27 juillet 2010

Des livres et des lettres

Je lis, je lis, et... je ne publie rien encore sur ce blog. Le temps est aux vacances, mais cela va venir. 
Au programme (un clic sur la photo), des livres pour enfants et d'autres pour les grands, quoique franchement, certains livres jeunesse, méritent amplement une lecture "adulte". 

Apparaîtront donc bientôt entre ces pages :

- "Dans le secret" de Jérôme Ferrari.
- "Ce livre cache un très grand secret" de Pseudonymous Bosch
- "Décomposition" de J. Eric Miller
- Les sales histoires de Félicien Moutarde" de Fabrice Melquiot et Ronan Badel.
Et un livre mystère, dont je vous parlerai plus avant à la fin du mois d'août. Un indice, il paraîtra chez Actes Sud et  une chose est certaine, il marquera la rentrée !

Sinon, entre deux lectures, farniente dans le jardin ensoleillé de Normandie et allers-retours à la piscine, nous avons joué avec Thomas, pour ne pas quitter le domaine des lettres,  à Bananagrams (des lettres comme pour le Scrabble, mais sans comptes d'apothicaire et sans plateau).

Ci-dessous, un  portrait de l'artiste, qui décidément se débrouille très bien à ce jeu (qui remplace avantageusement les devoirs de vacances - pour les maths, les cartes à Toto, feront également très bien  l'affaire :)

17 juillet 2010

Mussolini et les femmes @ Gian Carlo Fusco

Une dizaine d’années après la fin de la seconde guerre mondiale, Gian Carlo Fusco, journaliste et écrivain, entame une série de chroniques sur le défunt régime du Duce. L’objectif, dévoiler, exposer au grand jour et d’une plume trempée de vitriol les coulisses de ce régime corrompu dirigé par des play-boys adeptes des bordels, avinés et veules , tordre le cou enfin à l’opinion bien vivante encore à l’époque selon  laquelle on ne se portait pas si mal finalement sous le fascisme….
Mussolini sans fards et sans le masque de respectabilité qu’il a bien tenté, un temps, de s’approprier, Mussolini, le séducteur, misogyne à l’extrême… Marié à Rachele, il l’a trompa tous les jours, pour avoir les idées claires, disait-il, bien qu‘il ne les ait jamais eues « ni avant, ni après la galipette »…
Liste innombrable de femmes, trouvées dans les bordels, « pots de chambre en chair et en os », d’où émergent, outre Rachele, le paravent de respectabilité (et la mère de ses enfants ), cinq noms, celles qui comptèrent un tout petit plus, à peine…
Mussolini, les femmes, et son entourage… Un entourage bien gênant pour celui qui tentait de paraître ce qu’il n’était pas. Ultra violent, corrompu, adepte pour certains des drogues dures et à son image des parties de jambes en l’air…
Gian Carlo Fusco, épingle sans concession les proches du Duce, ceux qu’il appelle, les « play-boys du régime » , choisissant les anecdotes les plus cruelles, les plus perverses, les plus épiques… Le résultat est saisissant et surtout tient-il à préciser  totalement véridique :
« Tu sais, je n’ai pas d’imagination. Ce que j’appellerai la « nuit de Matsuoka » est scrupuleusement exact. »
Exact à la virgule près, le récit de cette nuit, au printemps 1941, où le ministre des affaires étrangères japonais se trouva embrigader malgré lui dans une folle soirée dont il gardera semble-t-il et malgré tout, un souvenir mémorable et émoustillé. Arraché de son lit  de l’hôtel Excelsior, par Max Mugnani, une espèce de démon, consul honoraire de la Milice, il se retrouva entre les mains de fêtards passablement éméchés et drogués, forcé d’ingurgiter tout un sachet de poudre blanche. Il dut repousser le lendemain son rendez-vous avec le Duce, son secrétaire particulier le retrouva gisant au beau milieu de son lit, dénudé mais le torse ceint d’un soutien-gorge et la tête perdue dans les nuages.

Mussolini et les femmes  ou l’envers du music-hall, de cette sinistre mise en scène qui emporta l’Italie dans la tourmente et la violence. Fusco, méticuleusement, déchire les oripeaux de respectabilité, ou ce qu’il en reste, pour montrer le pantin qui s’agite dessous, mal dégrossi et honteux.
En octobre 1954, il y en avait encore, des hommes politiques italiens, et même des sénateurs pour proclamer tout à trac et avec assurance à leurs adversaires  :
« C’est vous qui jouez les scandalisés et les moralistes, vous qui avez tout fait pour enterrer le fascisme, régime qui avait donné au pays des mœurs saines, sans vice ni corruption ! »

Fusco se devait d’agir, c’est-ce qu’il fit, avec tout le talent qui est le sien…

Editions Le Serpent à Plumes - juin 2010.

15 juillet 2010

Dr Fischer de Genève @ Graham Greene

Le docteur Ficher est un homme important, entendez par là extrêmement riche et puissant, un homme aux bras démesurément longs, craint non tant par les gens peu fortunés que par ses « pairs », ceux dont les comptes en banque alignent une multitude de zéros, avides toujours d’un petit peu plus et de l’émotion qui va avec.
Le docteur Fischer est le diable en personne, celui qui tente et fait plier même et surtout les puissants, à coups de cadeaux rutilants et d’humiliations calculées.
Quand sa fille, Anne-Luise, rencontre un homme d’une trentaine d’années plus âgé qu’elle, Alfred Jones,  qui plus est sans le sou - un modeste employé d’une société fabricante de chocolats, il ne lève pas  un sourcil et se contente dans un premier mouvement, de les ignorer tout simplement et très implacablement, jusqu’au jour où très étrangement, il se décide à envoyer à son gendre une invitation…
Une invitation à dîner, ou plutôt à participer à l’un des dîners très spéciaux et très fermés dont il a seul le secret et le pouvoir… La règle semble être rompue, pourquoi son gendre, « homme de peu », alors que tous ses autres convives rivalisent de millions ?
Anne-Luise s’inquiète, Alfred insiste, par curiosité dit-il, elle cède…
Premier pas dans l’engrenage fatal.
L’histoire nous est contée à postériori par le gendre, alors que les évènements atroces qui s’en suivirent appartiennent résolument au passé. Lui seul a survécu…
Les dîners des crapauds, ainsi nommés par sa fille, auront raison de leur bonheur et de leur vie, tandis que ces derniers, coassant à qui mieux mieux, continueront à courir après un bout de gras.
Corruption, veulerie, cupidité, tout y passe sous la plume d’un Alfred atomisé, mais debout au bord d’un champs de sa ruine, sa propre existence.

Un conte noir, brillant et cruel, l’un des derniers écrits de Graham Greene, qui trouve encore à ce jour, de bien curieuses résonances…

Editions Robert Laffont - Pavillons poche, mai 2010

13 juillet 2010

La Pelouse de camomille @ Mary Wesley

Quarante-cinq ans plus tard, ils se souviennent…
Il se souviennent de ce fameux été 39, le dernier, celui qui scella le temps de l’insouciance et de leur jeunesse, pour certains même de leur adolescence.
Depuis des années, la grande et disharmonieuse maison de Cornouailles reçoit famille, neveux  et amis, le temps d’une saison, celle des estivants et des bains de mer. Pour tous les cousins, c’est l’occasion de s’y retrouver et d’accomplir, comme un rite, les jeux devenus familiers, courses poursuites nocturnes sur le chemin de douanier, à pic, et surplombant la falaise, butinages et flirts innocents. Chaque année, tout le monde a un peu grandi.
La guerre est passée, certains s’en sont allés, mais reste, gravée dans leur mémoire, la pelouse de camomille, celle qui s’étendait quasiment jusqu’à la mer, délicieusement odorante et complice, complice de ces premiers amours, fantasmés, durables ou éphémères.
La guerre, loin de balayer les sentiments et les passions, exacerbe les tensions et balaie  les conventions. Au beau milieu de la tourmente, il semble que rien ne les attache encore tous plus à la vie, au milieu des morts et du danger, que l’amour partagé ou rêvé.
Point de conformisme encore ici, Mary Wesley n’en a cure, tabous et conventions sont allègrement jetés aux orties, et personne à vrai dire ne s’en porte plus mal, la guerre encore en toile de fond et surtout le temps qui passe, et que chaque personnage observe comme d’une haut d’une échasse, non point pris de vertiges, mais secoué par l’émotion, le regret, la nostalgie ou la sérénité d’une vie accomplie et assumée.

Un très joli roman, aigre doux, acide et cruel, qui se dévore…
Ah décidément, Mary Wesley a beaucoup de talent !

Editions Héloïse d’Ormesson - juin 2008 - et Livre de Poche !

02 juillet 2010

Il fait trop chaud pour travailler


Il fait vraiment trop chaud pour travailler...
Mitsou a délaissé son fauteuil préféré pour venir indûment squatter le lit, sous le ventilo, l'oreille au vent. Quand le chat dort, les souris dansent...
Oups, piégée, elle va devoir retrouver le marbre de la cheminée.

°°°
Je tiens à préciser que malgré la chaleur ambiante ce billet est "hautement littéraire", Mistou est bien  la digne héritière de Colette, puisqu'elle porte le prénom d'un de ses personnages... 
Souvenez-vous de :

 - 1956 -

°°°

01 juillet 2010

Rose, sainte-nitouche @ Mary Wesley

Rose sainte-nitouche, la jeune fille prude, peu au fait des batifolages amoureux, mais qui au bout du compte cache bien son jeu, Rose, la naïve, qui finira bien par mener tout le monde par le bout du nez, telle est l’image que certains, bien moins francs du collier, voudraient méchamment lui accoler.
Mais qui est Rose, véritablement, et sans fard  ?
A des années de distance, et alors que les années sont passées, laissant loin derrière la jeune fille puis la femme, Rose se souvient… Son mari, Ned vient de mourir, leur fils unique, Christopher, hérite avec sa femme Helen (une peste en réalité, mais qu'importe) de la magnifique propriété familiale, celle-là même que Rose a tant chérie et protégée pendant les années de guerre.
En apparence, Rose s’est dévouée à son mari, à ses parents aussi, pour lesquels, finalement elle a conclu ce mariage sans amour véritable, mais pour faire une « fin » convenable sous tout rapport.
Mais celle qui ment le plus, n’est pas toujours celle que l’on croit… Ou tout du moins la plus fidèle à son serment. Fidèle à ce qu’elle a promis, c’est déjà ça et ce n'est pas peu.. 

Entre mascarade et petit théâtre social, le monde que nous dépeint ici Mary Wesley, comme dans "Les raisons du coeur" lui aussi conté dans le temps et en perspective, révèle les faux semblants que cette petite micro-société tente à tout prix de masquer. Personne n’y échappe, mais rien n’est simple.
Avant Ned, ou presque en même temps, il y a eu, il y aura, toujours, Mylo, le jeune homme un peu excentrique, mi-français, mi-anglais, un jeune homme en rien convenable, puisque sans fortune et sans position sociable. Rose choisira Ned, de 12 ans plus âgé qu’elle, le si convenable Ned, sans pourtant jamais pouvoir renoncer à Mylo.
Double amour, double vie, double serment, un peu opposés, mais pas vraiment contradictoires,  je ne te quitterai pas, s'allie au  je ne t’oublierai jamais, en une ronde infernale… En cela Rose est sans doute la plus droite et la plus sincère de tous les personnages qui se promènent dans ce roman, droits dans leurs bottes, en apparence tout du moins… Les raisons du coeur, décidément, sont parfois les plus légitimes.
Mary Wesley dépeint l’intime confronté à l’apparat social et à ses conventions. Nombreuses sont ses héroïnes qui pleurent en se réjouissant de la mort de leur mari. Enfin libres. Mais Rose n’appartient pas à ce petit cercle si « convenable », Rose promet et reste fidèle, à sa façon à chacune de ses promesses quitte à en crever, littéralement, le jambes en sang, dans un métro londonien.
Personnage attachant s’il en est un… Le lecteur suit Rose, pas si sainte-nitouche que cela, ému, passionné, car il s’agit, oui, aussi, d’une formidable histoire d’amour.
En arrière plan, la seconde guerre mondiale, comme souvent chez Mary, Wesley et la difficulté d’y survivre quand les êtres chers menacent à tout moment de disparaître dans un souffle, et au plus mauvais moment. A cette époque-là, une broutille, une dispute enfantine peut basculer dans l’irrémédiable quand au jour présent ne suivra aucun lendemain, aucune possibilité de se racheter. C’est l’époque par excellence de l’urgence, de la nécessité de vivre et de tout prendre sur l’instant, au risque de tout perdre à tout jamais.
Un roman qui m’attache encore un peu plus à cette romancière et à la femme qui se cache tout derrière, profondément attachante, sincère et subversive, oui ô combien, encore à notre époque...

Bonne nouvelle, et comme nous l’a annoncé Cathulu récemment,  Rose, sainte-nitouche, sort en Poche ce mois-ci et les éditions Héloïse d’Ormesson prévoient de rééditer toute l'œuvre de Mary Wesley.
Un vaste programme et des heures de bonheur en perspective.
Prochaine lecture prévue et pour dans très bientôt, La pelouse de Camomille et la biographie de Mary Wesley, "Wild Mary" de Patrick Marnham.  :)
« C’est long comment, cinquante ans ? Se demanda Rose, allongée dans ce lit d’hôtel où elle ne trouvait pas le sommeil. Comment calculer le temps qui passe sans perdre la tête ? »

Editions Héloïse d’Ormesson - mai 2009