29 septembre 2010

Revue de presse : Où j'ai laissé mon âme @ Jérôme Ferrari

Et non exhaustive...

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+ Christine Rousseau, Le Monde des livres, 17/09/2010
"De cette plongée dans l'abîme, troublante et terrifiante, de cette quête impossible menée par-delà le bien et le mal, ressort cependant une certitude : celle d'avoir lu un des romans les plus saisissants de cette rentrée"

Il est bon parfois de répéter les choses :)


28 septembre 2010

Vies d'Andy @ Philippe Lafitte

22 février 1987, dans le monde entier la nouvelle tombe, Andy Warhol est mort, Andy Warhol n’est plus, décédé des suites d’une opération chirurgicale à priori sans gravité.
La nouvelle émeut ses admirateurs, les collectionneurs (pour qui c’est presque une aubaine, la côte va grimper), son petit cercle d’intimes (plus ou moins désintéressé). Le «Pape du Pop» n’est plus.

Et pourtant... La nouvelle est vraie, certes, mais elle est avant tout totalement fausse.

Car si Andy a bien laissé sa peau et tout ce qui faisait de lui l’artiste américain le plus côté peut-être de la planète, c’était en réalité pour mieux renaître, tel un phénix de ses cendres. Andy est mort, vive Sandy ! En un tour de passe-passe tout à fait prodigieux, une dernière pirouette facétieuse et géniale, l’artiste à la chevelure peroxydée, s’est transformé en femme, inconnue, riche,  et à priori totalement passe-partout.

Le dernier rêve, l’ultime, l'inenvisageable pour le tout un chacun, Andy l’a fait, réalisé de main de maître. Il va pouvoir, rien de moins, recommencer tout, repartir de zéro (ou presque. 
Une seconde chance, en somme, de découvrir peut-être l’essentiel.

«Sois modeste, Sandy. Sois modeste et tu seras heureuse.». Voilà ce que sa mère, Julia, la terrienne, ne cesse de lui souffler à l’oreille, d’outre-tombe, comme elle le lui faisait, avant, du temps d’Andy.

Et si le bonheur était ailleurs, loin de la renommée et qui sait de la manipulation ? 
Manipulation, imposture, Sandy, tout en les maniant encore et très paradoxalement,  mesure l’ampleur du vide sur lequel s’était bâti son empire. Les toiles de maître qu’elle ne cesse de scruter dans les plus grands musées européens  sont là pour le lui rappeler. Et au-dessus de cet abîme, elle vacille.

Mais si Sandy souffre dans son corps qui la tenaille et dont les douleurs lui rappelle à tous les instants le sacrifice par lequel il a fallu passer, elle tient bon. Il faut dire qu’elle n’a rien perdu de son sens des affaires et de l’organisation. Julian, un ex-proche, s’occupe de la fondation Warhol chargée avant tout chose de faire fructifier les biens de l’artiste défunt et de faire vivre sa dernière oeuvre, bien vivante cette fois, Sandy, partie au bout du monde... Mais peut-elle lui faire confiance ? Quels sont les droits finalement d’un fantôme ? Quels sont ceux d’une femme entre deux âges que rien ne relie à part l’ADN peut-être au Pape de l’art contemporain... Sandy s’en émeut de temps en temps, mais pas assez peut-être, pas vraiment en tous cas. Comme elle ne devine pas l’ombre d’une femme qui la suit à la trace, et qui vingt ans plus tôt tenta de mettre fin aux jours d’Andy...

D’hôtels de luxe en hôtels de luxe, de capitales en capitales, Sandy part à la recherche de son graal, tandis qu’autour d’elle, les autres s’agitent, ourdissent des plans machiavéliques, ou se laissent berner, très innocemment par sa nouvelle apparence.

Entre quête existentielle, road movie, enquête policière, les «Vies d’Andy» nous conte le destin d’un personnage hors du commun en prise avec ses propres démons, la soif d’exister sans et avec les autres, et l’angoisse permanente de finalement ne plus trop savoir qui il est sous l’épaisse couche de maquillage... La fin est tonitruante, en pleine chute du mur de Berlin...


En exergue à son roman, Philippe Lafitte cite cette phrase de Marilyn Monroe :

«J’ai toujours eu le sentiment de n’être rien. 
Et que la seule façon d’être quelqu’un, c’était d’être quelqu’un d’autre.»
Avec en miroir celle de Flaubert :
«Tout ce qu’on invente est vrai, sois-en sûr.»

Entre les deux,  la vérité peut-être...

Un roman captivant, amusant, intrigant, rondement mené d’une plume alerte et élégante.

J’ai beaucoup aimé.

Extrait :

«Malgré la douleur elle sourit un peu. Elle pouvait tout envisager désormais et de sentiment nouveau provoquait des pensées incongrues : naître tout en ayant déjà vécu; changer de peau pour sauver la sienne; faire disparaître l’albinos qui incarnait pour le monde entier l’éclat de la gloire artistique et le faire renaître, à l’insu de tous, en simple silhouette anonyme"
Oui, peut-être était-ce ce là l’ultime chef d’oeuvre d’Andy Warhol : tout simplement vivre.»


Éditions Le Serpent à Plumes - septembre 2010

24 septembre 2010

CapharnaHome @ aNTIDATA

CapharnaHome, le titre très joliment trouvé de ce petit recueil de nouvelles reflète à merveille le panorama qui s’offre au lecteur sitôt les premiers textes dévorés et savourés.
Dix écrivains nous parlent de maisons, chacun à leur façon et selon leur sensibilité. «Home, sweet home», pas toujours... Les textes se suivent et s’entrechoquent parfois, comme ces maisons qui se succèdent, façade après façade, avec pour seul point commun leur mur mitoyen.

Des maisons et des écrivains. Le thème me passionne à vrai dire depuis toujours tant j’aime les maisons pour ce qu’elles dévoilent (parfois involontairement) de leur propriétaire, ou masquent d’ailleurs (volontairement cette fois) mais souvent très mal. Balzac s’en était fait une spécialité, dans la vie comme à la scène. Pas un ouvrage de la Comédie Humaine qui n’explore en détail et par le menu, l’intérieur des demeures, riches ou pauvres de ses personnages. Il savait, lui, combien, la coquille était importante.
Point de description balzacienne ici, mais une approche, plus de notre temps, que le grand écrivain, fossilisé au rang des pauvres «classiques» aurait très certainement savourée.

Dix écrivains, dix approches différentes. Certains puiseront dans des souvenirs réels ou fictifs, s’interrogeant finalement sur ce qui dure et incarne l’essence même d’une maison, d’autres en feront des scènes de théâtre, tantôt drôles ou angoissantes.
Le lecteur passe de l’une à l’autre de ces maisons, invité privilégié de cette rue pas tout à fait comme les autres où aucune demeure ne se ressemble et dont les façades hétéroclites recèlent bien des histoires et des souvenirs.

Une très jolie découverte, qui m’a enchantée et qui donne envie de se plonger encore plus avant dans les publications d’ aNTIDATA, une maison d’édition décidément pas comme les autres.

Les dix auteurs ayant participé à CapharnaHome sont, par ordre d’apparition :
Bertrand Redonnet, Roland Thevenet, Gilles Marchand, Olivier Salaün, Isabelle Doleviczényi- Le Pape, Michel Besnier, Malvina Majoux, Christophe Esnault, Benjamin Peurey, charlotte Monégier.


Extraits (pour vous donner envie d’aller plus avant) :

Un vestibule - Olivier Salaün
Souvenir d’une maison d’enfance en borde de mer, et une très belle réflexion sur l’entre-deux. Un très beau texte.
«Tous les domopsychiatres vous le diront : l’entrée d’une maison constitue la zone de contact entre l’intérieur et l’extérieur et, à ce titre, appartient aux deux mondes, ou bien n’appartient complètement à aucun des deux

«Bonhomie et stabilité, voilà ce qu’offrait l’entrée. Tout le contraire d’un voilier chahuté par le mer en furie, d’une famille laminée par un père en fureur. Dans l’entrée, on était à la surface de la maison, hors de ses eaux noires et semées de vieilles épaves. Dans cette capsule protectrice où le séjour était aussi précieux que temporaire, je m’attardais entre deux mondes dont aucun n’était exempt de périls.»

La maison commune - Roland Thevenet

«Et je songe, en entendant craquer au fond de moi les pas de certains revenants, que le routard avait drôlement raison : si une quelconque maison peut espérer échapper à tout ce qui déloge, dévaste, pille et tue, c’est bien celle-ci, que je couche sur une feuille de mon carnet, celle-là même faite de mots lancés dans le vent commun. »

Edtions aNTIDATA - décembre 2009

23 septembre 2010

Les aliens attaquent....


Hier, quand j'ai vu Thomas  apparaître très menaçant, un revolver-laser à la main, dans sa tenue d'alien vert fluo *, j'ai immédiatement pensé à "Martiens go home ! " de Frederic Brown, lu il y a bien longtemps....
Oui, il va falloir que je me replonge dans ce roman paru aux Etats-Unis, souvenez-vous, en 1955. 

* Ce n'était pas la première fois, d'ailleurs . Mais dîtes-donc, le costume n'aurait-il pas un peu "rétréci" ? :)

22 septembre 2010

Mercredi, c'est Bibliobus !

Cette semaine, sur le Bibliobus, il y a deux livres qui me tiennent particulièrement à coeur :






et qu'il serait vraiment dommage que les adolescents ne partagent pas avec leurs parents...

21 septembre 2010

Dans l'attente d'une réponse favorable @ Gilles Marchand

Voilà un petit livre à emporter partout avec soi, à glisser dans sa poche, pour vous accompagner dans le métro, vous tenir compagnie entre deux rendez-vous... Un vrai petit bonheur qui regorge de «perles», de ces lettres de motivation tour à tour loufoques, touchantes, parfois très curieusement pertinentes, style poil à gratter, ou empêcheur de tourner en rond...

Lettres de motivation donc - dans l’attente d’une réponse favorable - qui chacune dévoile toute une histoire, en juste deux pages, nouvelles miniatures d’un nouveau genre qui amusent et dérangent, très joliment illustrées par Philippe Bernard.

Vingt-deux nouvelles dont aucune, vous l’imaginez, n’est franchement réaliste, et pourtant chacune - qu’elle soit écrite par une table de cantine, un gentil petit rêve, un zèbre albinos, un super héros du dimanche, un gardien de musée  ou même un simple mot perdu dans le dictionnaire - dévoile tout simplement quelque chose de nous, ou du monde qui nous entoure... Solitude, égoïsme, peur de vieillir, de mourir ou de passer inaperçu, folie douce, poésie d’un instant...
Des pages qui se croquent entre sourires et émotions.

J’ai beaucoup aimé !


Extraits :
"A l'attention du conservateur" (cliquez pour agrandir)



"A la jeune fille du café"
Un homme, assis à une terrasse de café contemple une jeune fille. Un de ses cheveux s'envole et se pose tout doucement sur son cou... Il lui écrit, il aimerait lui écrire ces quelques mots en guise de lettre de motivation :
«Une place de cheveu est donc disponible. Je veux vous accompagner, vivre avec vous. Je ne vous promets rien, n’exige rien de vous. ça n’est pas pour la vie. C’est pour la vie d’un cheveu. Quand mon heure sera venue, je ne m’accrocherai pas, j’accepterai mon sort et me laisserai emporter par le vent


Éditions aNTIDATA - juin 2010.

20 septembre 2010

L'Arnaqueur @ Richard Asplin

Neil a une petite vie bien tranquille, une femme, un enfant, un magasin de comics et un beau-père qui le moins que l’on puisse dire ne le porte pas dans son coeur. Car le beau-père riche à millions supporte mal l’aspect un tantinet «has been» de son gendre et sa dangereuse propension à se faire entretenir par sa fille. Et puis, un peu étrange non, cette passion pour les super héros d’une autre époque, moulés dans leur collant, pas très viril en fin de compte, enfin c’est ce qu’il doit penser, tout comme tous ses anciens copains de fac d'ailleurs...
Aussi, quand suite à d’atroces problèmes de plomberie, sa cave et par-là même toutes ses réserves et celles d’un ami prennent l’eau, le monde manque de lui tomber sur la tête. Comme de bien entendu il a omis d’envoyer à l’assurance le chèque qui lui aurait épargner bien des ennuis. Comme de bien entendu.
Mais un jour, plus gris que les autres, une étonnante apparition fait son entrée dans la vie et la boutique de notre héros (par vraiment «super»). Elle se prénomme Laura, et ressemble à s’y méprendre à «une poule rétro des années quarante» - là, il aurait dû se méfier. Elle vient de se faire agresser, il appelle la police, étrange comme des liens peuvent se nouer...

Laura est une icône, ou tout du moins ressemble à s’y méprendre aux héroïnes fantasmées par Neil.
«Vous avez vu Gilda ? Ce film de 1946, avec Rita Hayworth et Glenn Ford ? Non ? Alors Seuls les anges dont des ailes, peut-être ? 1939 ? Hayworth et Cary Grant ? Bref, c’était ce genre de femmes

Plus curieux encore, le lendemain débarque à l’improviste un personnage tout aussi fantasque et irréel... Appâté comme un vulgaire petit poisson d’eau douce, Neil se laisse aisément corrompre puis inviter à déjeuner au Claridge, pas moins. L’homme, un certain Christopher, est un faussaire de la meilleure espèce,  un escroc dont il a d'ailleurs toutes les apparences. Très rapidement il propose à Neil un marché, une immense arnaque qui devrait illico le sauver de tous ses déboires financiers. En un mot comme en mille, il lui suffit juste de  mettre en vente dans sa boutique la fausse vraie....,  enfin vous verrez par vous-même !
L’astuce dit-il à Neil : « ce n’est pas de dégoter un objet de valeur, mais le client qui va trouver de la valeur à votre objet.»
Et tout s’enchaîne, pour le pire bien entendu... Des milliers de fois, Neil se dit bien qu’il devrait faire demi-tour, mais que voulez-vous, la menace des huissiers pèse trop fort, et puis  tout cela parait si facile. Il rejette à chaque fois, d’un revers de la main, la petite voix qui lui murmure de se méfier. Mais Neil a lu trop de comics....

De rebondissements en rebondissements, l’histoire démarre en trombe et poursuit sa route sur les chapeaux de roue, et si les rôles semblent s’inverser, et les masques tomber, les arnaqueurs anarqués semblent se dédoubler comme autant de reflets dans des miroirs de fêtes foraines.
Mais qui se cache derrière qui ? Quelle nouvelle tête surgira tout à coup de derrière le paravent ?
Et tandis que Neil s’enfonce,  à deux doigts de tout perdre, le voilà qui dans une dernière virevolte vous cloue le bec à son tour. Et si c’était vous, pour finir et en bout de chaîne, la victime bien réelle de cette grandiose arnaque ?

Un roman qui se dévore, un humour pétillant, un super héros de pacotille dans un monde de gangsters très cinématographiques. On en redemande à toutes les pages.

Extraits :
« J’aurais aimé me fondre dans le tapis, mais je n’y parvins pas aussi bien que je l’espérais, car il était orné d’un motif de fleurs et non d’hommes mal habillés aux cravates malheureuses

« Mes pensées restaient suspendues comme des nageurs poltrons sur un plongeoir.»

Editions Le Serpent à Plumes - mai 2010.

19 septembre 2010

J'ai tant rêvé de toi @ Robert Desnos


J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m’est chère?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
Sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l’amour et toi, la seule
qui compte aujourd’hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu’il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu’à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l’ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

Yvonne George



Robert Desnos, "Corps et biens".

A Yvonne George.

18 septembre 2010

Le monde de Marcelo @ Francisco X. Stork


 Marcelo n’est pas tout à fait un adolescent comme les autres, il est autiste asperger, sa vie n’est pas celle de tout un chacun, loin s’en faut.... D’un côté il y a le monde, celui des autres, de l’autre, il y a SON monde et la musique intérieure qui l’habite et rythme son quotidien, mystérieuse, envoûtante (et qu’il appelle la MI), rassurante. Avec la MI, il peut se remémorer les choses, prendre le temps de les comprendre, des les analyser, mais aussi entrer dans son monde, là où il est bien, là où son esprit peut s’adonner à ce qui est le plus cher, ses passions exclusives, des marottes pour les autres, mais qui lui tiennent à coeur et sont au centre de sa vie
Pour vivre dans le monde «normal», Marcelo a besoin d’un emploi du temps, d’un plan, il a besoin de temps pour analyser toutes les informations qui lui arrivent comme des boulets, les expressions des visages, les intonations, les formules toutes faites, les non-dits, tout ce qui appartient au non-verbal et qu’il ne maîtrise pas naturellement.
Naïf, souvent :
« - Parfois, je raisonne comme un enfant.
-Tu es comme tu es.» lui répond sa mère.

Mais son père, Arturo, un avocat très en vue, aimerait qu’enfin il se frotte et se mêle à ce qu’il considère comme étant la vraie vie. Marcelo aimerait passer l’été à s’occuper des poneys de son école (une école un peu particulière pour enfants différents), Arturo en a décidé autrement, cette année il ira en stage dans son cabinet d’avocats... L’injonction est sans appel, il veut que Marcelo lui prouve qu’il peut tout aussi bien entrer dans le moule et s’échapper un temps de l’environnement ultra protégé que sa mère a tissé autour de lui.
«Arturo me demande en gros de faire comme si j’étais normal, selon ses propres critères, pendant trois mois. C’est absolument impossible, autant que je sache, dans la mesure où j’ai le plus grand mal à ne pas me sentir normal. Pour quelle raisons les autres ne pensent-ils pas comme moi et ne voient-ils pas le monde comme je le vois ?»
Immense question....

Arturo se rendra au cabinet d’avocat de son père, et personne ne peut encore soupçonner les immenses conséquences, pour Marcello, et pour le Monde de Marcelo, son entourage.
Des conventions, des pactes secrets, des querelles et des conflits d’intérêts, Marcelo n’en a cure, lui qui résonne et agit selon son «affect», sa petite musique intérieure. Ce qu’il découvre sur le lieu de travail de son père le stupéfie autant qu’il le révulse. Entre les apparences et la réalité des êtres il y a souvent un précipice, une faille immense. Rien ne prépare Marcelo à une telle découverte, lui qui déjà a tant de mal à décrypter les non-dits et les double-sens. En ce sens, Le monde de Marcelo est un drame, une histoire d’apprentissage cruelle, mais au final salvatrice.
Ce que découvre Marcelo au sein de ce cabinet d’avocats, ce ne sont rien d’autre que des combines judiciaires pour sauver les plus puissants au détriment des victimes, les plus petits. Et quand la victime prend un visage, entre les mains de Marcelo, sous les traits d’une photo repêchée in extrémis de la poubelle où elle a été volontairement jetée, le jeune homme sait, ressent que plus rien ne sera comme avant. Qui est cette jeune fille, que lui est-t-il arrivé ? Pourquoi ce visage tailladé ?
Marcelo, poussé par un sentiment qu’il ne peut, ne sait pas encore nommer, se lance, avec l’aide de Jasmine, la responsable du courrier, dans une enquête aux conséquences particulièrement explosives.

Roman d’apprentissage, roman sur la différence surtout, et sur la force, la richesse que cette différence apporte aux autres, tous les neurotypiques (vous, moi, comme les autistes asperger aiment à nous appeler.)
Force est d’avouer que j’ai été très surprise (dans le bon sens) par le naturel avec lequel l’auteur, Francisco X. Stork, entre la vie et l’esprit de Marcelo. Connaissant assez bien l’autisme de haut niveau (autant qu’une mère peut l’appréhender ce qui est peu et beaucoup à la fois), je n’ai pas trouvé de «fausses notes», mais bien au contraire, un portrait assez saisissant.

N’y attendez pas bien entendu, le «portrait-type» d’un ado asperger, ce dernier n’existe pas, et l’auteur prend soin de le préciser, et avec les mots de Marcelo :
«Je me considère différent dans ma façon de penser, de parler et d’agir, mais pas comme quelqu’un d’anormal ou de malade. Mais comment expliquer la différence aux gens ? Cela les arrange d’avoir un terme prétendument scientifique. Mais, en réalité, je trouve malhonnête de dire que j’ai un syndrome d’Asperger, parce que les effets négatifs de ma différence sur ma vie sont extrêmement faibles comparés à ceux des enfants qui souffrent véritablement du syndrome d’Asperger ou de toute autre forme d’autisme. J’ai toujours l’impression de faire du tort à ceux-ci en employant le terme médical, parce que ensuite les gens peuvent dire m «Oh, ça n’a pas l’air si grave. Pourquoi en faire toute une histoire ?"

Le syndrome d’Asperger ne résume pas une personne, et est l’usage de dire, et avec raison qu'il y a autant «d’autismes» que d’autistes. J’ai d’ailleurs entendu Daniel Tammet réagir assez vivement (lui si calme) à cette volonté que nous avons tous de vouloir les identifier, les «classer», les «ranger» comme formant un tout, une «classe" à part. Ils ne se ressemblent pas, tout en partageant, c’est un fait, certains traits, certaines difficultés et certaines irréfutables qualités.

J’aime l’humilité du Monde de Marcelo, tout comme sa volonté indéniable de faire, autant qu’il le peut, bouger les choses. Angélisme ? Peut-être, mais de temps à autres, cela fait du bien, et cela ne peut faire que du bien puisque ce livre s’adresse avant tout à des adolescents, ceux qui ont encore tout à bâtir.

Un roman à découvrir et à faire voyager autour de soi, pour tout plein de raisons, vous l’aurez compris.

Le monde de Marcelo a obtenu le prix .....

"People sometimes ask me how I came upon Marcelo’s voice, a voice that resembles the voice of so many young people with Asperger’s syndrome, and ultimately I have no answer other than to say that the voice was a gift and also that somewhere in me I too must have Marcelo’s voice, I too must see the world the way he sees it, if only in a small way." écrit Fancisco Stork dans son journal (source)

Editions Gallimard jeunesse - Août 2010

Bon week-end !

Dans ma cuisine....
Betty Boop des années 30 et coquillages de la Côte des Légendes...

16 septembre 2010

Contes de garnements et galopins @ Beatrix Potter


Merveilleuse nouvelle pour tous les admirateurs, petits ou grands, de l'inoubliable Miss Potter !

Les éditions Gallimard jeunesse viennent de publier rassemblés en un magnifique recueil doré (avec emboîtage), onze contes, pas moins,  de cette auteur illustratrice dont l'oeuvre traverse les années sans prendre une seule ride.
Onze histoires et leurs illustrations reproduites avec beaucoup de raffinement et de précisions. Une totale réussite.
Au sommaire :
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A noter, avant chaque histoire, une courte introduction au texte, émaillée de quelques anecdotes.
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La suite sur le Bibliobus


15 septembre 2010

Un peu de réclame...

... parce que c'est mercredi, que j'ai la migraine, un emploi du temps "enfantin" très organisé (dentiste pour T. , psychomot pour M. qui se passe pourtant de mieux en mieux de moi d'ailleurs et tant mieux !). Pardon à l'avance de toutes les fautes d'orthographe (enfin de frappe, n'est-ce pas) qui vont émailler ce billet et merci de ne pas les pointer d'un doigt vengeur.

Donc, en chaine, et enfilés comme sur un collier et par association d'idées, ces trois évènements littéraires à ne pas louper et dont d'autres parlent beaucoup mieux que moi (surtout pour le deuxième que j'attends de pieds fermes (au pluriel), juste feuilleté, refeuilleté, reposé (crise oblige), et puis, tant pis, commandé, tant mieux, ouf !

J'évoquais ici, "Où j'ai laissé mon âme" de Jérôme Ferrari. J'ai vu avec bonheur, hier,  qu'à la Fnac Saint Lazare, n'est-pas Vanessa :), il était amplement mis à l'honneur. Les libraires l'ont aimé et même beaucoup.
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Dans la foulée, je viens de voir et j'attendais son avis, le billet que Claro lui a consacré.
C'est ICI et c'est à lire avant toute chose.


Claro, bien sûr et son CosmoZ, le deuxième évènement. Celui que j'attendais, grâce à l'annonce de Fabrice Colin qui fut l'un des happy few à l'avoir lu en avant avant première, (le livre lui est d'ailleurs dédié). Claro qui sans le savoir donc plombe mon budget mais je lui pardonne, sûre d'être heureuse dans les jours à venir...

Lire d'urgence, si ce n'est déjà fait  l'entretien Claro - Colin, au sujet de CosmoZ, c'est ICI
ET la chronique de CosmoZ par Fabrice Colin, ICI. 


Je viens de dévorer l'important et épais dossier que Le Matricule des Anges lui consacre. Passionnant, précipitez-vous !

ET last but not least, Fabrice Colin himself,  dont nous attendons tous avec la plus grande impatience la sortie de La Vie extraordinaire des gens ordinaires, qui semble-t-il a pris un peu de retard, mais rassurez-vous paraîtra début octobre - une petite quinzaine encore, seulement (mais le temps paraît long !), chez Flammarion jeunesse, et pas que pour les "jeunes" c'est plus que certain....
ICI, le projet de couverture, sur le blog de Fabrice Colin...  ça donne envie non ?


14 septembre 2010

Les étranges talents de Flavia de Luce @ Alan Bradley


Décidément, voilà un roman jeunesse qui a tout pour réunir au moins deux générations de lecteurs, parents et enfants réunis (l’éditeur propose d’ailleurs deux couvertures différentes).
Paru, il y a près de 6 mois, le premier volet des aventures de Flavia (en français) compte déjà de nombreux adeptes, et quoi de plus naturel et de plus logique, c’est une belle réussite.
Mais qu’a -t- elle donc de si attrayant, cette petite Flavia, outre son nom qui fait rêver...

Rapidement et sous fiche signalétique pour commencer (de nombreux et beaux billets vous ont déjà convaincus de l’adopter au plus vite, j’ajoute juste mon petit grain de sel.

Nom : Flavia de Luce, mais elle se serait très certainement appelée Larry, si elle avait été un garçon, ce qu'elle traîne comme un regret.... Époque : Années 50
Lieu : Angleterre et plus précisément le charmant village de Bishop's Lacey
Demeure : Le château de Buckshaw, un manoir de style géorgien vieux de plus de trois siècles.
Soeurs : Au nombre de deux, l’une, Fély (Ophélia), fascinée par sa propre image, coquette et un brin agaçante, l’autre : Daffy (Daphné), le nez en permanence plongé dans un livre. Toutes deux de quelques années plus âgées que Flavia.

Hobby (oups non, passion !) : la chimie. Aucun poison, extrait, précipité n’a de secret pour elle, et encore moins les formules de chimie les plus obscures.

Mère : Harriet, morte quand Flavia était encore un bébé. Personnage absent et pourtant tellement présent, une icône de grâce, d’élégance et de désinvolture. Fatale, presque !

Père : Personnage absent - présent, peu bavard, et c'est un euphémisme, traumatisé par la mort tragique de sa femme, ne s’adonnant plus qu’à sa passion de toujours, la philatélie. Ah les timbres, nous y reviendrons !

Ancêtres notables: Tarquin de Luce, éminent chimiste (mort en 1928) et dont Flavia a hérité tout à la fois des talents et du laboratoire.

Domestiques (presque des membres de la famille). Un majordome (tout à la fois chauffeur, gardien, et jardinier), le curieux et attachant Dogger, ainsi qu'une cuisinière, Mrs Mullet (une petite femme ronde comme un tonneau qui à n'en pas douter, se prenait pour un personnage d'un poème de A.A. Milne,  et qui tient tout ce petit monde de main de maître en leur imposant un régime quasi forcé, chacun de ses plats est un supplice ( crème patissière ressemble à s'y méprendre à du pus).
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La suite sur le Bibliobus

11 septembre 2010

L'Entrave (extrait) @ Colette


"On dit qu’une femme garde difficilement son sang-froid devant un homme qui pleure. Je ne me souviens pas que les larmes de Max, le jour qu’il pleurait si naïvement sur mon prochain départ, m’aient paru particulièrement émouvantes.
Mais je trouve qu’il y a pour une femme dans le chagrin d’une autre femme, un spectacle souvent poignant, et propre à faire naître la crainte égoïste et frappante qu’on nomme pressentiment. C’est presque toujours elle-même qu’une femme mire dans une douleur féminine : elle pourrait formuler son pressentiment, à peu près, comme le buveur à jeun devant un poivrot vautré : « C’est comme ça que je serai dimanche. » »

Cruel, n'est-ce pas ? 

Colette, L'Entrave, Editions de la Pléiade, Oeuvres, Tome II.

10 septembre 2010

Les petites pensionnaires @ Hilary McKay

J’avoue n’avoir jamais lu La petite princesse de Frances H. Burnett (l’auteur du Petit Lord Fauntleroy, souvenez-vous), un comble tout de même pour une lectrice qui enfant se saisissait de tout ce qui lui tombait sous la main.
Hilary McKay, elle, dévora et conserva un souvenir très vif de cette lecture, au point de la partager ensuite avec le plus grand bonheur avec sa fille. Toutefois une question depuis l’enfance ne cessait de la tarauder, qu’avaient bien pu devenir toutes les amies de la petite Sarah quand celle-ci quitta le pensionnat des demoiselles Minchin ?
«N’avaient-elles pas une histoire, elles aussi ?»....
Il lui fallait, pour elle, mais aussi pour sa fille et toutes les admiratrices de la Petite princesse, apporter une réponse à cette question délicate et par la même occasion établir une suite et une fin à ce roman devenu un grand classique de la littérature jeunesse. 
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La suite sur le Bibliobus
 

09 septembre 2010

Les derniers flamants de Bombay @ Siddarth Dhanvant Shanghvi

Karan Seth, un tout jeune homme, a quitté son village natal pour tenter sa chance, photographe en devenir, dans l’immense et grouillante Bombay. Ses ambitions sont à la hauteur du but qu’il s’est fixé, saisir à travers l’objectif l’essence même de cette mégapole aux multiples visages, sa nature profonde, la fixer le temps d’une pose sur le papier, avant que tout ne change et disparaisse, peut-être... Les archives de Bombay, pas moins.

Engagé dans une agence de presse, il se retrouve promu «paparazzi», travail alimentaire au demeurant, mais au premier abord seulement. Sa première proie, un pianiste aussi génial qu’excentrique, un dandy qui aurait délaissé le piano et la musique pour la vie nocturne et ses excès, entrecoupée de longs moments de réclusion et de solitude. Mais Samar Arora, c’est son nom, n’est pas facile à traquer, le jeune photographe le retrouve néanmoins à une soirée où l’artiste comme un fait exprès se met à danser sur le bar, Karan le mitraille... Il le rencontrera peu après, comme il croisera la route de la célèbre Zaira, jeune et magnifique star de Bollywood. Une amitié naît presque aussitôt entre eux trois, inespérée, intense.... Trio improbable et que tout sépare. Amitié amoureuse qui ne dit pas son nom. Ces trois-là sont liés pour la vie, jusqu’au meurtre. Le meurtre de Zaira mortellement touchée par un amoureux éconduit. Sordide...

Et le roman ne fait que commencer, n’en est presque qu’à ses balbutiements, car Siddarth Dhanvant Shanghvi vous emporte bien vite dans ce récit qui pourrait bien s’apparenter à une fresque par l’opulence des détails et des rebondissements. Histoire d’amour, de mort, de corruption et de perte.
Sans concession il épingle la nouvelle Bombay qui n’a rien à envier à l’ancienne, certes la société indienne semble bien s’être «émancipée», mais elle garde en elle, tenaces, tous les préjugés et les injustices dont elle fut et est toujours victime.
Le procès du meurtrier de Zaira est une mascarade... Mais bien au-delà de la critique sociale ou politique, la force du roman de Shanghvi réside à mon avis dans l’étonnante fulgurance qui saisit in fine ses personnages, pourtant bien malmenés par la vie. Tous connaissent, ont connu ou connaîtront, d’une façon ou d’une autre, la PERTE dans ce qu’elle a de plus cruel, perte d’un amour, d’un être aimé, d’un enfant, d’une amitié.
Perte pouvant conduire à la folie, à l’image de la vieille femme saisie au vol par  l’objectif de Karan, les yeux perdus, délirante, transie de douleurs...
Perte et rédemption, quand les yeux et le coeur se desillent pour toucher l'essentiel....
Comment font les derniers flamants de Bombay pour survivre dans un marécage au beau milieu d’une mégapole qui les repousse toujours un peu plus loin ?  Où iront-ils, plus tard, alors qu’ils ont tout perdu ?
Peu à peu, lentement, douloureusement, c’est ce que découvriront, les uns après les autres les personnages de ce roman au charme quasi envoûtant. La réponse est là, justement,  après la perte. Et c’est très émouvant.

Un livre qui se dévore d’une traite et avec beaucoup d’émotion, porteur d'une certaine sagesse que l'on se plait à méditer, la dernière page tournée.

L'avis, entre autres - mais je suis un peu paresseuse, et le livre a été si malmené :(,  d'Antigone que je rejoins tout à fait !


Un grand merci à Guillaume et à Babelio !

Editions des deux Terres - Août 2010

07 septembre 2010

Harold @ Louis-Stéphane Ulysse

« C'est l'histoire d'un oiseau qui finit par se comporter comme un homme par amour ; là où les hommes qui l'entourent, finissent pas se comporter comme des oiseaux, donc comme des animaux, parce qu'ils ne savent pas quoi faire de leur amour. »
Extrait de l’entretien de l’auteur avec Maxence Grugier.

Chase Lindsey, éleveur et dresseur d’oiseaux, homme solitaire, presque reclus, est embauché sur le tournage du prochain film d’Hitchcock, « Les oiseaux », film problématique s’il en est puisqu’il faudra au réalisateur gérer tout autant les caprices de ses stars que ceux des volatiles tout aussi versatiles…
Chase n’est pas étranger à ce milieu pourtant à mille bornes de sa vie de tous les jours, c’est une part de son métier, il accepte. Peu de temps auparavant, un jeune corbeau, surprenant et fier, avait fait son apparition dans sa ferme, semant le désordre et la confusion parmi ses corbeaux. L’animal, blessé, visiblement affamé, portait une étrange bague à sa patte droite sur laquelle était gravée cette inscription, « Harold ».
Chase ne mêle pas le nouveau venu à ses autres oiseaux, mieux, il protège les siens tout en le surveillant de près. A vrai dire, Harold qui se remet rapidement de ses blessures l’époustoufle par sa vaillance, et quelque chose d’un petit peu plus spécial, d’un peu trop « humain ».
Il le laisse libre, même après qu’il eut tué son chef de meute…
Quand l’oiseau réapparaît, par hasard vraiment ? sur le tournage du film du grand Hitch, Chase n’en revient pas, monte en lui comme un sentiment d’inquiétude, le sentiment qu’une histoire, « leur » histoire allait commencer…
Et puis il y a Tippi, Tippi Hedren, dans le rôle phare, insaisissable, distante, subliment élégante. Chase, Harold et Tippi…
LEUR histoire, oui, finalement à tous les trois. Car dans ce roman noir, fort noir, aussi noir que les ailes d’un corbeau, la passion, l’attraction, sensuelle, irrésistible, impossible, tient de loin la première place. Mais là où le corbeau réussit, l’humain échoue, presque piteusement. Chase choisira la doublure de Tipi, son ombre en pleine lumière, sa doublure lumière, Eva Beaumont, tandis qu’Hitch subira camouflets sur camouflets de la part de sa vedette préférée (du moment).
Oui, les rôles s’inversent, l’oiseau tient finalement la vedette à la ville comme à la scène, peut-être parce qu’il ne joue pas, lui…
Entre fable cruelle, roman noir et récit fantastique, Louis Stéphane Ulysse plonge son lecteur dans une ambiance très hitchcockienne, au cœur d’un Hollywood sulfureux qu’il connaît sur le bout des doigts.
A découvrir et à dévorer avec bonheur !

Ici le très bel article de fluctuat et l’entretien avec Louis – Stéphane Ulysse

« (…) et Tippi, les genoux en sang, bas déchirés, le sang aussi sur le visage, se mit à pleurer, cette façon de pleurer qu’on a tous parfois quand on ne parvient même plus à reprendre son souffle, et la silhouette avait quelque chose de perdu à cet instant-là, dans l’immensité des décors du studio, et elle pleurait toujours lorsque brusquement, les sanglots se suspendirent parce que, quelque part dans le même espace qu’elle, elle n’en était pas sûre, mais quelque part quand même elle entendit ce bruit, elle avait encore ses larmes mais au moins maintenant pouvait-elle respirer, et elle regarda sans trop y croire, mais elle entendit ce bruissement d’aile… »


Editions Le Serpent à plumes – Août 2010

01 septembre 2010

Où j'ai laissé mon âme (extrait) @ Jérôme Ferrari

"Je me souviens de vous, mon capitaine, je m’en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d’abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu’il s’était pendu. C’était un froid matin de printemps, mon capitaine, c’était il y a si longtemps, et pourtant, un court instant, j’ai vu apparaître devant moi le vieillard que vous êtes finalement devenu. Vous m’aviez demandé comment il était possible que nous ayons laissé un prisonnier aussi important que Tahar sans surveillance, vous aviez répété plusieurs fois, comment est-ce possible ? comme s’il vous fallait absolument comprendre de quelle négligence inconcevable nous nous étions rendus coupables – mais que pouvais-je bien vous répondre ? Alors, je suis resté silencieux, je vous ai souri et vous avez fini par comprendre et j’ai vu la nuit tomber sur vous, vous vous êtes affaissé derrière votre bureau, toutes les années qu’il vous restait à vivre ont couru dans vos veines, elles ont jailli de votre cœur et vous ont submergé, et il y eut soudain devant moi un vieil homme à l’agonie, ou peut-être un petit enfant, un orphelin, oublié au bord d’une longue route désertique. Vous avez posé sur moi vos yeux pleins de ténèbres et j’ai senti le souffle froid de votre haine impuissante, mon capitaine, vous ne m’avez pas fait de reproches, vos lèvres se crispaient pour réprimer le flux acide des mots que vous n’aviez pas le droit de prononcer et votre corps tremblait parce que aucun des élans de révolte qui l’ébranlaient ne pouvait être mené à son terme, la naïveté et l’espoir ne sont pas excuses, mon capitaine, et vous saviez bien que, pas plus que moi, vous ne pouviez être absous de sa mort. »
Première page et début de la deuxième.

Voilà le roman le plus fort, le plus beau, le plus émouvant et le plus "dérangeant" qu'il m'a été donné de lire cet été, ces derniers mois...
Ce livre vous happe littéralement, vous transporte et vous malmène... Le bien, le mal, la frontière entre les deux, s'il en est une, le bourreau et sa victime, ou la victime et son bourreau.  Et la place  de l'homme dans tout cela, sa nature profonde, un dieu, un animal ?
Je reviendrai plus précisément sur cette lecture, le temps de prendre le temps de le relire encore, par plaisir tout simplement.
Lisez tout haut la première page de ce roman, et vous verrez... A aucun moment la voix ne trébuche, bien au contraire, elle semble se laisser porter par ces phrases, si douloureuses, et si magnifiques, et les faire siennes. C'est très troublant...

"Où j'ai laissé mon âme", compte et comptera bien au-delà de cette rentrée littéraire si chargée de livres, parce que là nous avons affaire à de la vraie et belle littérature, de celle qui vous égratigne et vous accompagne.

Editions Actes Sud - Août 2010