28 mai 2010

Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre @ Fondation Cartier pour l'art

envoyé par FondationCartier.

Une immense machine à brasser du vent, une incroyable usine à gaz...
Caricature de notre monde moderne ? ou de l'art moderne...
En tous cas, c'est amusant...
Et c'est une très bonne idée d'expo pour les enfants !
J'irai avec eux, c'est sûr...
Plus d'infos ICI.

Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre, Fondation Cartier pour l'art contemporain, 261 boulevard Raspail, 75014 Paris
Tous les jours, sauf le lundi, 11h-20h, le mardi jusqu´à 22h
tarifs: 7,50€ / 5€ jusqu'au 12 septembre
Le site de la Fondation Cartier

°°°

27 mai 2010

Lecture en fête !

En réponse à la très gentille invitation de Hambre.
Voici notre modeste participation...

           Petit moment de calme avec Nelson...

26 mai 2010

Arto et la fée des livres @Agnès de Lestrade et Olivier Latyk

 « Chaque matin, Tara la petite relieuse ouvre sa boutique.
A l’intérieur, sur les étagères, l’attendent des livres aux feuilles volantes et des histoires en morceaux.
Avec sa colle et ses pinceaux, Tara la petite relieuse raccommode les phrases, réconcilie les mots et recoud les pensées.
Chez elle, ça sent le cuir et la poussière, le papier, le carton et le thé aux amandes grillées.
Tara fait ça depuis toujours.
Comme son père avant elle."

La suite sur Le Bibliobus



Editions Milan - deuxième trimestre 2010


°°°

25 mai 2010

Le ciel est partout @ Jandy Nelson

Lennie, une adolescente de dix-sept ans, vient de perdre sa sœur, Bailey, brutalement d’un arrêt cardiaque. Cette disparition aussi violente que brutale la plonge, elle,  sa grand mère Manou et son oncle Big, qui les élèvent depuis seize ans, depuis leur départ de leur mère, dans un abîme de désespoir. Le deuil s’abat comme une chape sur la maisonnée, tout a un goût de cendres, le ciel tout autour a disparu…
« C’est comme si  quelqu’un avait aspiré l’horizon pendant qu’on avait le dos tourné. »
Bailey était tout pour elle, plus qu’un modèle, presque une icône, tout semblait réussir à la jeune fille de dix-neuf ans, brillante, extravertie, belle comme le jour… Lennie la suivait, un peu éblouie, telle un poney de compagnie un puissant pur sang… C’est du moins l’image qu’elle avait de leur relation. Sans Bailey, elle n’est plus rien… Elle, la seconde.
Et pourtant Lennie est une musicienne de talent, clarinettiste inspirée, mais qui bride, tire les rênes de ses dons - un poney de compagnie qui suit, accompagne,  sans jamais plus.
Perdre l’être qui vous est le plus cher au monde, isole, éloigne du monde des vivants, bien incapables, selon tout apparence de vous comprendre intimement. Mais il y a Toby, le fiancé de Bailey,  perdu, effondré, meurtri, tout comme elle. Lentement, insidieusement, Lennie se rapproche du jeune homme jusqu’à en éprouver une attirance quasi inéluctable. Mais comment peut-on aimer le fiancé de sa sœur morte ?  De quel droit ? L’outrage leur paraît infini, impardonnable, sans qu’ils puissent pour autant  y renoncer…
Mais voilà, Joe, un petit nouveau fait son apparition dans la classe de musique. Doué, mystérieux, charismatique, il séduit aussitôt « John Lennon », c’est ainsi qu’il se met à appeler la jeune fille…
La confusion de sentiments… Tout se mêle et papillonne, la culpabilité d’aimer, l’attirance « sulfureuse » pour le fiancé de sa sœur, l’amour éperdu qu’elle ressent pour Joe, et le deuil, l’absence atroce qui se perpétue tous les jours…
Comment concilier tous ces sentiments, quand on sort à peine de l’enfance, que tout se fait jour, y compris les prémices de la sensualité…
« Parfois, il faut tout perdre pour se trouver… ». En effet, tout perdre pour se trouver soi, et seulement soi.
Voilà un magnifique roman sur le deuil, la perte, la culpabilité (peut-on, a-t-ton le droit d’être encore heureux après la perte d’un être cher ?) mais aussi sur l’adolescence (cette chrysalide dont on sort en plus ou moins bon état).
Des extraits de mots gribouillés à la va-vite sur toutes sortes de support par Lenny, émaillent ce récit, lui donnant profondeur et sincérité.
J’ai beaucoup aimé (et les personnages de Manou et de Big, sont épatants, eux aussi, de par leur originalité débordante. Foin du conformisme et j’adore ça !)
A noter, le regard distanciée de l’héroïne sur elle-même, une certaine forme d’auto-dérision, une bonne dose d’humour aussi, empêche cette histoire de sombrer dans le morbide… C’est drôle et grave tout à la fois, mais sans lourdeur.

A découvrir de toute urgence !

PS, je n’ai pu m’empêcher de pencher, à la lecture de ce roman, au formidable « Eté d’après » de Francine Prose.. Similarité des thèmes abordés (identification notamment à la soeur disparue).

Extraits :
Le rire de Manou :
« Tante Gooch est le surnom que nous avions donné à son rire, Bailey et moi, car il débarquait toujours sans crier gare, à la manière d’une vieille tante un peu fofolle qui surgirait sur le pas de la porte avec les cheveux roses, une valise pleine de ballons et sans la moindre intention de repartir. »

« (….) je voudrais tant, tant disparaître. Il me prend l’envie subite d’écrire sur les murs oranges - j’ai besoin d’un alphabet composé de dernières phrases, d’aiguilles arrachées aux horloges, de pierres glacées, de chaussures vides remplies uniquement par le vent. »

« Quand je suis avec lui,
il y a quelqu’un avec moi
dans ma maison du deuil, 
quelqu’un qui connait 
son architecture
aussi bien que moi; 
capable d’y errer avec moi, 
d’une pièce triste à l’autre
Si bien que la structure oscillante
de vent et de vide
n’est plus aussi effrayante et solitaire
qu’avant.

(Trouvé sur une branche d’arbre devant le lycée de Clover) »
L'avis d'Amanda.

Gallimard jeunesse - Collection Scripto - Mai 2010

24 mai 2010

L'arbre @ Un film de Julie Bertuccelli


 Pour voir la bande annonce c'est ICI.

Réalisé par Julie Bertuccelli
Avec Charlotte Gainsbourg, Morgana Davies, Marton Csokas.

"En Australie, Dawn et Peter vivent heureux avec leurs quatre enfants à l'ombre de leur gigantesque figuier. Lorsque Peter meurt brutalement, chacun, pour continuer à vivre, réagit à sa manière."

Je veux aller voir ce film, absolument...
Sortie prévue, j'imagine à la rentrée...

Adapté du roman de l’Australienne Judy Pascoe, « L’arbre du père », publié en France aux éditions Autrement (épuisé à ce jour). Sortie en Poche le 26 août.
Trop long d'attendre, je vais m'attaquer à l'édition anglaise :

Ici une interview de Judy Pascoe...
 °°°°°

22 mai 2010

C'est le week-end !!


Bon week-end à tous et à lundi !

21 mai 2010

Oscar Pill - La révélation des Médicus @ Eli Anderson

Oscar a douze ans, les cheveux poil de carotte et une aversion incontrôlable pour toute formes d’injustice, ce qui l’amène  bien souvent à se faire épingler par le directeur, l’intraitable M. Penguin, en plein milieu d’une bagarre, hirsute et les genoux écorchés. Il vit dans une petite maison tout de guingois avec sa mère, Celia, et sa sœur Violette, d’un an plus âgée que lui et perpétuellement dans les nuages. Leur père a disparu tragiquement quelques années plus tôt dans un accident d’avion. Il leur manque tant. Le soir, avant de se coucher, Oscar, comme un rituel, sort de dessous son matelas la photo de son père, un homme aux cheveux roux coupés très courts… « Salut papa ». Il lui raconte tout ou presque, persuadé intuitivement que d’où il est son père peut l’entendre,  le conseiller et peut-être même un petit plus…
« La photo restait une photo, bien sûr, mais quand même, il avait toujours l’impression que d’une façon ou d’une autre son père finissait par lui répondre. Pas forcément avec des mots : parfois, il lui semblait faire des choses sans les contrôler et se disait  que derrière ses gestes, il y avait son père. Comme si ce dernier était en lui, qu’il guidait ses pas et ses mouvements, et qu’ensemble ils prenaient des décisions… C’était peut-être ce qui se passait quand on disait qu’il ressemblait à son père ! En tout cas, ça lui faisait du bien d’y croire. »
Quelque chose les unit par-delà la mort, quelque chose de bien plus important que la simple ressemblance physique ou même morale ou intellectuelle… Oscar, s’il ne le sait pas encore aux toutes premières pages du roman est un Médicus, tout comme son père avant lui. Un Médicus qui a le pouvoir d’entrer dans le corps des gens pour les guérir, combattre la maladie..
Cela fait déjà pas mal de temps que le jeune garçon s’est pris de passion pour les sciences et la médecine, lisant plus ou moins clandestinement (mystérieusement pour lui, sa mère le lui interdit très vivement) des revues scientifiques qu’il cache un peu partout dans la maison et dévore parfois, au calme et « à l’abri » dans la blanchisserie de Mr Tin, après la sortie des classes et avant de rentrer à la maison.
Et puis, il y a ce drôle de pouvoir, dont il n’ose parler à personne et surtout pas à sa mère, celui de guérir, juste en les effleurant du bout des doigts, bosses, blessures et écorchures…
Mais un beau jour, une  dame d’un certain âge fait irruption dans la vie de leur petite famille. Berenice Withers, car c’est bien d’elle dont il s’agit, fut une amie de son père Vitali Pill, et bravant la colère de Celia, elle est venue leur annoncer que le temps est venu pour Oscar de rejoindre les Médicus. Un danger terrible menace le monde, « des moments très difficiles s’annoncent pour nous tous, et il faut unir nos forces. », « Réfléchissez, Celia, il en va de l’avenir du monde, mais aussi de votre propre famille. Si vous pensez être à l’abri du danger qui nous guette tous, vous vous trompez. »
Celia, Oscar, vont devoir prendre la décision la plus importante depuis la mort de Vitali… Pour Celia, c’est un crève-cœur, elle a déjà perdu son mari, pour rien au monde elle ne voudrait à présent que son fils Oscar… Mais celui-ci, n’écoutant que la petite voix, droite et vaillante qui veille sur lui, prend LA décision de son existence, celle de rejoindre les Médicus, comme l’avait fait son père avant lui, au péril de sa vie.
Oscar va devoir s’initier, franchir les étapes qui feront de lui un Médicus accompli pour accomplir la mission de sauver ce qui peut l’être, avec en arrière plan, la silhouette de son père, son aura qui le protège et le soutient..
Berenice Withers l’emmène donc, au « siège » des Médicus, la demeure de Winston Brave, officiellement avocat, officieusement, grand maître des Médicus, pour y être instruit et espèrent-ils tous, franchir les étapes qui le mèneront à faire partie intégrante de l’ordre…

La maison est immense, la bibliothèque sans pareille. Oscar y découvre un univers totalement ébouriffant où les arbres peuvent devenir vos alliés, les livres vous parler (écriture cursive, hâtive et parfois enfiévrée sur les pages de garde) ou vous bouder (toutes les pages s’effacent comme par magie), et où les lieux de réunion sont infinis. Avez-vous déjà tenu une séance secrète dans le ventre d’un canari ? C’est pourtant bien ce que font les Médicus, dans le plus grand secret (et dire que la pauvre Mrs Withers est allergique aux plumes)…
La formation d’Oscar demandera du temps et de la patience… Il lui faudra connaître parfaitement les cinq univers du corps humain, maîtriser, médaillon, cape et ceinturon, avant d’être adoubé définitivement. Mais le danger presse. Y arrivera-t-il à temps ?

Je dois dire que je suis totalement tombée sous le charme d’Oscar et de son histoire. Le livre m’a suivie partout dans tous mes déplacements, grappillant le moindre moment de libre pour m’y replonger.
Sachez que vous découvrirez un monde merveilleux, celui de l’infiniment grand dans l’infiniment petit (votre propre corps, mais de façon un peu particulière :), des sous-terrains et des portes magiques, et de drôles de petits personnages qui m’ont fait pensé à des Humpa Lumpa mais en dix mille fois plus passionnants.

Le tome 1 s’ achève sur une terrible révélation pour Oscar… La vérité est-elle une et indivisible ou est-elle sujette, comme toute chose finalement,  à interprétations…
« La seule vérité, c’est celle qui est au fond de ton cœur », lui dit sa mère, Célia..
Et comme elle a raison.
Les choses se compliquent pour Oscar, comme pour l’univers tout entier. Mais d'où il est, son père veille sur lui…

Il ne me reste plus qu’une chose à faire à présent,  me lancer sans attendre dans le TOME 2, qui vient de paraître. Eh oui !
Que du bonheur !

Editions Albin Michel, Collection Wiz. - novembre 2009


Prochainement, sur ce Blog, mais déjà dans toutes les bonnes librairies depuis le mois de mai :
« Oscar Pill, les deux royaumes. »







ET, bien sûr : Oscar Pill, le SITE :

20 mai 2010

Chute d'une noisette @ Christian Girier

Il suffit parfois de peu pour bousculer une vie, en changer le cours, ou même l’atomiser.
Il suffit parfois de la chute d’une noisette, ses éclats de coquilles éparpillées sur le sol…
La noisette, pleine et ronde, comme une petite Terre, l’instant d’après, pulvérisée, réduite en miettes, comme la vie parfois, après un choc imprévisible…
Tenter de reconstituer la noisette, c’est mettre à jour l’infinie complexité de ce qui la rendait unique, une et indissociable, comme le cours d’une vie, après le grand bond, faite de petits riens, essentiels pourtant, comme cette histoire, en sorte…
Henriette et Yvonne, deux vieilles dames, habitent le même immeuble, dans la proche banlieue de Paris. Voisines, elles ne se connaissent finalement pas si bien, tout en ne pouvant résolument se passer l’une de l’autre. C’est tout simple, l’irascible Henriette irrite parfois tant la discrète Yvonne que cette dernière se verrait bien lui faire passer l’arme à gauche, en pensée certes, mais presque un petit peu plus… Il suffirait d’un petit rien en somme pour la faire basculer de l’autre côté.
Comme la chute d’une noisette, un petit choc.  « Oh, juste un petit crime. Un qu‘on ne soupçonnerait pas. Un crime familier et sans coupable. Un qu‘on prendrait pour un accident. Et elle en larmes, bien sûr - c‘était ma seule amie ! - mais soulagée. »…
Eparpillées, et pourtant intimement liées les unes aux autres, les existences de leur petit voisinage (médecin, personnel du Leclerc dont-elles sont friandes toutes deux, vieilles amie, cordonnier, et par extension les familles de ces derniers)  ressemblent à s’y méprendre à une noisette en morceaux ou entière, c’est selon, selon la chronologie des évènements…
Rien de moins innocent qu’une noisette, ce petit fruit sec qui vous fait voyager dans le temps, entière, éclatée en dizaines de petits morceaux, entière, à nouveau, en un incessant jeu de l’esprit.
Et si la chute de la noisette, ses conséquences parfois plus que tangibles sur la vie d’un personnage, n’était finalement que la métaphore du travail de l’écrivain. Un coup d’œil avant, un coup  d'oeil après, pleine ou défaite, ronde ou en morceaux, la noisette referme en son cœur une histoire qu’il faudra, comme au « montage », remettre dans l’ordre, dans son étonnante complexité…Mais les choses ont-elles un ordre ?

Les personnages qui habitent ce court roman, sont tous aussi savoureux les uns que les autres, tous ont leur petits rêves, leurs manies, leurs  secrets… Tous partagent au moins une chose, peut-être une noisette, qu’elle se trouve dans le compotier, dans le gâteau de savoie, ou dans le rayonnage. Tous ne se connaissent pas et pourtant, tous sont responsables, solidairement coupables, de ce qui arrivent malgré eux,  à l’un d’entre eux.

Un roman qui se lit d’une traite, en se délectant de son goût de noisette.Un texte qui vous titille l'esprit et vous fait gamberger.
J'ai beaucoup aimé  !

Un grand merci à l’auteur !

L’avis d’Antigone.

Bande annonce n° 1

18 mai 2010

Little Bird @ Craig Johnson

Si vous avez besoin, envie,  d’une bonne bouffée d’oxygène, de grands espaces, de suspens, de tendresse et d’émotion, alors ce livre est fait pour vous, et si vous n’avez pas l’impression d’être en manque de tout cela, il vous tend aussi les bras, parce que je ne sais pas, non vraiment, à quels lecteurs il pourrait ne pas plaire…..
Oui, je sais, c’est diablement enthousiaste, tout ça, mais que voulez-vous, je n’ai qu’une envie, depuis que j’ai refermé ce livre, il y a une heure ou deux (déjà une éternité) c’est de poursuivre l’aventure, et qui sait, un jour, aller me perdre un peu, mais pas tout à fait, dans le Wyoming…
« Little Bird » est un roman qui serait aussi un polar, un roman d‘aventures, un roman noir, tout cela intiment mêlé enchevêtrés merveilleusement… Son auteur, Craig Johnson, dont c’est le premier livre traduit en français, fut tour à tour officier de police, professeur d’université, cow-boy, charpentier et pêcheur professionnel, et à vrai dire, tous ces personnages apparaissent et hantent ce roman, plus vrais que nature, magnifiquement vivants…
Walt Longmire, shérif du comté d’Absaroka depuis deux décennies, veuf depuis quelques années, s’attend à passer bientôt la main à sa jeune adjointe. Une maison en chantier permanent, quelques amis fidèles, l’avenir semble tout tracé, ou presque… Mais voilà qu’une affaire vieille de près de deux ans ressurgit violemment, aussi brutalement qu’elle fut cruelle. Deux ans plus tôt en effet, une jeune indienne du nom de Melissa Little Bird, fut retrouvée, violée et martyrisée par quatre adolescents. A l’issue du procès, les coupables s’en sortirent tous, quasiment indemnes de toute peine, ou presque…
Mais voilà que l’un d’entre eux, et par ailleurs le plus cynique, est retrouvé raide-mort, une balle dans le ventre, perdu au milieu de nulle part. Accident de chasse, ou meurtre ?
Walt se charge de l’enquête, tout mène à penser qu’il pourrait bien s’agir d’un règlement de comptes, et pas des moindres. La communauté indienne est importante, l’injustice de la justice criante… Walt les connait bien, tous ces indiens, l’un d’entre eux est même devenu, l’un de ses meilleurs, si ce n’est son meilleur ami. Henry, il s’appelle, Henry Standing Bear, et il est l’oncle de Melissa…
Naturellement le doute s’insinue, pervers et sournois dans l’esprit et le cœur de Walt, et si… Mais l’enquête rebondit, plus vive que l’éclair, les évènement s’enchainent impitoyablement. Et quand il faut enquêter en territoire indien, Henry, reste l’incontournable, le seul à pouvoir intercéder, introduire, alors le grand ours, participe aussi, malgré, malgré tout ce qui plaide en sa défaveur.

Le style de Craig Johson, vif, enlevé, percutant, habile à saisir les lumières et les paysages des  Hautes Plaines, ses personnages, bougons, hauts en couleur, enjoués, drôles et tristes tout à la fois, Walt, Henry, mais aussi le vieux Lonnie, ou la jeune Vic, tous, tout cela vous emporte et vous emmène résolument très loin de chez vous, et vous vous y sentez bien…
Et puis, saviez vous que les âmes des vieux Cheyennes continuent de hanter, guerriers fiers et droits comme au premiers jours, les grand espaces du Wyoming…Et elles traversent à toute allure les pages de cette histoire.

Magnifique vraiment et envoûtant.

Extrait :
« Je me suis toujours posé des questions sur les hommes qui passent leur temps à étudier les poissons dans un monde où l’on connaît à peine ses semblables. Il me paraît à la fois injustifié et complètement ignorant de croire qu’un homme peut penser comme un poisson. Et puis, il y a l’immense arnaque de la mouche artificielle. La subtilité, la fourberie et la tromperie sournoise créées et instillées dans le seul but d’attirer un poisson prudent et indécis vers sa mort. Les pêcheurs sont aussi mauvais que des toxicomanes vivant dans le monde trouble de l’intrigue aquatique.
Il m’arrivait toujours de pêcher à la mouche, mais en catch and release, et j’emportais toujours un livre. »
En voilà un qui devrait s’entendre avec l’Irlandais

  Craig Johnson

Editions Gallmeister - Avril 2009
Bonne nouvelle : Le deuxième opus des aventures de Walter Longmire, « Le camp des morts »  vient de paraître aux éditions Gallmeister.

Little Bird a obtenu le prix du roman noir 2010 du Nouvel Observateur.

16 mai 2010

Je suis en retard....


Comme d'habitude...
Et pourtant, un petit Oscar Pill, une noisette, attendent que je prenne le temps de parler d'eux...
Deux coups de coeur, très différents, mais si beaux tous les deux.
A mardi, je l'espère :)
En attendant, belle semaine à vous tous !
(pour ma part, je replonge avec délice dans le "Little Bird" de ce cow-boy là. Quel bonheur !).

PS : Oui je sais, il semblerait que l'Alice de Tim Burton ne soit pas à la hauteur de nos espérances (je ne suis pas allée le voir finalement, horriblement déçue à l'avance. Ai-je eu tort ?)

13 mai 2010

Exposition Willy Ronis

Son fils Vincent...

"Mes photos ne sont pas des revanches contre la mort et je ne me connais pas d’angoisse existentielle. Je ne sais même pas où je vais, sauf au-devant – plus ou moins fortuitement – de choses ou de gens que j’aime, qui m’intéressent ou me dérangent."
"La belle image, c’est une géométrie modulée par le cœur."

A la Monnaie de Paris, jusqu'au 22 août (ouf, j'ai le temps :)

10 mai 2010

L'équilibre des requins @ Caterina Bonvicini

« J’aime Turin vide.. Elle me semble plus vraie quand elle est silencieuse.
De toute façon, je la remplis moi-même : de requins. Oui, parce que dans mes œuvres, Turin devient une ville engloutie. Entre les immeubles nagent des requins blancs, des requins-tigres, des carcharins, des gris de récifs, des requins à pointes noir et blanc, des requins-marteaux. J’utilise le matériel de mon père, je passe des heures et des heures devant l’ordinateur à monter des images. Paradoxalement, au bout du compte, ce n’est pas le poisson qui ressort, mais la façade baroque. Celle devant laquelle on passe tous les jours, sans la voir. »
Sofia est une jeune photographe, dans sa vie il y a Turin, la ville aimée dont elle traque les émotions, son père, un spécialiste des requins, toujours aux quatre coins du monde, deux amants et la… dépression..
La dépression, c’est un peu une histoire de famille, un mal qu’on se lègue, visiblement de mère en fille, puis que l’on recherche un peu comme une vieille amie, une incontournable.
Aussi n’est-ce pas vraiment un hasard si son premier mari, épousé, puis laissé pour un temps sur le bord de la route, est maniaco-dépressif et que ses deux amants (qui se renvoient la balle lâchement) sont également tous deux portés à la mélancolie, parfois la plus noire…
Mais il y a les poissons qui nagent et se laissent porter sur le fil de l’eau, les poissons ,leur équilibre et leur calme apparent.
« Face à un requin blanc il faut rester calme, immobile. Seulement moi je n’en suis pas capable : calme jamais, c’est ce qui me perdra. Ma squalité. J’appartiens à cette espèce condamnée au mouvement. »
Le mouvement qui sauve et tue tout à la fois.
Quand Sofia se réveille, tout au début du roman, c’est à l’hôpital, pour une « tentative d’autolyse par absorption de Noctamide et de Xanax ». A-t-elle voulu trouver l’équilibre, le calme apparent des requins, vaincre l’angoisse terrible qui l’a submergée depuis la lecture des brouillons de lettres que sa mère envoyait à sa amant ?
« Au fond quand je dors, à moi l’équilibre. Immobile, horizontale, droite comme un i. Dans le sommeil, personne n’est fou. »
La vie de la fille semble vouloir marcher sur les pas de celle de la mère, Margherita, tout au bord du précipice, comme celle de Sylvia Plath, égérie maternelle, sujet d’étude et on l’imagine, d’angoisses…
Mais Sofia n’est pas Margherita, et la plongée en eaux troubles de la jeune femme dans l’univers fantomatique de sa mère n’est peut-être finalement qu’une façon d’apprivoiser sa propre peur, son requin blanc, à elle…

Voilà un très beau livre, sur la dépression, oui, mais qui n’a rien de déprimant, l’humour y côtoie la peine à vivre et même à survivre avec tout le recul nécessaire pour ne pas sombrer.
Et puis il y a, en fond marin, Turin, omniprésente et fidèle…

Extraits :

« Ecoute, on trouvera un équilibre.
- Je ne suis pas tellement convaincu par cette histoire d’équilibre, Sofia.
- Moi, non plus pour être franche.
- Alors fais-moi plaisir. Arrête de répéter cette phrase à la con. »

« Je pleurais sur son lit, elle me regardait. « Qu’est-ce que tu as, maman ? » elle m’a demandé. Et moi : « Rien, ça va passer. J’ai juste perdu l’équilibre. » Alors Sofia s’et approchée de moi sur la pointe des pieds : « Maman ? C’est comment un équilibre ? Comme ça je te le dessine et tu en as un nouveau. » J’ai éclaté de rire. Je riais et pleurais en même temps. Je l’ai prise dans mes bras et lui ai couvert le visage de baisers. « C’est un poisson, j’ai répondu. Un poisson qui nage tout droit. »

Editions Gallimard - Janvier 2010

06 mai 2010

Brève histoire de pêche à la mouche @ Paulus Hochgatterer

Trois psychiatres partent ensemble pour une petite partie de pêche à la mouche. Nous sommes au mois de septembre, exactement le 11 de l’année 2001, telle que l’indique la première phrase, très innocemment du moins en apparence…
« Lorsque nous nous retrouvons, nous ne savons rien de ce qui va se passer ce jour-là, ni de l’histoire du World Trade Center ni du fait que Julian tombera dans un buisson d’herbe du diable, puis dans la rivière. Le temps n’est pas celui que nous avions imaginé, ça, nous le savons. »
Il ne fait pas très beau en effet, mais les trois compères en sont plutôt satisfaits, au moins, ils seront au calme…
Quand ils s’arrêtent sur une aire d’autoroute pour prendre des forces et un petit déjeuner, une jeune serveuse attire passablement leur attention. Il faut dire que son chemisier blanc légèrement transparent et laissant deviner son soutien gorge n’est pas pour leur déplaire… Ils l’auraient bien inviter à se joindre à eux, mais bon…
Ils reprennent leur route, sans cesser de deviser et d’imaginer, ensemble ou séparément comment se serait passé cette partie de pêche avec elle, comment elle se serait habillée par exemple et même ce qu’elle aurait fait, ce qu’elle aurait pensé….
« Bon. Alors je lui demande simplement : est-ce que nous pouvons vous inviter pour la journée de pêche à la mouche ? » « Elle pense à Robert Redford et Brad Pitt et à Au milieu coule une rivière, et elle nous accompagne, dit L’Irlandais. A propos de pêche à la mouche, tout le monde pense à Robert Redford et à Brad Pitt. »
C’est que vous-même auriez  imaginé tout de suite, n’est-ce pas ? Mais n’oubliez pas, nous sommes en compagnie de psys… Et la  psychiatrie peut-elle être romantique ? Bonne question...  Le sujet tombe immédiatement sur tapis, malicieuse.
« Julian s’étire. « Ce serait intéressant de se demander s’il n’y aurait pas du romantisme dans la pêche à la mouche. ». Tom Waits chante Ruby’s Arms. « De même qu’il serait intéressant de se demander s’il n’y aurait pas du romantisme dans la psychiatrie » dit l’Irlandais. Parfois je me dis qu’il devrait écrire quelque chose comme un Manuel des comparaisons qui vous la coupent. A la vérité Julian n’est pas très impressionné. « Et alors ? » demande-t-il.
« Quoi  - et alors ? »
« Est-ce qu’il y a ou non du romantisme dans la psychiatrie ? »
« La psychiatrie est du romantisme », dit l’Irlandais.
« Et la pêche à la mouche aussi ? »
« Exactement. »
En vérité, m’est avis que Julian cherche à se faire absoudre pour tous les poissons qu’il a assommés et pour tous ceux qu’il a l’intention d’assommer encore. Mais comme pour l’instant, on peut s’attendre à coup sûr à une analogie psychiatrique avec l’électrochoc et la piqure qui vous envoie un bonhomme au tapis, il se tait.
The morning light has washed your face, everything is turning blue now.  « ça aussi, c’est du romantisme, dit l’Irlandais. Je commence à en avoir marre. Quand, quelques heures plus tôt, on a envoyé des neuroleptiques à haute dose dans les veines d’un maniaque en délire, on a une vue particulière sur les choses - tout au moins provisoirement. Je dis : « Tu m’expliqueras le point commun entre Tom Waits et la psychiatrie. » L’Irlandais rigole. »
Les idées s’enfilent comme des perles, en vastes associations plus ou moins décousues, brisées, au rythme de la conversation et des images qui s’imposent, ironiques, désinvoltes. Une partie de pêche entre potes, bien innocente, en apparence...
En apparence seulement. La pêche est une chasse, aux poissons tout autant qu'aux idées, une traque minutieusement préparée, qui vous expose tout autant que votre proie. L’esprit court la forêt tandis que le poisson flaire l’hameçon. Le pêcheur divague et se fait peur, tandis que l'ombre reconnait le leurre, le salue bien gentiment et passe son chemin.  Prendra ou prendra pas, mais qui au fait ?
La pêche, les hameçons, les mouches, un collègue commun qui a tout du pervers narcissique et qu’ils aimeraient tous tuer, la jolie serveuse, toutes ces pensées virevoltent dans l’esprit de nos pêcheurs du dimanche…. Ils se lorgnent les uns les autres, ce sera à qui débusquera le premier poisson, qui en tirera le plus hors de l’eau… une certaine rivalité s’installe, même s’ils savent tous de toutes façons lequel d'entre eux remportera la mise. L’important finalement n’est pas là. L’important ce sont ces regards croisés, ce qu’ils s’imaginent les uns sur les autres, leurs pensées aussi futiles ou légères que l’air et qui pourtant semble presque prendre vie. Ils s’ébrouent parfois, comme pour rejoindre la réalité, Julian est-il vraiment tombé dans l’eau, ou pire encore ? Les monde rêvés et fantasmés s’entremêlent et se confondent, les pensées les plus noires ou les plus réjouissantes émergent pour se noyer à peine écloses dans l’eau dans la rivière. Etat contemplatif, pas si paisible que cela…
Et tandis que leurs mini drames, fantasmés ou vécus, se déroulent, il y a là-bas, de l’autre côté de l’océan….

Coupés de la « civilisation« , à l’abri pensent-ils du vaste monde, les trois hommes retomberont bientôt sur terre, mais dans  un ricanement, un peu blêmes :
« Vous ne croirez jamais ce qui s’est passé, dit-il, vous le croirez pas. ». Lui, le poisson continuera, un peu plus rusé, peut-être, après cette leçon de pêche.

Entre court roman ou longue nouvelle, « Brève histoire de pêche à la mouche » ferre son lecteur dès la première page. Le rythme est lent (n‘attendez pas des rebondissements à n‘en plus finir, mais auriez-vous imaginé le contraire? ), les réparties rapides, vite interrompues, les pensées fugaces, les rêves éveillés et trompeurs...
Décidément, le lancer de mouche est tout un art et berner le poisson aussi…

Une jolie découverte, très étonnante et qui n'en finit pas de tourner ensuite dans votre tête... 

Paulus Hochgatterer, né en Autriche en 1961, est écrivain et psychiatre pour enfants à Vienne. Il a été récompensé de plusieurs prix et distinctions, dont dernièrement la bourse Elias Canetti de la ville de Vienne.


Quidam Editeur - Avril 2010

05 mai 2010

Quatre ans....

Oui quatre ans déjà, jour pour jour...
Le temps passe de plus en vite, et plus ça va, plus je me dis que je n'aurai jamais assez de jours et de nuits pour découvrir tous les livres que j'ai envie d'explorer...
Mais bon, ainsi va la vie, non ? :)
Je profite de ce petit message, pour vous remercier, vous les lecteurs attentifs, fidèles, attentionnés (et indulgents !) de ce journal de lectures qui sans vous n'existerait pas, mais vous le savez..
Merci aussi aux éditeurs qui de temps à autres, me font confiance, aux auteurs qui prennent la peine de m'écrire pour me faire part de leur ressenti à lecture de mes billets. Tout cela me comble et donne envie de continuer, malgré les aléas de la vie, la difficulté parfois de tout concilier...

Quatre ans, déjà, alors pourquoi pas cinq  ! :)

04 mai 2010

Skellig @ David Almond

 La famille de Michael vient d’emménager dans une nouvelle maison, enfin "nouvelle" pas vraiment, elle nécessite tout de même pas mal de travaux, son père s’y emploie en suant sang et eau, tandis que sa mère s’occupe, soucieuse, de la petite sœur, encore bébé et que docteur La Mort (ainsi rebaptisé par Michael), vient  visiter presque quotidiennement. Pour le moment, la petite sœur n’a pas encore de nom, comme si quelque chose entravait encore son existence, et que d’un instant à l’autre elle pouvait rejoindre le ciel, à tire d’aile. Une petite sœur oiseau….
Dans le jardin, il y a  une petite bâtisse en ruine, qui ferait un garage parfait selon l’agent immobilier, mais pour le moment, il est interdit à Michael d’y pénétrer au risque de voir le toit lui tomber sur la tête… Tout naturellement le gamin ne cesse de la reluquer, jusqu’au jour où n’y tenant plus il pousse la porte et découvre à sa grande stupéfaction une drôle de personne, les vêtements recouverts de poussière, tapie dans un coin, au milieu des gravats et des mouches mortes.
Cette étrange découverte va modifier à tout jamais l’existence de Michael. A personne il ne peut se confier, persuadé que d’une certaine façon, l’homme statufié ne peut que sortir tout droit de son imagination… Et puis, ses parents ont tellement d’autres soucis avec un enfant-oiseau qui menace à tout moment de les quitter…
Mais il y a Mina, la petite voisine, une petite fille pas tout à fait comme les autres, qui ne va jamais l’école mais qui connaît les oiseaux comme personne et récite sans jamais se tromper les poèmes de William Blake… Blake et les anges….

 William Blake - Recording Angel


Mais qui est le vieil homme, pourquoi ses omoplates saillent-elles à ce point sous sa veste ?...
Michael et Mina vont tenter de résoudre le mystère de cet homme si étrange qui semble ne se nourrir que de mouches, de souris, et de plats chinois, le 27 et le 53 exactement…
« - Maman, pourquoi on a des omoplates ?
(…)
- Les omoplates, à ce qu’il paraît, c’est ce qu’il reste des ailes, du temps où on était un ange, avant de naître. C’est là qu’elles s’attachaient, c’est là qu’elles repousseront un jour.
- Mais c’est seulement des histoires, dis, Maman ? Des trucs qu’on raconte aux petits ?
- Va savoir ! Peut-être qu’un jour on a tous eu des ailes. Peut-être qu’un jour on en aura de nouveau ?
- Tu crois que la petite sœur en a eu ?
- Elle, oh oui ! J’en suis sûre. Il suffit de la regarder. Par moments, même, je me demande si elle a vraiment quitté le paradis. Je me demande si elle a achevé son voyage jusqu’à la Terre. ».

Un très joli roman, entre rêve, fantastique et poésie. Troublant et envoûtant.
A découvrir dès 12 ans.

Edition Castor Poche Flammarion  - 2000

Deux autres romans de David Almond, chez Clarabel...  

03 mai 2010

Le chagrin @ Lionel Duroy

Le chagrin, roman autobiographique, autofiction ou biographie romancée… Et en fait peu importe, l’auteur, Lionel Duroy, se penche avec sensibilité, douleur et ferveur mêlées, sur l’histoire de sa famille, de ses parents, de toute sa jeune enfance jusqu’à ses années d’adulte où il découvre l’écriture, le pouvoir magique et presque miraculeux des mots qui blessent et secouent autant qu’ils guérissent, apaisent, malgré la tornade familiale qu’ils ne manquent pas d’entrainer.
Les blessures d’enfance ne cicatrisent jamais, à peine la plaie béante finit-elle tout de même par se refermer, sans jamais guérir pour autant, laissant tout au long de la vie, une douleur tenace, un pincement au cœur qui se rappelle à la mémoire, régulièrement à l’occasion de tel ou tel évènement.
Au célèbre « Deviens ce que tu es », pourrait s’adjoindre les éternelles réminiscences proustiennes, un pied qui trébuche sur un pavé... Le passé est gravé dans notre corps et dans notre âme, il faudra faire avec, devenir avec cet héritage pas toujours désiré mais qui fait de nous ce que nous sommes…

Le chagrin pourrait bien être le Livre impossible évoqué par Marc Vilrouge dans son roman  éponyme, ce livre impossible à écrire tant les obstacles et interdictions familiales sont nombreuses voire insurmontables, s’il n’avait été précédé par « Priez pour nous » écrit par Lionel Duroy plusieurs années auparavant, salué par la critique, vilipendé par ses proches, au point de le bannir, lui et ses enfants du cercle familial.
Ecrire sur sa vie et celle de ses proches n’est pas sans danger, même si l’étiquette « roman » est pourtant clairement affichée sur la couverture du livre achevé… Et pourtant, pourtant, une telle entreprise, pour de nombreux écrivains relève souvent de la survie, comme s’il y avait urgence, nécessité vitale, à aligner et peser les mots pour le dire… .
On pense, aussi au héros de Arnaud Cathrine,  Benjamin Lorca, ce jeune écrivain dont le livre essentiel ne put voir le jour, à moins qu’il ne fut en fait ce fameux journal retrouvé après sa mort, matériel, matériau, du livre interdit…
Le chagrin… ou le poids de toute une vie, de plusieurs vies même qui pèsent comme un couvercle sur le jeune adulte et l’auteur en devenir…
Lionel Duroy retrace en près de 550 pages le parcours de ses jeunes années, depuis  le mariage de ses parents le 17 juin 1944, alors que les alliés se battaient sur les terres de France, les rêves de grandeur suivis d’amères désillusions, le grand appartement à Neuilly, suivi quelques années plus tard par le repli en banlieue parisienne. Dégringolade sociale qui anéantit les rêves de sa mère et la rendra amère, à jamais…
Onze enfants (dont un mort en bas âge) naitront de cette union alors que le couple bat de l’aile souvent, la mère sombrant parfois dans une dépression proche de la folie, tantôt glaciale face à l’adversité, tantôt farouchement hostile… Toto, le père, surnage, mais avec panache, toujours optimiste, presque sûr du lendemain quitte à l’inventer de toutes pièces, sans jamais payer les factures.
Dix enfants grandiront donc, entre le désespoir de la mère et l’étonnant optimisme du père, entre courage et défaut de responsabilité. Ils « font avec », ils deviennent ce qu’ils sont, à jamais marqués par cette histoire familiale qui les brûle au fer rouge sans même qu’ils s’en rendent compte tout à fait… Juste cette haine tenace de la mère, haine pas vraiment perçue comme telle au début, entre peur et désir de plaire, mais qui gagne, qui grandit, et hurle sa rage au fur et à mesure que les années passent… Cette mère quasiment inaccessible, à bout, de tout ou presque, déçue, tellement déçue par la vie que lui offre Toto, son mari, bien malgré lui…
Il faut dire que les Dunoyer de Pranassac ne choisiront jamais la bonne voie, toujours à rebours de l’histoire, dans le « mauvais camp », pétainistes convaincus depuis deux générations, hostiles encore à  de Gaulle pendant la guerre d’Algérie, en retrait et pestant contre le mouvement de mai 68 et ses odieux « gauchistes »…
Il faudra à ce fils, futur écrivain, se construire lui-même, loin de archétypes familiaux, pour prendre position, et défendre ses propres convictions, à l’opposé de celles de ses parents. Sauvé par les mots, la création littéraire, quitte à perdre tout lien avec sa famille.
Travail de mémoire, de construction, de déconstruction, pour saisir le fin mot, l’essence de ce qui fut, le sauver de l’oubli et de la mort.
« Je ne veux pas que les choses meurent. J’essaie de toutes mes forces de les retenir. ».

Voilà un livre magnifique, juste, sans concession, courageux, sincère et d‘une belle sensibilité.
Roman initiatique, celui du parcours d’un enfant devenu grand, un enfant qui ne cesse pourtant de hanter la vie adulte de l’écrivain qu’il est devenu….
« Parce que nous sommes deux sous mon crâne : celui qui songeait à la tuer en écrivant et dont l’âge oscillait entre neuf et quinze ans (« tu as choisi une voix d’enfant, m’a dit Bernard Barrault, mais il y a d’autres partis possibles »), et le type de quarante ans que je suis à présent, qui confie ses enfants à la femme qu’il veut dézinguer, leur grand-mère. Celui de quarante ans est profondément attaché à l’autre, il peut le refaire exister tout au long d’un livre, mais dans la vraie vie il ne peut se remettre à parler comme lui. »
Eternel jeu de miroirs entre passé et présent, enfance et âge adulte.

Le chagrin se dévore et se lit d’une traite… 
Bouleversant et passionnant.

« J’étais bien placé pour savoir combien les livres peuvent être destructeurs, et cependant je ne connaissais pas de plus sûrs moyens de garder auprès de soi ceux que nous aimons le plus. »

Editions Julliard - Mars 2010