Mais dans la courte période que nous avons passée ensemble, notre histoire fut tendre et intense. Je n’oublierai jamais ces moments. »
Au départ un peu inquiet de retrouver celle qui occupa une telle place dans sa vie de jeune homme, l’un et l’autre étant à présent marié, respectivement à Janet Leigh et Arthur Miller, Tony Curtis ne sait pas encore que cette deuxième rencontre va bouleverser sa vie à un point qu’il n'imagine pas. Encore une fois, leurs vies vont se croiser joyeusement et ... dramatiquement. 


Mais il y a le tournage, épique, baroque….
Quand Billy Wilder convoque (presque) Curtis chez son producteur, il se lance sans ambages, sûr de son coup (mais qui pourrait refuser de tourner à Wilder ?), le résumé qu’il fait de son film à venir est particulièrement succinct et efficace, la « chute » de leur conversation est assez drôle, jugez-en plutôt :
« L’histoire est la suivante : il y a deux musiciens, des amis. Ils sont témoins d’un meurtre. L’assassin les voit et les prend en chasse. Pour lui échapper, les deux hommes se déguisent en filles... Ensuite, ils intègrent un orchestre de femmes. Mais il y a cette chanteuse, un vrai canon, et nos deux garçons tombent fous amoureux d’elle. Evidemment, pas question d‘avouer qu‘ils sont des garçons. Voilà notre « conflit« . Et voilà l‘histoire.»
Il a marqué une pause, avant de reprendre :
« ça ne vous plaît pas ?
- Si, si. Ça me plaît. Je trouve ça formidable, et…
 - Je veux que vous interprétiez l’un des deux musiciens. C’est un contrebassiste un peu benêt…
- D’accord ! »

Viendront s’associer à ce projet tonitruant (pensez, deux hommes travestis en femmes - thème ô combien osé pour la fin des années 50), le talentueux Jack Lemmon et Marilyn bien sûr, éloignée un temps des plateaux…
Même si Marilyn hésite un moment, elle préfèrerait se départir enfin du rôle de bécasse blonde qui lui colle à la peau, elle finit, après moult revirements à endosser le rôle…
C‘est ainsi qu‘elle se confie à Lee Strasberg, son « éminence grise«  : « Lee, j’ai un vrai problème. Je ne crois pas du tout à la situation de départ. Je suis censée me sentir à l’aise avec ces deux inconnues qui, en fait, sont des travestis. Mais comment ressentir une situation pareille ? Après tout, je sais que ces deux acteurs sont des hommes. ». Strasberg ne s’y attendait pas, à celle-là.»
Le budget de cette comédie, prédite à un grand avenir burlesque malgré les mises en garde auxquelles n’échappe pas Billy Wilder, dépasse très vite le montant prévu. Une quinzaine de jours, sinon plus de chômage technique, due en grande part aux absences répétées de Marilyn, souvent tapie dans sa loge, paralysée de terreur… Curtis revient souvent sur ces nombreux accidents de parcours, il faut dire qu’ils plongèrent Wilder dans une angoisse sans pareille, le dos perclus de douleurs sous la tension nerveuse, l’estomac ravagé par la bile… Et si Marilyn les plantait là tout simplement. ..
On imagine la tension, puis l’enchantement quand elle daigne enfin paraître et se montrer sous son meilleur jour. Et puis il y a les jours sans, où elle vient, mais sans parvenir à jouer, nécessitant jusqu’à cinquante prises pour une seule réplique, monopolisant l’équipe et ses partenaires de jeu, de plus en plus crispés… Lemmon et Curtis gardent encore le souvenir des crampes insupportables qui leur tenaillaient les mollets alors qu’ils devaient rester debout sur des talons aiguilles, des heures durant, attendant que Marilyn arrivent enfin à jouer sa partie…

 
Beaucoup s'interrogèrent, mauvaises langues, si le jeu en valait la chandelle… La réponse de  Billy Wilder, pourtant en sale état, se faisait rarement attendre :
« Ecoutez, elle n’a peut-être aucun respect des horaires. Elle tombe peut-être souvent malade. Elle exige peut-être d’avoir son professeur d’art dramatique à ses côtés. Elle ralentit peut-être le tournage. Mais au bout du compte, quand elle est face à la caméra, elle dégage une magie indéfinissable qu’on ne retrouve chez aucune autre actrice.
- Néanmoins, il y a d’autres stars qui auraient pu tenir ce rôle… (reprend le journaliste fielleux)
- J’ai une tante qui vit à Vienne, a répliqué Billy. Elle aussi c’est une actrice. Elle s’appelle Mildred Lachen-Faber. Elle arrive toujours à l’heure sur le plateau, elle connaît ses répliques par cœur, elle ne pose jamais le moindre problème. Mais au box-office, elle vaut quatorze cents. Vous me suivez ? »
(Billy restera tout de même fâché à vie avec Marilyn et on le serait à moins face àl ’enfer qu’elle lui fit endurer...  Il dira plus tard, le 10 février 1959, et alors que le film en était au stade des avants-premières :
« J’ai retrouvé l’appétit. Je n’ai plus mal au dos. Pour la première fois depuis des mois, je redors normalement. Et je suis de nouveau capable de regarder mon épouse sans avoir envie de la frapper parce qu’elle est une femme. Est-ce que je retravaillerai avec Marilyn ? J’en ai parlé à mon médecin, mon psychiatre et mon comptable. Tous m’ont dit que j’étais trop vieux et trop riche pour m’imposer une telle épreuve. » Inutile d’ajouter que Marilyn et Arthur Miller le prirent très mal, alors même que cette dernière, venait pour la énième fois de faire une fausse couche.

Mais de fait, Marilyn irradie sur ce tournage… Et bien qu’elle n’y tienne pas le rôle principal, elle y est quasiment centrale, rayonnante, drôle et séduisante comme jamais.
Dans l’esprit de Curtis, Some Like it hot est irrémédiablement lié et à jamais à l’icône que fut Marilyne dans l’histoire du cinéma comme dans sa propre vie, d’où le titre, « Certains l’aiment chaud ! Et Marilyne »… Le film aurait-il était le même sans elle, certainement pas… La vie de Curtis non plus d’ailleurs…
Pour écrire ce livre, qui se dévore effectivement comme un roman, et vous emporte littéralement sur les lieux du tournage, jour après jour, presque heure après heure, Curtis s’est replongé dans ses archives, n’hésitant pas à solliciter l’aide de ses amis et témoins de l'époque. Le résultat est très vivant, la voix de Curtis, reproduite, comme s’il parlait, mais avec beaucoup de talent par Mark A. Viera.
Ce qui frappe, à la lecture de ce témoignage, c’est la grande humilité de l’acteur, comme s’il n’en revenait toujours pas d’avoir pu tourner de tels films avec de telles stars, lui le petit voyou de New York, l’enfant délaissé qui dût se battre et pas seulement avec les poings pour arriver au firmament du mythe hollywoodien. Impressionnant.
Il en ressort un livre d’une grande fraicheur, enthousiaste, jamais pédant, où le tragique rejoint bien souvent la comédie.

 Photo de fin de tournage - Soulagement de pouvoir enfin faire valser les perruques et colifichets qu'ils durent porter tous deux pendant pas moins de 73 jours !

Et last but not least, le livre est abondamment illustré, une centaine de photos dont certaines sont inédites…
Bref que du bonheur :)

Toutes les photos illustrant ce billet sont extraites du livre... 

Editions Le Serpent à Plumes - Avril 2010.

13 avril 2010

Sukkwan Island @ David Vann

Sukkwan Island…  Rares sont les blogs à ne pas en avoir encore parlé… j’évitais jusqu’à présent de lire trop attentivement les billets qui lui étaient consacrés, persuadée et convaincue qu’il me fallait le lire, un jour… Quand mon amie Vanessa m’a très gentiment proposé de me le prêter, j’ai mis encore quelques semaines avant de l’ouvrir, il en va ainsi de tous les livres dont j’attends beaucoup, et que je réserve pour le meilleur, la plage de temps qui saura m’offrir tout le calme et la sérénité nécessaires.
Quel choc ! Je connaissais un peu le sujet, mais pas le cœur… Emportée dès les premiers mots, dès la première page (magnifique), je n’ai pas pu le quitter de la journée, l’absorbant d’une traite, en immersion presque totale.
Parler de ce livre n’est pas chose facile.
Vous connaissez le sujet, j’y reviens très rapidement.
Un père, Jim, demande  à son fils alors âgé de treize ans, de venir passer une année en autarcie avec lui, sur une île quelque part en Alaska, seuls et isolés, totalement. L’idée de départ, rejouer les Robinsons, les pionniers, vivre exclusivement par eux-mêmes et de leur seule compagnie.
La cabane où ils s’installent est plus que précaire, les mois d’été vont bien vite passer, ils se hâtent tous deux, dès leur arrivée, de confectionner des réserves pour l’hiver qui arrivera très vite, et à trouver une cache qui saura  préserver viandes et poissons fumés de la gourmandise des ours omniprésents.
Ce qui devait les réunir, une expérience hors du commun et en « fusion », les sépare très vite, pressés qu’ils sont d’en finir avec les préparatifs, de survivre déjà… Le rapprochement entre le père et le fils ne s ‘opère pas et très vite la situation dégénère, dramatiquement.
D'un côté  le père, de l'autre le fils, jusqu'au bout. Roman à deux voix successives, qui ne surent, qui ne purent entrer en communion...
 D’un côté le père, fragile et fragilisé par une récente rupture et le constat insupportable d’une vie ratée, de l’autre, le fils qui découvre, effaré l’ampleur du vide qui se creuse sous les pas de son père.
La brutalité, la violence n’est pas tant du côté des éléments et de la nature que la découverte insupportable pour un fils que la vie de son père ne tient qu’à un fil et que ce fil, c’est lui….
Découverte, ou confirmation en fait, puisque Roy ne peut que se l’avouer, s’il est là, tout seul avec ce père affaibli et instable, c’est bien parce que d’une certaine façon, il savait déjà, il en était persuadé tout du moins, très intimement, que s’il n’avait pas suivi son père dans cette aventure, celui-ci se serait suicidé, seul à Faibanks. Sa culpabilité est aussi intense que la responsabilité énorme qui s'est emparée de lui, le jour où sa mère n'a pas su, n'a pas voulu choisir pour lui... Fais ton choix Roy, quoiqu'il arrive ensuite... Mais Roy n'a que treize ans, et tout le monde l'oublie...

D’un côté le père, obsédé par ses propres problèmes, égocentrique, mais sans en prendre la mesure, de l’autre, le fils, comme sacrifié par lui-même, par devoir presque plus que par amour et qui s’en veut de tout cela… Culpabilité filiale, aigue, désespérée. Que peut un fils contre la désespérance d’un père qui de toute façon ne l’écoute pas, et ne l’a jamais écouté. Qui agit comme s'il n'était pas là, tout en le priant de ne pas le lâcher..
"Roy ne comprenait pas comment il pouvait être là, juste à côté de son père, alors qu'aux yeux de ce dernier c'était comme s'il n'existait pas."
L’image du père se délite, le peu que le gamin en avait tout du moins… De "l'homme installé" qu’il était, il devient un homme de rien, sans rien.
« Il ne ressemblait plus du tout à un dentiste, ni même à son père. Il ressemblait à un autre homme, un homme qui n’aurait pas grand-chose. », et peut-être même plus de fils, du tout…
Puis un instantané, un homme qui n'aurait plus qu'une dimension, celle de l’instant, presque intangible, dangereusement fluctuant :
« (Jim) semblait en cet instant aussi solide qu’une statue de pierre, ses pensées tout aussi immuables, et Roy ne pouvait rapprocher ce père de l’autre, qui pleurait et se désespérait et ne dégageait rien de rassurant. Roy avait de la mémoire, et pourtant il lui semblait que le père qui l’accompagnait à un moment précis de la journée était l’unique père qu’il pût avoir, et c’était comme si chacun des autres modèles successifs effaçait systématiquement les autres. »
Le père devient silhouette, fantôme immatériel que lui Roy, petit homme de treize ans se doit à tout prix de maintenir en vie, comme s'il le pouvait, comme si seulement cela était en son pouvoir (mais ne le lui a-t-on pas demandé ?) . Mais c’est impossible à présent.
« Observant l’ombre noire qui bougeait devant lui, il prit conscience que c’était précisément l’impression  qu’il avait depuis trop longtemps : que son père était une forme immatérielle et que s’il détournait le regard un instant, s’il l’oubliait ou ne marchait pas à sa vitesse, s’il n’avait pas la volonté de l’avoir là à ses côtés, alors son père disparaîtrait,  comme si sa présence ne tenait qu’à la seule volonté de Roy. (…) »
 « Je ne puis plus supporter ça. »
Et cette phrase terrible qui laisse présager le pire à venir :
"Il commençait à se demander si son père n'avait pas échoué à trouver une meilleure façon de vivre. Si tout cela n'était qu'un plan de secours et si Roy, lui aussi, je faisait pas partie d'un immense désespoir qui collait à son père partout où il allait."
Et le drame arrive, intolérable, insurmontable... 

Le style de David Vann est précis, net et tranchant, il connaît bien l’Alaska qui hante et habite ce roman comme un troisième personnage imprévisible et cruel, mais dans le fond pas autant qu’il aurait pu paraître au premier abord. L’enfer n’est pas tant dans la nature aussi hostile soit-elle que dans le cœur de l’adulte que la douleur immerge, ravage et aveugle totalement jusqu'à en devenir fou.
Huis clos mortel et envoûtant, Sukkwan Island n’en finit pas de vous habiter, la dernière page tournée.

Un très beau roman, violent et fort tout à la fois, qui fait mal et qui foudroie.  Inoubliable.

La chronique de Fabrice Colin sur Sukkwan Island
L'entretien de Fabrice Colin avec David Vann
Les très nombreux avis de Papillon, Sylvie, Ys Cuné, L'or des chambres, Sylire, Cathulu, Choco, et Caroline... Je dois malheureusement en oublier beaucoup, ce roman fut un véritable raz de marée, et avec raison !

Un grand merci à Vanessa (vite un billet !) pour le prêt de ce livre :)

Extrait
Premières pages... à partir de là, on ne décroche plus..

"ON AVAIT UNE MORRIS MINI, avec ta maman. C’était une voiture minuscule comme un wagonnet de montagnes russes et un des essuie-glaces était bousillé, alors je passais tout le temps mon bras par la fenêtre pour l’actionner. Ta maman était folle des champs de moutarde à l’époque, elle voulait toujours qu’on y passe quand il faisait beau, autour de Davis. Il y avait plus de champs alors, moins de gens. C’était le cas partout dans le monde. Ainsi commence ton éducation à domicile. Le monde était à l’origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n’avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n’y voyait rien à redire. Puis l’homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s’est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d’attendre que la Terre s’est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s’agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu’à ce que l’humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde.
Son père fit une pause et Roy demanda: Et après?
  Au fil du temps, les extrémités ont fini par se toucher. Elles se sont recroquevillées pour se rejoindre et former le globe, et sous le poids de ce phénomène la rotation s’est déclenchée, hommes et bêtes ont cessé de tomber. Puis l’homme a observé l’homme, et comme il était devenu si laid avec sa peau nue et
ses bébés pareils à des cloportes, il s’est répandu sur la surface de la Terre, massacrant et revêtant les peaux des bêtes les plus correctes.
Ha, lança Roy. Mais ensuite?
  La suite devient trop compliquée à raconter. Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d’argent, d’impôts, et tout est parti en vrille.
  Tu crois que tout est parti en vrille quand tu t’es marié avec Maman ?
  Son père le dévisagea d’un œil qui prouva à Roy qu’il était  allé trop loin. Non, c’est parti en vrille un peu avant, je crois.
Mais difficile de dire quand."


Editions Gallmeister - janvier 2010 . 
 

12 avril 2010

La Forêt des Damnés @ Carrie Ryan

Un village à l’orée d’une forêt, un village et c’est tout… Le monde se résume à ces quelques habitations, une centaine d’habitants peut-être, et une cathédrale qui les surplombe, sévère, altière et protectrice. De la forêt s’échappent de drôles de bruits, des grincements, des rugissements, des hurlements, ce sont les Damnés, ceux qui sont passés de l’autre côté, des morts vivants qui tous les jours tentent de revenir au village, tentent de tout envahir pour y semer la mort…
Décor apocalyptique, pour une époque de fin du monde. Au-delà de la Forêt de Mains et de Dents (c’est son nom), il n’y aurait plus rien, plus âme qui vive, c’est du moins ce qu’affirment avec la toute la conviction et toute la fermeté possible, les Sœurs qui dirigent le village du haut de leur cathédrale centenaire.
La mission de tous, empêcher les Damnés de réduire à néant les quelques rescapés de l’humanité, placés sous leur très haute protection. Des Gardiens inspectent nuit et jour les hauts grillages qui protègent le village et ses habitants qui par la force des choses vivent en totale autarcie et se doivent quant à eux de perpétuer l’espèce, se marier devant Dieu et procréer…
Mais Mary n’est pas tout à fait comme les autres, depuis toute petite elle écoute sa mère lui raconter des histoires d’océan, une mer sans fin au goût salé, au goût de liberté…
Et si les Sœurs avaient menti ? Et si tout derrière la forêt il y avait un autre monde, d’autres villages et l’océan tout au bout ?
Dans quelques jours, ce sera le temps des accordailles, le temps pour elle de prendre un mari, mais celui qui se présente à elle, n’est pas celui qu’elle chérit tout au fond de son cœur, c'est Harry, le frère de Travis, promis quant à lui à sa meilleure amie…
L’horizon se restreint de plus en plus, sa liberté aussi… Mais tout à coup, l’univers du petit village bascule dans l’enfer, ce que tous craignaient depuis des années arrivent, le village est envahi, non sans quelques signes annonciateurs tous plus terribles les uns que les autres….

Entre histoire d’amour sur fond d’apocalypse et livre horrifique où grimace à n’en plus finir une horde de zombis qui claquent des dents, « La Forêt des Damnés »  est bien le page turner promis.
On s’emballe, on s’angoisse, on peste juste le temps de dire ouf et de refermer le livre un peu sonné.
Je dois dire que j’ai pensé dès les premiers instants au film de Night Shyamalan, Le Village, tant l’ambiance y était un peu similaire, même village esseulé, même bois angoissants à souhaits que personne n’ose traverser sous peine des pires aventures…

 Le Village - Night Shyamalan, 2004

J’attendais presque une fin similaire, ou tout du moins un peu convergente (seul point réellement positif de ce film que j’avais trouvé bien moins surprenant que Sixième Sens)…
L’issue de la Forêt des Damnés, quant à elle,  laisse à vrai dire un peu sur sa faim… J'aurais aimé une révélation, comment dire, un peu plus spectaculaire (ceci dit, il semblerait que nous n'en soyons qu'au premier tome d'une trilogie, donc patience ! )
Mais certaines scènes méritent vraiment le détour et l'ambiance horrifique y est vraiment bien plantée...
Bref, à lire pour se faire peur, un peu…
« Je me dis qu’on est tellement braqués sur le danger que représente la Forêt qu’on en oublie les autres dangers de la vie. Je me dis qu’on est drôlement fragiles,  ici - on dirait des poissons dans un aquarium cernés par les ténèbres qui se resserrent de tous les côtés. »

Les avis de  Clarabel et de  Fashion .

Editions Gallimard jeunesse - 2010

10 avril 2010

A propos de Georges Méliès (à suivre...)


Matthieu et Thomas ont été absolument subjugués par les films de Méliès, récemment redécouverts grâce à l'édition en DVD (ci-dessus). Fous rires, étonnements, le spectacle était autant dans le salon que sur l'écran. 
Méliès est un magicien, sur lui, le temps n'a pas de prise...
Mais il est surtout le précurseur, le génial inventeur du cinéma moderne et de ses effets spéciaux et croyez-moi, les enfants, même les plus rompus aux films Pixar, Disney and Co., ne s'y trompent pas, ils en restent BABA(s).
A découvrir ou redécouvrir de toute urgence, enfants ou pas....
Mais j'y reviendrai, très bientôt :)

Plus d'infos  :
ICI sur le site de la cinémathèque française
 Et
ICI , l'article, Georges Méliès, le père des trucages cinématographiques



L'homme à la tête en caoutchouc

09 avril 2010

Mauvaise journée, demain @ Dorothy Parker

Mauvaise journée, demain, recueil de nouvelles écrites dans les années 30, est un petit bijou du genre. Les textes se succèdent, aucun n’est innocent, tout le monde y passe, sans concession…
Un exemple un seul, car vous vous y retrouverez, forcément - le temps n’a pas de prise, la situation décrite est intemporelle…
Imaginez-vous à un dîner, où vous vous ennuyez à mourir, placée à gauche d'un voisin aussi navrant que mutique. La conversation se traine, vous tentez de vanter les mérites de l'entrée, une excellente soupe au demeurant, vos propos tombent à plat, et le malheureux poisson qui lui succède ne sauve guère la situation. C’était écrit, cette soirée aura votre peau, vous mourrez bientôt de solitude.

« Je le savais. Je savais que si je venais à ce dîner, j’allais me retrouver avec ce genre de petite merveille à ma gauche. Ils me le gardent au chaud depuis des semaines. Oh, mais il faut absolument qu’on l’invite - sa sœur s’est montrée si gentille avec nous à Londres ; on n’a qu’à le coller à côté de Mme Parker - elle a bien assez de conversation pour deux. Oh, je n’aurais jamais dû venir. Jamais. Je suis ici contre mon gré. Vendredi, vingt heure trente : Mme Parker contre Son Gré, à statuer. Pas mal, ils pourraient graver ça sur ma tombe : « Où qu’elle se soit rendue - y compris ici - ce ne fut jamais de son plein gré. » Est-ce bien raisonnable de penser à des tombes juste en début de soirée ? Voilà l’effet que mon voisin à sur moi, déjà ! Et la soupe n’est pas encore refroidie. J’aurais dû rester dîner à la maison. J’aurais pu me servir quelque chose sur un plateau. La tête de saint Jean-Baptiste par exemple. Oh, je n’aurais jamais dû venir. (…)
Si seulement j’avais quelque chose à faire. Je déteste rester comme ça sans rien faire. Les gens devraient vous prévenir quand ils vont vous asseoir à côté d’un truc pareil pour que vous puissiez apporter de quoi vous occuper. Chère Mme Parker, soyez s’il vous plaît des nôtres à dîner vendredi prochain, et n’oubliez pas vos ouvrages en retard. J’aurais pu apporter le tiroir du dessus de mon bureau ; ça aurait été l’occasion d’y mettre un peu d’ordre, ici, sur mes genoux. Ou bien l’album photo, histoire d’y coller enfin les photos de toute la bande sur la plage. Je me demande si mon hôtesse trouverait ça bizarre que je lui demande un jeu de cartes. Je me demande s’il n’y aurait pas une vieille édition du St. Nicholas dans les parages. Je me demande s’ils n’auraient pas besoin d’un petit coup de main à la cuisine. Je me demande si ça ne ferait pas plaisir à quelqu’un que je fasse un saut au coin de la rue pour acheter un journal du soir. »
Mais celui à ma droite - The New Yorker 19 octobre 1929

Ne me dîtes pas que vous n’avez pas vécu au moins une fois dans votre vie une situation de ce genre…
Chère Dorothy Parker…

Mrs Parker and the Vicious Cercle - Jennifer Jason Leigh (1994)

08 avril 2010

Toujours plus vite @ Luke Davies

Tout le monde connait Howard Hughes, du moins depuis la sortie d’Aviator… Hughes, personnage « Scorsesien » par excellence, marqué par le destin, les ailes brisées après avoir tutoyé l’infini. La puissance et déchéance, la gloire et la chute, sans fin…
Toujours plus vite, telle en effet aurait pu être la devise de l’Aviator, celui qui n’aimait rien tant que la vitesse, de celle qui vous emporte au-delà du temps, hors du temps.
Le Hughes de Luke Davies a 67 ans, voilà des années qu’il vit seul et reclus, avec pour unique compagnie celle des mormons, qui organisent méticuleusement son existence, personnages fantomatiques qu’il ne croise à vrai dire quasiment jamais. L’homme vit  la nuit, entièrement nu, les fenêtres aveuglées par de lourdes tentures, avec pour seule compagnie, un poste de télé, et un écran de projection…
Atteint de graves troubles du comportement, dont la phobie des germes et des microbes est peut-être la plus impressionnante, Howard Hughes a peu à peu sombré depuis ses nombreux accidents d’avion dans la dépendance et la drogue,  alternant sans trêve, Ritaline, tranquillisants, antalgiques… Le temps ne semble plus avoir de prise sur lui, entre rêveries et angoisses, il végète comme en apesanteur, dans un ailleurs sans forme…
Mais en ce mois de juin 1973 - il l’a décidé, il y croit et s'en convainc - , quelque chose va bouger, le sortir enfin de ce cocon médicamenteux qui le protège autant  qu’il le tue, à petit feu,  inexorablement. Jack Real est là, l’ami de plus de vingt ans, l’as de l’aviation, qui va l’emmener dans les airs, lui permettre de reprendre le manche et de s’évader, cette fois pour de bon, comme autrefois, en avion…
« Toujours plus vite » est le récit de toute une vie à la première personne, le long monologue  syncopé de retours en arrière, de flash backs étincelants ou terrifiants de celui qui s’apprête à retrouver ce qui fut la grande passion de son existence. Les images défilent comme portées sur l'écran de son monde imaginaire, lui l’aviateur hors paire, le pilote de l’extrême, le cinéaste extravagant, le don juan insatiable, le milliardaire sans limite, le reclus volontaire…
Tout défile, l’enfance, sa mère, les actrices célèbres qu‘il épinglait à son tableau de chasse comme autant de papillons de nuit, les avions, les terribles accidents, la solitude, le Watergate, les faillites et les succès. Les images affluent à peine tremblotantes sur l’écran de sa mémoire, avec en arrière plan, LE grand challenge dont il fut le plus fier, son tour du monde en trois jours et en avion…

Les heures passent et le rapprochent de ce qu’il espère être son grand retour à la vie… Tout est peut-être encore possible… Entre mégalomanie, folie, et éclair de génie, le mythe Hughes, alors tout prêt de s’éteindre définitivement, se secoue une dernière fois de ses cendres, pour nous offrir, sous la plume incisive de Luke Davies,  une vision hallucinée et bouleversante de son destin aux ailes brisées.


Luke Davies est romancier et scénariste, auteur de « Candy », porté à l’écran et sélectionné par le festival de Berlin 2006.

Editions Héloïse d’Ormesson - Février 2010.

07 avril 2010

Cristal Défense @ Catherine Fradier

Léo, Eléonore de Coursange, est directrice de l’Agence de sécurité économique, instance clef quoique souvent méconnue, de la nouvelle donne politico-économique mondiale.
L’intelligence économique, un concept encore un peu abstrait pour certains, pour d’autres, une priorité nationale, à l’heure où des guerres d’un genre nouveau se profilent dans l’ombre, redoutables parce que quasiment insaisissables.
Le conflit étend son champ de manœuvres, les avants postes ne sont plus discernables en tant que tels, les belligérants, planqués sous des dehors respectables, des multinationales, dont les plans à long terme sont aussi secrets qu’obscurs.
Le travail de Léo et de son équipe, les pister, remonter les filières, mettre à jour les liaisons dangereuses, sécuriser la patrimoine économique nationale en luttant contre les lobbyings dévastateurs.

A tout juste cinquante ans, Léo est une femme d’expérience, respectée de son équipe à laquelle elle peut quasiment tout demander…. Il faut dire qu’ils sont tous des as dans leur domaine, rompus aux méthodes d’espionnage et de renseignements, et à son service toujours, comme si leur existence passait toujours après… Leur existence justement, réduite à la portion congrue, comme celle de Léo, depuis que sa fille a disparu, enlevée, encore tout bébé. Dans les bureaux de l’Agence économique, de larges écrans diffusent en permanence les images des caméras de télésurveillance des aéroports français, on ne sait jamais, sa fille, pourrait bien un jour y apparaître.
Mais pour l’heure une série de crimes vient toucher de plein fouet une importante multinationale spécialisée dans les OGM et les semences génétiquement modifiées. Visiblement la cible de ses concurrents… Les Etats-Unis demandent de l’aide, le dossier est confié à Léo.
Les pistes sont nombreuses, mais l’enjeu qui se dévoile peu à peu, glace le sang de l’équipe.
C’est tout l’ordre mondial qui s’en trouver menacé et l’existence de millions de personnes.
Les crimes se succèdent, machiavéliques… Les coups de théâtre surgissent au moment où l’on s’y attend le moins, touchant de près Léo et son équipe.
Quand le mari de Léonore, un important cadre de la DPSD, se défenestre, elle est bien la seule à ne pas croire à la théorie du suicide, la seule oui… L’étau se resserre, tous les coups sont permis, et l’ennemi n’est pas toujours celui qu’on croit, l’ami non plus d’ailleurs…
Mais Léo n’a décidément plus rien à perdre.

Un thriller particulièrement efficace, rondement mené qui, croyez-moi, fait froid le dos…
Passionnant !

Catherine Fradier, après avoir été, entre autres, fonctionnaire de police, agent de sécurité, VRP,  se consacre à présent à l’écriture.
Scénariste, romancière et nouvelliste, elle a été lauréate du Grand Prix de Littérature policière 2006 et du Prix SNCF du polar 2008 pour Camino 99 (qui fut attaqué par l’Opus Dei lors d’un procès retentissant).

Editions Le Diable Vauvert - 25 Mars 2010.

06 avril 2010

La fille de l'irlandais @ Susan Fletcher

Quand sa mère meurt brutalement, d’un arrêt cardiaque, Eve est recueillie par ses grands parents maternels dans leur ferme du pays de Galles.
Eve n’a jamais connu son père, il reste pour elle, petite fille de huit ans, un mystère, un fantôme dont il n’est pas bon d’évoquer le nom.
Née quand sa mère avait à peine dix-huit ans, Eve, Evangeline, n’a jamais connu son père, qui demeure pour elle un mystère, un fantôme dont il n’est jamais bon d’évoquer le nom surtout chez ses grands parents dont le souvenir est banni à jamais. L’évoquer, ne serait-ce que dans un murmure équivaudrait à bafouer la dixième règle établie par sa grand-mère. Silence, secret, pesant… Il y a bien pourtant la boite à chaussures de sa mère, sa boite aux souvenirs, qui visiblement n’évoquent que lui... Eve se l’imagine, tente de retracer pour elle seule, ce que fut la grande histoire d’amour de sa mère, avant sa conception, avant la fuite en avant, seule avec la petite fille…
Mais un jour, un drame vient bouleverser le petit village de ses grands parents. Rosie, une enfant de l’âge d’Eve disparaît mystérieusement. Les vieux démons ressortent, la traque commence…
Mal aimée du village parce que fille d’un moins que rien, brutal disent-ils, et capable du pire, Eve se retrouve vite mise à l’écart. Mais il y a Billy, le simple d’esprit, Billy qui semble la connaître sans pourtant l’avoir jamais vue auparavant. D’étranges liens unissent l’homme à la petite fille, la reliant au passé, la reliant à sa mère. Mais Billy, le « fou », n’est-il pas le suspect idéal ?
Navigant entre passé et présent, la petite Eve de huit ans, et celle devenue adulte qui se remémore cette époque cruciale de sa vie, alors qu’elle va mettre au monde son premier enfant, La fille de l’irlandais  est un roman intimiste, d’une grande sensibilité, sur l’enfance, le sortir de l’enfance, le poids des secrets, et la découverte de la cruauté du monde adulte.
Un très très beau livre qui se dévore d’une traite, souffle coupé.

« J’avais huit ans. Il ne me vint pas une seconde à l’esprit qu’il pouvait y avoir des amitiés dangereuses ou qu’elles pouvaient se développer pour de mauvaises raisons. J’ai juste souri, et je me suis assise près de lui sur la souche. J’étais contente de l’avoir trouvé. J’ignorais tout des trahisons, à l’époque. »

Editions  Plon 2004 et Editions J'ai lu
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02 avril 2010

Bon week-end de Pâques !


Et à mardi !
Ne mangez pas trop de chocolat :)
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01 avril 2010

La Fille électrique @ Giampaolo Simi

La fille électrique c’est Rosa, une  jeune femme de 30 ans à peine, nouvellement promue à la brigade anti- criminalité italienne.
« Quand j’étais petite, on m’appelait la fille électrique. Quand on nous mettait au lit, mon frère Diego éteignait la lumière et me demandait de « faire les lucioles ». A chaque fois que j’enfilais un pull en matière synthétique, il produisait des crépitements et des étincelles en frottant cotre ma tête.
Mon frère adorait, il trouvait cela magique. » Convaincu que sa sœur est dotée d’immenses pouvoirs, il la convainc de tenir toute la nuit dans sa main les piles déchargées de son walkman, le lendemain, elles étaient comme neuves… Supercherie bien sûr, mais que la fillette découvrit non sans un grand désespoir.
Ainsi, personne ne serait  doté de super pouvoirs…
« J’eus soudain l’impression de vivre dans un monde bien triste. »
Et pourtant de temps à autres, comme le jour où elle débarque au foyer de réinsertion pour y rencontrer, le dit « Cochise », un délinquant de 18 ans prêt à passer aux aveux, elle aimerait ô combien, être dotée d'un petit plus, à l'image de ce fameux courant électrique qui la galvaniserait le moment voulu….
« Mais la seule électricité que je ressens, ce sont des fourmis dans les genoux. Pour le reste, même le téléphone est à plat. Pas de réseau, pas de batterie. »
Cochise est l'élément particulièrement important, la clef peut-être  d’une enquête de grande envergure au cœur même des réseaux mafieux du pays. Soupçonné d’avoir tué deux fillettes au cours d’un règlement de comptes entre deux clans rivaux qui aurait mal tourné,  il nie tout en bloc. La mission de Rosa :  le protéger tout en le « mettant à table » pour remonter au plus haut niveau de la mafia italienne.
Travail ô combien périlleux, et ardu, le jeune homme est farouchement hostile, violent, drogué et illettré… Et pourtant quelque chose intrigue Rosa dans son attitude….
Très progressivement, la jeune femme se rapproche de Cochise. Persuadée qu’il n’a pu tué les deux fillettes, elle conclut un pacte avec lui, acceptant de fuguer, tous les deux, pour remettre la main, ensemble et contre l’avis de sa hiérarchie sur l’homme invisible, sans visage qui manipule les clans terroristes, en Italie et même en Europe.
Le pari est risqué, on s’en doute, et Rosa va tomber de surprises en surprises… Quel rôle peut bien jouer son propre chef, le commissaire divisionnaire d’Intro ? Quel rôle, ou quel double-jeu ?

Haletant, sensible (le rapprochement entre la jeune policière et le petit truand est extrêmement bien écrit, tout en nuances, à pas  feutrés), ce polar se dévore d’une traite et sans répit.
Le mal n’est pas forcément là où on le cherche, rien n’est sûr, tout est mouvant.

A découvrir de toute urgence, vous ne pourrez plus décrocher :)

« La Fille électrique » devrait prochainement être adapté au cinéma, et il le mérite amplement :)

Editions Le Serpent à plumes - 11 mars 2010.