30 juin 2010

Portrait d'un mari avec les cendres de sa femme @ Pan Bouyoucas

"Le docteur Maras était un homme, une fois une tâche assumée, à en assumer également toutes les exigences, toutes les conséquences." Aussi, quand sa femme, la célèbre actrice Alma Jonquas, meurt dans ses bras d’un arrêt cardiaque, le serment qu’il lui avait fait un peu plus tôt d’enterrer ses cendres là où elle avait été la plus heureuse, le plonge dans un abîme de perplexité et d’angoisses insoupçonnable il y a peu… Mais où sa femme, oui la question est bien là, où sa femme  a-t-elle été le plus heureuse ???  Perfectionniste jusqu’au bout des ongles, le cher docteur  ne laisse rien de côté, articles de journaux, témoignages de proches pour dénicher CE lieu où pourra enfin reposer sa chère épouse, pourtant  réduite à l’état de cendres…
Or la tâche s’avère beaucoup plus complexe que prévu… Chacun, amis, familles, collègues de la défunte y allant de son petit laïus, les lieux potentiels, réceptacles ce ce fameux bonheur passé, se multiplient et s’opposent presque à l'infini. Pourtant, au tout départ, la solution paraissait bien simple, pourquoi pas le jardin de leur propriété qu’elle aimait tant entretenir, surtout depuis que les rôles, l’âge avançant, se réduisaient comme peau de chagrin… Notre homme décide de procéder le plus méthodiquement possible en explorant tour à tour ces fameux lieux, quitte à voyager et remonter dans le temps, et même fort loin.
Mais explorer la vie d’un mort n’est pas sans danger, pour le repos de l'âme du vivant comme du défunt…
Peu à peu, et insidieusement, le docteur Maras, découvre, déconfit, que sa femme lui cachait peut-être bien des choses… Le serment vite accepté le conduit aux portes du Secret, ou de ce qu’il imagine comme tel, malade de jalousie, un mal qu’il n’avait jamais ressenti du vivant de sa femme.Tout s'effondre, et il n'est pas loin de perdre pieds tout à fait.
« L’urne est posée sur la table de chevet. Il la regarde et a l’impression de contempler les cendres de sa vie ».
D’une plume alerte et pétillante, Pan Bouyoucas, nous dépeint les affres du deuil quand il nous laisse à la merci de proches et d’amis mûs par des sentiments aussi variés que la jalousie, la rancœur, ou l’appât du gain. L’image de l’être aimé, dans ces eaux troubles, s’estompe, au point de perdre réalité, et si l’amour de sa vie n’avait été, au final qu’un leurre, un rôle endossé avec brio, par la plus séduisante des actrices… Il est des souvenirs qu'il vaut mieux laisser dormir dans un tiroir, en tous cas à l'abri du regard des autres...
La fin s’achève, in extremis, dans un dernier éclat de rire, situation cocasse à souhaits, et pas très loin de tourner au psychodrame.
Un roman dont on se délecte du début à la fin, un humour aigre doux que j’apprécie tout particulièrement…


Une très jolie découverte, que je dois  à Babelio et à Masse Critique.

Editions les Allusifs - mai 2010

25 juin 2010

Happy birthday, Mister B. !


Bon, il peut sembler au premier abord que le nombre de bougies est pour le moins  fantaisiste mais faites une moyenne entre le chiffre 43 (au centre du gâteau) et celui affiché par les bougies, 4 grandes et 5 petites, vous obtenez une moyenne de 44, même si le robinet coule et qu'il y a une fuite d'eau...
Le plus bel âge de la vie, n'est-ce pas... surtout quand a on a deux lascars tout prêts à faire la fête :)

La carte a été choisie par Thomas, pour  le plus vaillant des chevaliers !

23 juin 2010

Les étranges soeurs Wilcox T. 2 - L'ombre de Dracula @ Fabrice Colin

L’ombre de Dracula menace à tout moment de s’étendre sur le monde, nos deux sœurs Wilcox, chaperonnées par le talentueux Sherlock Holmes, un peu débordé toutefois par les évènements, et orphelin de son cher Watson (quoique…) vont tenter de le combattre, une fois encore. Elles ont appris à se servir de leurs étranges pouvoirs, et même si elles n’en sont qu’au premier stade de leur apprentissage, elles sont bien déterminées à s’en servir coûte que coûte.
Quand Amber disparaît, par une nuit, comme mystérieusement envolée, pour Luna, pas de doute possible, elle a été enlevée par un proche, un traître, au service de Dracula lui-même.
Aussitôt, elle prend la décision de percer ce mystère et rencontre, en personne, celle qui lui parle dans ses rêves depuis des jours et des nuits… Le périple, audacieux, la mènera par-delà les labyrinthes et les sépultures plus qu’étranges, dans de mystérieuses machines volantes, un Pneumonaute, pour commencer, propulsé par le souffle de sa compagne fantomatique, la comtesse Bathory. Un engin incroyable, que les passants croiseront comme dans souffle, pas tout à fait sûrs à jamais de ne pas avoir rêvé. Direction Liverpool, pour rejoindre, une bien mystérieuse fête embarquée dans les airs sur le Bélémoth ! Ambiance surréaliste et fantastique, où les vivants tentent de discerner leurs morts…
Pendant ce temps, Amber fend les mers, emmenée au loin par son ravisseur. Ses découvertes et aventures n’en seront pas moins extraordinaires, le début du « pot aux roses » angoissant à souhaits, La guerre contre le comte D. imminente.
Et puis il y a cette Rebecca, l’émissaire du Comte vampire, un nom qui résonne douloureusement aux oreilles de nos deux sœurs. Va-t-elle apparaître, noire et tragique, traitre et implacable ? Elle détient plus d’un secret, et peut-être même le nœud de l’affaire…
Si le premier tome donnait envie, illico, de se fondre dans le deuxième tome, ce dernier, riche en rebondissements et en évènements ô combien surprenants, vous fait regretter de ne pas avoir le don de seconde vue pour en découvrir la suite à l’instant..
Les personnages secondaires sont attachants ou intrigants en diable, et cette fois, très « féminins ».
La comtesse Bathory, ou ce qui l’en reste, petite figure animée au centre d’un globe lunaire, mais dotée d’une force surprenante, quant à la mystérieuse duchesse de Tasmussen, elle est tout ce que j’aime dans le registre « vieille dame indigne », un personnage, dans le sens premier du terme, inoubliable. Ah oui, L’ombre de Dracula fait la part belle au merveilleux, au féérique (petits personnages de fée passant à l’horizon, quelques garous aussi) Un vrai bonheur !

Alors à quand, le tome 3, monsieur Colin, en attendant que je lise dans les livres que vous n’avez pas encore publiés ? :)

Gallimard jeunesse -mai 2010

18 juin 2010

Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars @ Jorn Riel

Quand il s’est avéré que les chasseurs du Nord Est du Groenland devaient déguerpir fissa sous l’injonction d’une circulaire officielle, - plus de chasses ni de pêches, mais une réserve hautement protégée - nos hommes un peu pris au dépourvu dans un premier temps, et très proches du désespoir pour certains, décident, chacun à leur manière, de « résister » ou de désobéir…
D’histoires en histoires, de « racontars en racontars » comme aime à les appeler Jorn Riel lui-même, Le naufrage de la Vesle Mari nous conte la destinée de certains de ces hommes qui n’ayant rien à perdre hormis la liberté, les plaines enneigées ou glacées, chiens, traineaux et bavardages autour d’un verre d’alcool, préfèrent imaginer des plans abracadabrants plutôt que de se rendre.
Comment imaginer une vie ailleurs, loin d’ici ?
«On doit être devenus comme ces petites airelles des marais, pas vrai ? Nos racines ont du s’accrocher dans la roche en dessous. Tu crois que je vais faner quand on va m’arracher ? »demande Lasselille à Bjorken…
Se sont noués entre ces hommes, un attachement et une amitié durables, inexprimables, et pour certains peu bavards de nature, bien au-delà des mots… Des mots qui quand ils les expriment leur font venir la larme à l’œil, un peu attendris et si sincères :
« Il y a certaines choses qui vont nous manquer.(…) Cette précieuse vie quotidienne en Arctique. L’air pur, le calme. C’est comme si en jouant à 1, 2, 3, soleil, on été restés figés dans une expression de béatitude, si tu vois ce que je veux dire." Doc comprenait. « Mais le vent a tourné maintenant," dit-il. »

Plénitude, liberté et cette curieuse sensation de ne pouvoir être eux-mêmes qu’ici, même avec leurs manques, leurs faiblesses et leur courage….

Les situations sont souvent cocasses, parfois dramatiques, les deux à la fois en fait, avec derrière, on le sent, une immense tendresse pour tous ces homme un peu bourrus, un peu naïfs aussi , mais mus par le même attachement aux espaces infinis et impitoyables.
Ce sont donc des portraits d’hommes tout autant que des histoires qui émergent avec puissance de ces pages, drôles, truculents, vifs et diablement têtus.
C’est ainsi par exemple que Bjorken est bien le seul homme au monde à porter le tatouage d’un autre  homme sur son dos (un dragon cracheur de flammes), quand à Olsen il n’est pas loin , tout le monde en jurerait, d’avoir de « l’eau salée dans les veines », tant il navigue  avec aisance sur les mers les plus furieuses, il se dit même, ici ou là,  qu'il doit avoir « le hurlement des océans dans les poumons ».
Quand au Douteur Rasmussen, qui perdit un œil d’un coup de sabot mal placé, il se mit à voir aussi bien et même bien mieux qu’avant avec son œil de verre, comme miraculeusement doué d’une sorte de double vue. « Curieusement, il voyait toujours des trucs plus sympas avec l’œil de verre, et plus bleus aussi. »
Des personnages et des histoires d’amitié ou de rivalité sur fond de sagesse inuit… Le dépaysement est complet, et l’on se prend à rêver à tous ces fantômes, les âmes de ce qui reviennent et ne sont jamais tout à fait partis, vivantes à tout jamais dans ce grand TOUT que représente le monde, la nature (encore épargnée par l’homme…).


Le naufrage de la Vesle Mari est le dernier tome des Racontars arctiques et bien que les volumes puissent  se lire séparément les uns des autres, il est évident qu’il va me falloir les reprendre un à un depuis le début ne serait-ce que pour retrouver tous ces hommes plus originaux et fortement campés les uns que les autres, et découvrir leurs étonnantes aventures, vraies ou inventées, qui sait ?

L'avis de Catulu.

Nous avons eu le privilège de pouvoir rencontrer  Jorn Riel récemment, Vanessa en parle ICI, (en attendant mon billet...)

Editions Gaïa - octobre 2009. Un grand merci à Béatrice !

L'Appel du 18 juin...


En ce jour du 18 juin, il faut lire aussi, et pourquoi pas :

Le Tombeau de Tommy - Alain Blottière (Gallimard), un de mes coups de coeur 2009.

Et, le témoignage si précieux de Jean-Marie Broc'h, alias Florette, Chef Départemental du Mouvement de Libération Nationale (Finistère),  Défense de la France :
"J'avais... des camarades" - Souvenirs de quatre années de résistance dans le Finistère.
Publié le 19 mars 1949 par Le Télégramme de Brest.

 Cliquez pour agrandir

Georges Bernard* sera arrêté à Brest le 15 mai 1941 et fusillé au Mont Valérien, le 10 décembre 1941, il avait tout juste 20 ans .

* Membre du Réseau  Elie, premier mouvement de résistance finistérien. Août 1940 - juin 1941.

 18 juin à Londres...


In Memoriam.

17 juin 2010

"Philomène" aux éditions Milan jeunesse

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Philomène vient de faire son entrée aux éditions Milan, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a du caractère et un bien joli prénom, philo - phénomène, Philomène… ;)

Chaque album abordera un épisode de la vie quotidienne, la vie de tous les jours, ses grandes ou petites interrogations, de celles que vivent tous les enfants…
« Le plus beau des dessins » et « Drôles de prénoms ! » ouvrent la collection.
Dans le premier album, Philomène, après avoir débarrassé la table du petit déjeuner, découvre, incrédule, que son plus beau dessin, celui qui représente le cheval de ses rêves, le nommé Pepito, a disparu de la porte du frigo où il était affiché. Et pourtant, elle y avait mis tout son coeur. Il était si beau... "Sa crinière est coloriée avec mon feutre qui sent le chocolat. Sa queue, avec le feutre parfum vanille. Les feuilles des arbres, autour, ont des paillettes vertes et le soleil est découpé dans du papier doré."

La suite sur LE BIBLIOBUS


Le monde dans les livres...

Un très joli blog littéraire vient de voir le jour (pour être précis il y a quelques semaines)  :


Courrez-y vite, on y trouve déjà (dans le désordre), Proust, Virginia Woolf, Djian, Simone de Beauvoir, entre autres (un programme qui ne peut que me plaire :)

A vos souris, donc...

16 juin 2010

Au sujet de Francis Garnung

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Je prépare en ce moment un article sur Wikipedia au sujet de  l'auteur de La pomme rouge (article "en chantier", j'attends la relecture de l'écrivain).

 °°°°°°°

Ci-dessous, le très bel article du Nouvel Observateur ( 28 mai 1997), à l'occasion de la réédition de "La Pomme rouge" et de "Les Miroirs et les Chaînes" chez Phébus.
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Cliquez pour agrandir

Il faut lire Francis Garnung...

Concernant La pomme rouge (sur mon blog), lire aussi et surtout les billets de Vanessa, Holly, Lilly...

14 juin 2010

Les silences @ Rose Tremain

Les silences ou tout ce qui est tu, non dit, jusqu’à l’écœurement, les petites rancœurs, les immenses souffrances, jusqu’à l’infamie….
Quelque part dans les Cévennes, terres arides, dures et ensorcelantes tout à la fois, se côtoient sans se connaître les gens « du cru », les vrais, héritiers des terres et des traditions, pas très argentés souvent mais riches de leur patrimoine, et les touristes, un peu jaloux, ceux venus d’ailleurs, les citadins ou étrangers qui un beau jour franchissent le pas et s’installent, achetant parfois à prix d’or d'anciens mas aux pierres rugueuses.
D’un côté, dans sa vieille ferme cévenole,  il y a Aramon, vieil homme décati, ivrogne et à bout de souffle, sa sœur et sa vieille bicoque construite sur le terrain familial, une véritable verrue d’ailleurs sa maison - Aramon ne veut pas tarder à s’en rendre compte, lui qui laisse pourtant tout pourrir et moisir chez lui.. Et puis, il y a les deux anglaises, passionnées de jardinage et luttant comme il se doit sur ces terres, contre la sécheresse, l’ennemi numéro un du jardinier.
Quand le frère de Veronica, Anthony, un antiquaire des quartiers huppés de Londres décide de venir rendre visite à sa sœur, Kitty, la compagne de cette dernière redoute la rencontre et en frémit d'avance, un peu jalouse, déjà.... Un lien étrange, inaliénable, unit la sœur et le frère, un secret de famille aussi... Anthony, dont les affaires sont au plus mal, se verrait bien s’installer dans ce coin de France, seul au milieu des montagnes mais à quelques encablures de sa sœur, au grand dam de Kitty, bien évidemment.
Leurs destins à tous vont se croiser, Aramon, Audrun, Kitty, Veronica et Anthony, eux que tout sépare pourtant, vont se retrouver au cœur d’une histoire de vie et de mort, de maux familiaux et de blessures jamais cicatrisées. Aramon, plus pour effacer le passé gluant qui lui colle la peau, que pour l’appât du gain (malgré les apparences) , met en vente sa maison, à la grande colère d’Audrun... Nos trois anglais vont y porter la plus grande attention jusqu’au drame, ou double drame, ou triple drame même qui va, vont, tout faire vaciller, certitudes, projets de vie, amours…

Sous les silences, la violence couve à petit feu, et le passé que l’on croyait enfoui ressurgit comme un diable de sa boite. Il ne faut pas faire confiance à l’eau qui dort, surtout dans un « gouffre » des Cévennes.
Un roman qui vous tient en haleine, dès la première page franchie, une peinture au vitriole de la "bonne société" anglaise qui n'a rien à envier, à vrai dire, question cruauté, aux paysans un peu moins policés des Cévennes. 
Un roman sombre sous un soleil écrasant.

Les avis de Cuné, Cathulu

Extrait :
Anthony et Llyod sont partis pour une fin de soirée bien arrosée, bien décidés à deviser, sur la vie et sur ce « foutu fond des choses ». Benita, la femme de Lloyd est allée se coucher.
« Elle savait - peut-être parce qu’elle était plus cultivée que Lloyd, avait lu et compris à la fois Ibsen et Lewis Carroll - que le « foutu fond des choses », ça n’existait pas, et que quand les hommes entendaient le trouver, ils finissaient en règle générale par parler voitures. »


Editions JC Lattès - juin 2010

13 juin 2010

Le livre des monstres @ Fabrice Colin et André-François Ruaud

 Je croyais vous avoir parlé de ce livre... Tiens, je ne le retrouve pas entre ces pages. 
Et pourtant, à l'instant ou presque, Thomas (huit ans et demi, c'est important pour la suite de l'histoire) déboule dans la salle-à-manger-bibliothèque, vaguement hirsute et en colère :
"Maman, Matthieu ne veut pas que je lise Le livre des monstres."
"Pourquoi ?", Je tente de rédiger un billet, il est déjà neuf heures et ils commencent à m'énerver légèrement tous les deux.. 
"Parce qu'il y a marqué sur la couverture qu'il était interdit de le lire avant neuf ans, trois mois et cinq jours".
Là, je visualise mieux le livre, c'est un détail qui  les avait beaucoup marqués à l'époque. Matthieu n'avait pas encore 9 ans, et outre le sujet qui l'intéressait tout particulièrement, le halo de "l'interdit" le lui avait rendu plus cher et plus attrayant encore... 
"Je lui ai dit que j'avais presque 9 ans, mais il veut pas !"
"Si je comprends bien, il est en train de le relire !"
"Oui"
"Mais si TU PEUX ! ENFIN ! Ne te laisse pas mener en bateau comme ça  par ton frère..."


Quelques minutes plus tard, plus par curiosité que pour en avoir le coeur net, (je me doutais bien en les entendant chuchoter de ce que j'allais découvrir.) - "Puisque je te dis que tu vas faire des cauchemars, Thomas !" - Je rentre à pas de loup dans leur chambre et je trouve les deux lascars sur le lit de Matthieu plongés dans le livre (Thomas a bien évidemment fini par l'emporter). Bon, là, ils sourient  presque pour la photo, mais la minute d'avant, ils étaient hyper concentrés et l'un d'entre eux un peu bougon d'être dérangé (je vous laisse deviner lequel).

Vraiment, je ne vous avais pas parlé de ce livre ?
Une anthologie des monstres, goules, vampires, pirates fantômes et j'en passe sous forme d'histoire ou épopée (un jeune homme de 17 ans, fils d'une humaine et d'un loup-garou, à la recherche de son père, disparu depuis douze ans dans le Monde noir...) qui peut se lire dans l'ordre, le désordre, par petits bouts ou jusque tard dans la nuit, planqué sous les couvertures.
Merveilleusement illustré , comme un livre de souvenirs ou un ancien carnet de voyages avec de très jolies planches...

On se battrait presque à la maison...

 cliquez pour agrandir
Photos du livre et billet réalisé après extinction des feux, je ne suis pas cruelle au point de le leur confisquer juste pour le plaisir d'en faire un billet. Mais c'est amusant comme coïncidence parce qu'aujourd'hui, justement, je lisais un livre de Fabrice Colin, mais j'en reparle dans deux ou trois jours...

Edition les Deux coqs d'Or - Novembre 2008.

10 juin 2010

Prix Landerneau 2010



Cette année le prix Landerneau des Espaces Culturels E. Leclerc a été remis à
Kéthévane Dawrichevy 
pour son roman
La mer noire
publié aux éditions Sabine Wespieser.


Les livres en lice pour le prix étaient :

 Kéthévane Davrichewy, La Mer Noire 
Laurent Binet, HHhH ( Grasset)
Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig  (Flammarion)
Jakuta Alikavazovic, Le Londres-Louxor ( l'Olivier)
 Ingrid Astier, Quai des enfers (Gallimard)
 Adelaïde de Clermont-tonnerre, Fourrure  (Stock)
Hugo Boris, Je n'ai pas dansé depuis longtemps ( Belfond)





Sélection prometteuse, j'avais déjà noté trois d'entre eux depuis quelques temps, HHhH, Le Londres-Louxor, Fourrure...
Livres notés et archivés dans ma fameuse LAL (liste de livres à lire... )
Oui, mais cette année, j'ai un petit regret. Certes, les blogueurs "littéraires", enfin ceux qui tiennent le journal de leurs lectures sur le net (je préfère grandement cette dénomination) ont été très aimablement invités à la réception de remise du prix, mais contrairement aux années passées, aucun livre ne leur a été proposé... Dommage, nous nous trouvions par là-même un peu évincés de l'aventure, si prometteuse les années passées. L'année dernière, souvenez-vous, le lauréat avait été "Un dieu un animal" de Jérôme Ferrari, livre que j'avais beaucoup aimé et qui fut sans conteste l'un de mes coups de coeur de l'année 2009 et pourtant je serais sans doute passée à côté sans l'intervention du prix Landerneau (le roman ne "croulait" pas alors sous les critiques). Comme quoi, ce prix a vraiment son importance. Dommage qu'on ne puisse tout simplement plus y participer en tant que "blogueur" sans se ruiner ( le terme est fort, mais acheter les sept livres du prix me semble vraiment hors de portée alors que tant d'autres livres attendent déjà d'être lus et que certains ne me tentent pas d'emblée).
C'est donc un billet assez stérile que je vous livre ici. Dommage, vraiment.. 

Hormis ce fait, la réception, à la Maison de l'Amérique Latine était très belle :)

A noter, au rez-de-chaussée, et à l'entresol de la Maison de l'Amérique Latine, on pouvait découvrir avec bonheur l'exposition de l'artiste Marie Orensanz, "Tout ce qui se voit et tout ce qui est caché"

Ci-dessous :
Une pièce, des portes, toutes fermées, L'indifférence.


Petit flash back sur les années passées :
 Prix Landerneau 2008, Prix Landerneau 2009

Le sentiment de Vanessa, qui y était aussi :)

PS A la lecture du magnifique billet d'Isabelle sur le livre d'Hugo Boris, "Je n'ai pas dansé depuis longtemps", je sais qu'il va me falloir lire au moins 4 livres, donc, de la sélection...

05 juin 2010

Dans ma bibliothèque, il y a ...

... de drôles petits habitants...

Il s'agit de Mecki le hérisson et de sa femme, produits par Steiff dans les années 50 ou 60 *.
Petits personnages un peu mieux connus en Allemagne, il me semble.

Je ne sais pas ce qu'ils fabriquent là, mais ils n'ont pas l'air mécontents de leur sort.
Il faut dire qu'il y a pire qu'Agatha Christie comme murs de papier...

Bon week-end à tous !

*Le hérisson Mecki est un personnage de bande dessinée créé en 1940 par Ferdinand Diehl. Ce drôle de personnage connaît un franc succès dans les années 50 comme "hérisson fétiche" du magazine télévisé allemand "HÖRZU". MECKI fait son entrée dans l'univers de Steiff en 1951 ainsi que sa femme MICKI et ses deux enfants MACKI et MUCKI.

04 juin 2010

Cercueils et Cie @ Margery Allingham

Injustement méconnue de ce côté de la Manche, Margery Allingham fut pourtant considérée dès les années 30, époque où elle commença « à officier », comme l’un des auteurs phares du roman policier britannique.
A tel point que la célèbre Agatha dut partager avec elle son fameux titre de « Reine du crime », ce qui n’est pas peu dire…
J'aime à penser que dans une autre vie,  éternelle celle-là (les personnages ne survivent-ils pas bien souvent à leur créateur ?) , Poirot et Miss Marple durent et rencontrent peut-être toujours  à l’occasion, dans leur monde éthéré de papier,  le jeune héros longiligne de Margery, j’ai nommé le charmant Albert Campion, héros récurent de l’œuvre de la romancière et tout aussi doué que ses deux alter égos précités…

Cercueils et Cie, publié pour la première fois en 1949, est l’un des rares romans de Margery Allingham a n’avoir encore jamais été traduit en français… Pourquoi ? Mystère… Et Albert n’est plus là pour résoudre cette énigme… Enfin, j’ai peut-être ma petite idée - pourquoi pas un coup tordu de Poirot, une basse vengeance pour se débarrasser de son coriace adversaire tout du moins dans le cœur des français qui commençaient forcément à l'excéder (souvenez-vous, les anglais le prenaient toujours pour un "petit détective français", lui, si belge et fier de l'être...)
Enfin, trêve de plaisanterie, les éditions BakerStreet ont enfin réparé cette injustice, puisque vous pouvez à présent, et depuis le mois de mai dernier, dévorer cette aventure policière dans la langue de Molière…

A ma grande honte, je dois reconnaître que je ne connaissais cette romancière ni d’Eve ni d’Adam. Que de temps perdu, et qu’il va me falloir rattraper, parce que oui, évacuons tout suspens, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette histoire de cercueils, de croque-morts et de vieilles dames indignes.
Alors certes, l’intrigue ne rebondit pas à tous les coins de page, certes, vous ne tremblez pas d’angoisse et ne frissonnez pas de terreur, mais l’intérêt à mon sens n’est pas là… Non, il est dans la peinture extrêmement précise, burlesque, et originale dont Margery dépeint et campe ses personnages.
Truculents, monomaniaques, bien trempés, ils auraient fortement plu à  l'ami Balzac, lui qui aimait tant les « types », les physionomies, les trognes, les excentricités, et les particularités de costumes.
Et c’est peut-être, finalement, ce qui distingue nos deux « Reines du crime », Agatha Christie se distingue sans aucun doute par ses qualités  de scénariste, Margery Allingham par ses qualités de portraitiste et de mise en scène (autant qu'on puisse en juger, bien sûr,  sur un seul volume).

Mais qu’en est-il de l’histoire et des personnages ? Rapidement (parce qu’un roman policier, ça s’effleure, ça se feuillette rapidement chez le libraire pour s’en faire une petite idée vite fait, mais ça ne se déflore pas - au risque de se faire assassiner, même d’outre-tombe, par l’auteur).

Décors : Londres de l’après-guerre, dans une sorte de pension de famille, anciennement auguste maison familiale, reprise par une certaine Rose, et louée à l’ancienne famille à moindre coût (curieux déjà n’est-ce pas ? ). Les choses se compliquent quand deux membres de cette famille désargentée, les Palinode, meurent à quelques mois d’intervalle dans des circonstances pour le moins obscures..
Quelques lettres anonymes adressées à qui de droit, et l’affaire débute. Rose appelle à la rescousse le fameux Albert Campion, avocat, et potentiel neveu (enfin c’est ainsi qu’elle le présente, lui ne dément pas) pour l’aider à élucider l’affaire et à soulager la maisonnée (qui ne vit plus que de conserves et de boissons hermétiquement scellés, on ne sait jamais, une pincée de poison est si facilement arrivée.).
De petits coups de théâtre (c’est le cas de le dire, la famille Palinode est mordue de littérature et de dramaturgie), en révélations plus ou moins morbides, notre jeune détective improvisé va donner un sacré coup de main à la police et révéler au grand jour un trafic pour le moins surprenant…
Je vous le disais tout est dans le détail et dans l’ambiance créée de main de maître par notre romancière, ses coups d’œil acérés et ses coups de crayons très très affutés.
Le fiancé de la plus jeune Palinode est ainsi décrit comme :
« Un grand échalas osseux vêtu d’un de ces pulls rétrécis qui lui donne l’air d’un lapin écorché. »
Quant à Miss Evadne Palinode, Campion eut bien du mal à se remettre de leur première rencontre (outre le fait qu’elle le prit pour son valet) :
« Il l’aperçut alors, découvrant, choqué, qu’il l’avait prise dans la pénombre pour une couverture colorée jetée sur un fauteuil. Grande et plate, elle était vêtue d’une longue robe d’imprimé cachemire et coiffé d’un fichu rouge terne. Son visage ridé et tacheté, d’une teinte à peine contrastée, se fondait presque dans le brocart brun roux du siège.
Elle ne bougea pas. Jamais il n’avait vu de créature vivante, hormis un crocodile, observer une aussi parfaite immobilité. Mais ses yeux pétillaient d’intelligence malgré leur aspect vitreux. »…

Jessica Palinode, la « surdouée » de la famille - elle fait des mots croisés en latin, rien de moins, n'est pas moins surprenante. Son portrait est une petite merveille d'excentricité :
« Sa petite silhouette ramassée s’ornait d’un assortiment de vêtements de longueur diverse, et ses jambes croisées révélaient un fouillis de liserés multicolores tombant en festons sur des bas en accordéon. Vue de loin, sa chaussure paraissait remplie d’herbe. On en voyait jaillir de toutes les ouvertures, y compris celle située à l’extrémité. Malgré la chaleur du plein soleil, elle portait sur les épaules quelque chose qui eût pu être jadis de la fourrure ; elle leur tournait le dos, mais Campion aperçut des mèches mutines s’échappant des plis jaunissants d’une vieille voilette de voyage boutonnée sur dessus. Elle l’avait posée sur un morceau de carton grossièrement déchirée placé sur le haut du crâne, ce qui lui donnait un air excentrique, voire pitoyable, rappelant l’allure qu’ont parfois les petites filles déguisées. »
Quant au croque-mort qui habite et sous-loue le cellier, je vous laisse deviner, mais j’aime assez la répartie d’un des habitants de la maison à son sujet :
« Si vous entendez cogner, ce n’est que le croque-mort. ».Oui, bien sûr, normal....

Etrange.. Mais TOUT est étrange dans cette demeure, les habitants comme les meubles.
Et Rose, très curieusement, qui  ferait tout pour eux :
« Elle trouve qu’ils sortent de l’ordinaire et qu’ils ont de la classe… c’est un peu comme si elle élevait des kangourous. »
Et tout est dit…
Irrésistible et si british, follement excentrique.
Personnellement j’adore..


Denier Extrait :
"Arrivé au sommet de la butte, l’homme mince ralentit l’allure et se retourna. Derrière lui, la scène s’étala en radieuse miniature, comme emprisonnée dans le globe en verre d’un presse-papiers. La pelouse scintillante, la ligne droite de l’allée et, au-delà, rétrécie à la taille d’une poupée, la silhouette chiffonnée à tête de champignon, énigme brouillée sur le banc sombre. »

Editions BakerStreet - Mai 2010

Je ne sais pas pourquoi, mais ce cliché de la famille Sitwell, me fait penser aux Palinode, à s’y méprendre… Ou est-ce mon imagination qui me joue des tours :)

Edith Sitwell avec ses frères Osbert and Sacheverell.

02 juin 2010

Les Raisons du coeur @ Mary Wesley

L'histoire débute au printemps 1926 à l’hôtel Marjolaine de Dinard où se retrouve une joyeuse colonie d’estivants britanniques, adepte des bains de mer, du lèche-vitrine, des parties de bridge et du farniente.
Flora, tout juste dix ans, y réside seule avec sa gouvernante française en attendant le retour imminent mais toujours retardé de ses parents. Son père, haut fonctionnaire en Inde, ne revient que de loin en loin en Europe, sa mère, plus amante que maman (et c‘est un euphémisme...), ne quitte pas son mari d’une semelle, la gamine est laissée, toujours derrière, comme un petit chiot dont on ne sait que faire, et qu’à défaut d’avoir pu noyer à la naissance, on confie à droite à gauche pour ne pas l’avoir dans les pattes…

Et c’est d’ailleurs un chien dans les bras, de l’eau jusqu’à la taille, que Cosmo, un jeune ado de quinze ans, la découvre… Elle lui paraît alors, du haut de ses dix ans et de ses gambettes toutes maigres, si vulnérable qu’il ne peut s’empêcher de courir à son secours, furieux contre le chien, un certain « Tonton » de mettre ainsi en péril la vie de la gamine. Première rencontre, inoubliable pour l’un comme pour l‘autre, tous deux pourtant encore des enfants, première rencontre d‘une petite série… .
Car, peu après, c’est au tour d’Hubert, dit « Blanco » de croiser cette enfant, un chouia extravagante, souvent accompagnée de chiens à défaut d‘êtres humains (elle promène à longueur de journée les toutous de ces dames). Mais cette fois, elle est seule, habillée de pied en cape, et s’enfonce droit devant, les yeux fermés, dans la mer et vers le large… Il court, l’entraine de force hors de l’eau, et… se fait mordre par elle….
Quand il raconte cette étrange rencontre à son ami Cosmo, qui en retour lui fait part de la sienne, ce dernier ajoute, pensif et inquiet :
« - Je suis sûr que les enfants ne se….
Ni lui ni Blanco ne prononça le terme de suicide. Blanco décréta qu’il mourait d’envie de prendre un bain chaud. »
Un bain, chaud, l’équilibre de la famille (cette gamine n’est vraiment pas présentable), les courses et allers retours chez la couturière, autant de préoccupations qui feront que cet été-là, comme les suivants, personne ne voudra se pencher avec intérêt, compassion peut-être sur cette drôle de petite gamine, un peu sauvage, souvent silencieuse, et toujours seule.
Mais de son côté, Flora ne perd pas une miette de ce qui se passe autour d’elle. Attentive au moindre détail, d’une sensibilité à fleur de peau, elle note les moindres évènements, perce intuitivement les faux-semblants, et sonde les cœurs…
Aussi quand Félix, un jeune et beau Hollandais d’une vingtaine d’années, apparait dans son champ de vision et dans la vie de cette micro société, elle le remarque tout aussitôt. Il n’est pas comme les autres, il en impose, il irradie, et la séduit… sans qu’il n’en sache rien. Félix, l’idole de toutes les jeunes filles, insaisissable comme un coup de vent.
Cosmo, Blanco, Félix, ces trois noms tourbillonnent dans sa tête et jusque dans son ventre de petite fille et quand ils partent à la fin de la saison, la laissant seule comme d‘habitude (mais qui en a cure ?) , elle le sait déjà, elle sait qu’elle les aime tous les trois… A dix ans, d’une passion innocente, naïve, mais pleine et entière.
« A l’heure de sa vieillesse, Flora aurait beau oublier constamment le nom des gens, les évènements qui s’étaient produits une semaine plus tôt, les titres de livres, le côté éphémère de la vie, elle se rappellerait toujours aussi bien le quai de Dinard où, plantée sous la pluie battante, elle regardait les vedettes s’éloigner. »

Cinq ans plus tard, elle retrouvera Félix, Cosmo, Blanco… Et tous se rendront compte que la petite pensionnaire toujours laissée de côté n’est décidément plus une petite fille. Les années passeront encore, effilochant le lien invisible qui les lie tous les quatre sans pour autant le rompre… Ils se retrouveront.

Mary Wesley brosse ici un portrait sans concession de la haute société anglaise, ses faux semblants, son hypocrisie. Le « bon ton » et les convenances tombent sous le regard innocent d’une gamine, puis d’une jeune fille et d’une femme, qui n’a de délurée que l’apparence, et encore…
La plus sage d’entre tous, la plus « sensée », n’est pas toujours celle que l’on croit… Il y a chez cette enfant, très tôt en prise avec le désespoir et la rage d’être abandonnée, une telle acuité dans le regard, une telle tendresse finalement pour les autres, malgré leurs manquements et leur faiblesse, qu’elle en illumine ce roman et finalement l’apaise. Oui, la plus sensée de tous, c’est bien celle qui en ne choisissant pas, mais sans s’imposer ni se trahir, saura laisser la vie faire ou défaire les liens, sans souci des apparences et de la morale.

Une très belle histoire, un peu à la Jules et Jim, certes, mais beaucoup plus sereine et au final, lumineuse.


A découvrir absolument. Ce livre, n‘a résolument rien d‘une bluette, loin s’en faut !

Editions Héloïse d'Ormesson - juin 2010

Au sujet de Mary Wesley.