30 octobre 2010

Une petite pause...

Miss Marple, bien sûr

... me fera du bien. Un peu fatiguée en ce moment. Et pourtant ce n'est pas l'envie ni les livres qui me manquent.
Disons que cette pause sera une sorte de "Tea time", de quoi reprendre des forces (et quoi de mieux qu'une bonne tasse de thé bien fort, un nuage de lait et un peu d'air frais ?).

Je suis juste désolée pour tous les livres dont je voulais absolument et rapidement parler...

Mais je reviens, je reviens !

A très bientôt !!

27 octobre 2010

Le gâteau de Miss Havisham !

Oui... mais sans la poussière !

Et de petites cuillères en fourchette à gâteau, en passant par la célèbre et inquiétante Miss Havisham, j'en arrive au Bride's Cake de la Princesse Louise, fille de la Reine Victoria qui eut paraît-il le plus fabuleux et incroyable gâteau de noces. Certaines parts furent offertes, comme c'était souvent le cas, puis conservées pieusement...Cette part a très tristement fini aux enchères...












(source photo) 

 Ainsi va la vie, les bride's ou wedding cakes survivent  bien souvent aux mariés, avec ou sans poussière...


26 octobre 2010

La vie extraordinaire des gens ordinaires @ Fabrice Colin

«Tout le monde est ordinaire, jusqu’à preuve du contraire. Ce sont les circonstances qui nous modèlent, les rencontres.» dit un personnage au narrateur de cette histoire...
Et encore :
«Ce que j’ai de plus cher, c’est ce que nous partageons tous : la vie. La chance d’être ici si vous préférez. La chance de respirer, de souffrir, de rêver. Les gens oublient à quel point exister est une grâce.»

Ces deux assertions peuvent à merveille illustrer l’ambiance, l’esprit de ce livre pas tout à fait comme les autres, récits dans le récit qui surgissent tels une succession de poupées russes d’une étonnante rencontre entre un écrivain et un autre, entre un poète au crépuscule de son existence et son messager...
Ce livre est fait de rencontres, il est aussi fait, comme la vie,  d’histoire toutes plus étonnantes que les autres, à vous d’y croire ou non.
Mais la vie n’est-elle pas avant tout faite d’histoires ?
On plonge tout droit de l’ordinaire dans le merveilleux, le fantastique, l’incroyable, l’étonnant, car sous l’apparente banalité du quotidien se cachent bien des mystères, une certaine sagesse aussi, et  une merveilleuse part d’humanité tout simplement.
Tenez, prenez l’histoire de ce petit dinosaure qui vient hanter une école familiale... Oui, un vrai dinosaure, qui depuis près de 30 ans apparaît, disparaît, fuit les caméras, mais pas vraiment les enfants ou les adultes patients auxquels il laisse un souvenir étonné, et fugitif. Tous comprennent que c’est le secret qui le le préserve, les fautes de preuve, le côté hallucinatoire de la chose. Vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est bien normal, c’est une histoire de fou... Le jour où tout le monde y croira, il faudra au pauvre compsognathus fuir, encore, comme aux temps préhistoriques, et mourir aussi sans doute. Alors tant mieux.

«J’en tire une leçon. L’incroyable n’est incroyable que si d’autres personnes autour de vous n’y croient pas

Et tant d’autres histoires encore, que l’on savoure, apaisé, plus serein aussi de savoir que le fantastique rôde toujours, et ce dans la plus grande banalité.
Chasseur de nuages, réincarnation d'écrivains en matous capricieux, thé magique et millésimé, statue éplorée, voyageuse lunatique, restaurant sur le toit du monde et plus encore...

Comme quoi l’enfer ce n’est pas toujours les autres, loin s’en faut !

Bref, à découvrir et à dévorer d’urgence si ce n’est déjà fait.

Pour tous les lecteurs du monde entier, donc, jeunes ou moins jeunes (édité en littérature jeunesse, ce livre dépasse les frontières temporelles )...

«(...) à ses yeux, c’est un pauvre fou comme il en existe des milliers. Il ne voit pas que ces «pauvres fous», précisément, recèlent de trésors et de vérités pour les pauvres gens normaux que nous sommes.»

Un autre extrait ICI, en "annexe"

Editions Flammarion - octobre 2010

25 octobre 2010

Histoire d'errants @ Anne de Seynes

Voilà une bien étrange rencontre... Celle que je viens de faire avec une oeuvre qui me touche et me parle. Je veux parler de celle d'Anne de Seynes.
Un chemin tortueux mais presque prédestiné, qui débute par un  livre d'Eugène Marsan, déniché je ne sais où , il y a fort longtemps dans le cadre de mes études balzaciennes (Les cannes de M. Paul Bourget - 1923 Edition Le divan), orné d'un ex-libris (très beau), ce détail a son importance, mais j'y reviendrai,  passe ensuite par  un très joli texte "Les choses arrivent" d'Anne de Seynes justement , j'y reviendrai aussi ;). 
Pour arriver finalement à ce tableau ... "Histoires d'errants".

Copyright Anne de Seynes

Il faut absolument aller ICI, sur son site...Pour découvrir la femme et l'artiste.

Histoire à suivre donc, peut-être.

En attendant, si tout va bien, je reviens demain avec quelques bonnes lectures :)

20 octobre 2010

Dans le désordre le plus absolu...

"Fantasy Cabin with a Wee Boy Fairy Resident"

Le temps réel me rattrape et me bouscule. Parfois j'aimerais bien me faire toute petite pour entrer dans la maison de Tom Pouce, juste l'histoire de quelques minutes, à l'abri de tout...
Mais...
Il faut que je vous parle de certains livres qui m'ont beaucoup plu...

Celui de Stéphane Beau,  "La chaussure au milieu de la route", un recueil de nouvelles tout à fait comme je les aime, avec dans l'une d'entre elles, une chaussure, oui, pas deux notez bien, non une seule, plantée là au beau milieu de la route. Deux chaussures passent encore, mais une seule... De quoi vous irriter les méninges, et le narrateur de cette histoire ne s'en prive pas !


J'avais beaucoup aimé "Le coffret", souvenez-vous... C'est un bonheur que de retrouver Stéphane Beau !


Et bien sûr, le dernier roman de Fabrice Colin, La vie extraordinaire des gens ordinaires que je suis en train de déguster et  dont j'annote (presque) toutes les pages..
Mais lisez déjà ces "instructions de lecture", quelques conseils au lecteur, intemporels.
Et suivez-les,  quelle que soit votre lecture en cours.
ICI, en annexe.


Et puis bien sûr, Le sauvage de David Almond, découvert grâce à Vanessa (ah quelle merveille !).
Un enfant vient de perdre son père. Sous sa plume et son crayon surgit alors un drôle de personnage, mi enfant-loup, mi enfant sauvage, un garçon qui rugit, se met en colère, hurle son dégoût. Il deviendra sous sa plume et mais aussi et très étrangement dans la réalité (SA réalité) , son compagnon de route, jusqu'à ce que peut-être une forme de paix revienne dans son coeur et  à la maison, malgré le deuil et la tristesse... Alors, alors seulement, il pourra tourner la page et faire découvrir à sa famille l'enfant sauvage qui d'une certaine façon lui a sauvé la vie. Enfant sauvage, enfant colère, le miroir de sa propre révolte, un double nécessaire.

Et puis, bien sûr,  ce "Jean Genet", tout nouveau paru dans la série "A vingt ans" du Diable Vauvert. Une série qui décidément tient toutes ses promesses. Mais j'y reviendrai, j'ai d'ailleurs commandé, dans la foulée, "Miracle de la rose".

A très bientôt ! Quelques lectures en plus (j'oubliais, le "Jack l'éventreur" de Robert Desnos, lu dans le cadre de l'opération Masse critique. Un petit texte dense et très, comment dire, intrigant :)

16 octobre 2010

André Lanskoy

Source image  : 
Catalogue du musée des Beaux-Arts Pouchkine et du Musée National Russe, 
pour le trentième anniversaire de sa mort (2006)

En passant, et pas seulement parce qu'André Lanskoy fut un ami de Nicolas de Staël... 

"Chacun de nous invite le spectateur à un voyage, sans indiquer la destination, en laissant la liberté de l'itinéraire."

"Plus le but de l'oeuvre est élevé, plus il faudra de temps au spectateur pour la pénétrer et l'accepter. Les tableaux demandent une pénétration lente dans l'oeuvre et quelquefois presque une participation à la création."
André Lanskoy

15 octobre 2010

Une femme célèbre @ Colombe Schneck

Derrière une femme célèbre se cache une autre femme célèbre, et une autre encore, comme dans un triple miroir, de face, deux profils...
Mais derrière les paillettes, les jolies robes, de l’une plutôt que de l’autre, les succès et les sourires de façade, se cachent pas mal de désarroi, de détresse et de solitude.
Très curieusement, quand Jeanne la narratrice, auteur d’un premier roman remarqué sur la vie amoureuse et sexuelle de sa grand mère, est promue responsable d’une émission littéraire à la radio puis à la télévision, elle ne cesse de penser et de se pencher sur la destinée de Denise Glaser, vedette de la télé des années 60, présentatrice du fameux «Discorama», et qui pourtant mourut bien seule et dans un quasi dénuement dans son petit appartement de la rue du Pot de fer...
Mais pourquoi une telle fascination (presque morbide) ? Jeanne admire celle qu’elle se plaît à appeler tout simplement «Denise» tant elle lui paraît familière sans l’avoir pourtant jamais rencontrée, peut-être parce qu’inévitablement, elle le pressent, la chute de Denise, sera aussi, de cela elle en est certaine, la sienne...
Et Jeanne de se mettre à décortiquer la vie, ses hauts et ses bas de l’ancienne présentatrice, et de constater que finalement, plutôt dans les «bas» d’ailleurs, les similitudes sont nombreuses.
Comme ils furent nombreux les téléspectateurs à trouver certaines tenues de Denise un peu trop dénudées ou audacieuses et à s’en plaindre ouvertement et vertement ! Comme ils furent nombreux ceux qui souhaitaient jusqu’à le clamer l’éviction de Jeanne de son émission. Nulle, voilà le mot qui revient, sans cesse, qui gonfle et éclate à la figure, sous la forme de mauvaises blagues, de pétitions anonymes en groupes facebook...

Denise - Jeanne, Jeanne-Denise, et Colombe...
Et pourtant, rien de vraiment similaire du moins au commencement. Denise est seule, meurtrie par une blessure d’amour, Jeanne est mariée, a un enfant, un amant...
Denise vit au travers des autres, tous ceux qu’elle découvre et porte au firmament. «Son existence résidait dans sa curiosité infinie pour ce qui n’était pas elle.»
Alors que Jeanne, par la force des choses, son fils est handicapé,  est «entièrement absorbée par sa propre existence», de salle d’attente en salle d’attente, d’orthophoniste en psychomotricienne.

Peu de rapports, de points communs finalement entre les deux femmes, si ce n’est la radio et la télévision, un peu, mais surtout cette chute programmée... Comme si Denise, en reflet annoncé ou annonciateur n’était finalement qu’un prétexte, un prétexte à Colombe Schneck pour parler, comme dans son précédent roman de ce qui la touche, et qui habite sa vie, la sienne.
«Un vrai roman où tout serait inventé, sauf Denise, W et moi. J’écrivais à la première personne, j’imaginais la solitude de Denise, sa vie sans amour, sans enfants, sa vie dédiée aux autres.».
Sous l’impulsion du W. du roman, l’amant de Jeanne, éminent critique littéraire, le roman perd de sa «fiction» pour se rapprocher de la réalité, celle de Jeanne. Comme peut-être le roman de Colombe que nous tenons entre les mains.
Chronique d’une chute annoncée, tel aurait pu aussi être le titre de ce roman, si un rayon de soleil, imprévisible n’en avait éclairé la fin, un mot d’enfant, singulièrement optimiste sans être le moins du monde dupe de la fragilité de ses parents. «Je nage dans le bonheur»

Entre sourires et larmes, une bonne dose d’auto dérision, pas mal de grandes désillusions et de grandes tristesses, le nouveau roman de Colombe Schneck ne manque pas comme son précédent, le si joli «Val de Grâce », d’une certaine grâce justement, lui fait défaut peut-être d’un petit je-ne-sais-quoi qui emporterait l’adhésion totale de ses lecteurs.

Mais peu importe, moi, il m’a touchée...

Editions Stock - Août 2010

14 octobre 2010

La pièce du fond @ Eugenia Almeida

Quelque part dans une petite ville de province, où les uns vivent à côté des autres sans les jamais se connaître vraiment, deux «personnages» font leur apparition. Deux personnages, un homme puis une femme, qui vont modifier un temps, le rapport de toute cette petite société au monde.
Un homme seul avec toutes les apparences, pour certains, d’un fou ou d’un clochard, un homme qui ne parle pas et peut-être au fond n’entend même pas. Il est assis au centre de la place et attire les remarques acerbes, mais aussi et très curieusement des gestes de quasi tendresse, d’attention. Une jeune serveuse, puis un policier, en feront leur quasi confident, eux qui de toutes évidences ont un poids au fond de la poitrine qu’ils ne peuvent plus porter. Le vieil homme semble les écouter, de cela ils sont persuadés, persuadés aussi qu’il est devenu sans le savoir leur "ami", peut-être bien le seul.
Personne ne connaît son nom, ni d’où il vient...
Dans l’hôpital tout proche, une femme d’une cinquantaine d’années, psychiatre, vient prendre ses fonctions et s’aperçoit, éberluée que tout le monde la connaît déjà... Oui, c’est bien elle, la "folle", celle dont le chef de service n’a cessé de parler depuis des années, la fille d’une ancienne patiente à lui.. Personne ne connaissait le vieil homme, tout le monde la connaît, elle,  avant même de l’avoir déjà vue...
Connaître, méconnaître, prendre pour... Car tout le problème est là dans le jugement biaisé, le trop plein de pouvoirs qui donne le droit de juger, le manque d’attention.
«Ce que l’on voit, c’est que nous sommes finalement des marionnettes. Tous des marionnettes.»
Ou des poissons, pêchés, sortis brutalement hors de l’eau avant d’être éviscérés, brutalisés et dépossédés de tout et du plus intime.
«Là-bas, je n’ai jamais aimé pêcher. Les poissons on les sort blancs, épuisés, ils sont aveugles, blessés, traînés par un crochet, tirés hors du monde. Non. Mon beau-frère dit que c’est une lutte, un défi. Que le pêcheur affronte le poisson, qu’ils doivent se mesurer. Non. L’un ne perd qu’une proie ; l’autre perd la vie. Tout ce qu’on porte en soi, ce jeu de couleurs, de lignes et de choses à l’intérieur du corps, tout ça est arraché, jeté au fond de la barque, et il y en a qui parle de défi."

Au fond, ce qu’apportent presque sans s’en rendre compte le vieil homme et la psychiatre, c’est une autre façon de pêcher, entendez par-là de s’approcher des autres et de les comprendre, non dans le défi ou la lutte, mais dans la compassion, et l’empathie.
Chacun à leur façon, vont éveiller la part humaine, altruiste qui réside au coeur de quelques-uns des habitants de la petite ville. Enfin, jusqu’à un certain point...

La métaphore du pêcheur et du poisson court tout au long du roman, lumineuse, plus parlante que n’importe quel discours. Quant à la petite pièce du fond n’est-elle pas tout autant le cagibi au fond du jardin où moisissent des cartons entassés là par un précédent propriétaire (sa vie en somme) que cet endroit oublié en chacun de nous, inatteignable, incommunicable...
Les uns et les autres... 
Un livre étrange, surprenant et captivant.
J’ai beaucoup aimé.

Editions Métailié - Avril 2010

Eugenia Almeida est née en 1972 à Cordoba (Argentine), où elle enseigne la littérature et la communication. Elle écrit de la poésie.
L’Autobus (2007) fut  son premier roman.

12 octobre 2010

Ma mère @ Richard Ford

Le livre que consacre Richard Ford à sa mère est bouleversant. Bouleversant parce que très pudique, tout dans la retenue et le respect, à l’image de ce dût être leur relation, sans faux-semblant, sans égoïsme. 
« J’ai aimé ma mère comme un enfant heureux, sans la moindre arrière-pensée, le moindre doute. Quand je suis devenu adulte, notre relation à son tour est devenue celle de deux adultes qui éprouvent du respect l’un pour l’autre ; nous nous disions « je t’aime » lorsqu’il semblait nécessaire d’éclaircir la situation, mais sans jamais nous y attarder. Aujourd’hui comme hier, cela me semble parfait. »

Et pourtant, tout les portait à être fusionnels, à entrer dans la vie l’un de l’autre, mêlant l’une et l’autre, le père de Richard meurt alors que celui-ci n’a que seize ans.
Mais rien de tout cela… Pas de pathos, jamais, et une acceptation en profondeur de ce qu’est la vie au fond.
Voilà ce que lèguera la mère de Richard à son fils, une certaine sagesse, une certaine désinvolture (toute en apparence, mais si élégante) devant ce que la vie vous réserve pas toujours très gentiment, une certaine perspicacité aussi, et la conviction que quoi que nous en pensions, nos actes et notre devenir sont finalement assez insignifiants  à l’échelle de tout le reste…
Le portrait qui se dessine en creux de cette femme, une petite brune pétillante et qui fut jolie (Richard Ford note au passage, comme il est curieux lorsque l’on est un enfant de découvrir sa mère par le regard des autres – ainsi sa mère était « jolie », il ne la voyait pas ainsi, comme tous les enfants pour qui la mère reste avant tout une mère, une maman), dévoile plus le rapport qui unissait la mère et le fils que la femme elle-même, comme si l’auteur se refusait à dépeindre l’être qui lui était le plus cher au monde mais qu’objectivement il ne pouvait pas connaître (est-il possible de « connaître vraiment » quelqu’un).
C’est donc avec beaucoup de prudence et sincérité que Ford évoque cette femme, sa mère et les liens, proches, éloignés qui les unissaient. Et par-là même il évoque presque l’universel, ce qui nous relie tous au fond à nos parents, ce sentiment profond mais intangible sur lequel nous ne pouvons pas mettre de mots, tant il est par essence « mystérieux », indicible.
«Pourtant à travers ma mère, que j’ai connue et aimée, je me sens relié à tout ce monde étrange, à cette chose autre qu’était sa vie, et dont j’ignorais à peu près tout. C’est là une particularité de notre vie avec nos parents, que l’on oublie souvent et qui passe donc inaperçue. Nos parents nous relient – aussi isolés que nous soyons dans notre existence – à une chose que nous ne sommes pas, mais qu’ils sont ; il y a là une coupure, peut-être un mystère, si bien que même ensemble nous demeurons seuls. »

Leur vie « à tous les deux » commence avec la mort brutale du père, elle s’achève avec l’entrée de Richard à l’université et le train qui emmène sa mère au loin, chez elle,  une fois les préparatifs de l’année terminée. Juste une larme, puis, plus jamais…
« Et je la vis, son visage blême en retrait derrière la vitre teintée, une paume collée contre le verre pour que je la voie bien. Elle pleurait. Au revoir, disait-elle. J’agitai un bras dans l’air froid en disant : « Au revoir. Je t’aime », et je regardai le train disparaître à travers le dédale en briques de cette vieille ville industrielle. A cet instant, me semble-t-il, ma vie a réellement commencé et tout ce qui restait de mon enfance s’est achevé. »

Puis la maladie, un cancer, un regret (immense), un seul, mais jamais reproché…
Et ce sentiment très fort, que finalement tout est parfait, parce que l’amour, dit, épelé, mais jamais grimé ou sur joué, reste le fondement de ce qui les liait et les lie encore par-delà la mort. L’amour comme un prisme ou une pierre angulaire qui sous-tend, supporte et donne à la vie et à ses conséquences leur vraie dimension. 

« A-t-on jamais une « relation » avec sa mère ? Non, je ne crois pas. Le pittoresque n’existe que dans l’esprit des insensés. Nous n’avons jamais été liés par la culpabilité et par la gêne, ni même par le devoir. L’amour englobait tout. Nous espérions pouvoir lui faire confiance et il ne nous déçut pas. »
« J’ai vécu avec elle ce moment auquel nous aspirons tous, ce moment où l’on peut dire : « Oui. Les choses sont ainsi. » Cet acte de connaissance qui est la preuve de l’amour. Je l’ai vécu. »
Richard Ford, 
photo de Katja Heinemann

10 octobre 2010

Par un dimanche ensoleillé...


En lisant, en écrivant...
Saint-Palais, 1925.

06 octobre 2010

Pour Aliette

Dans ma bibliothèque, il y a une drôle de petite fille dans sa bulle de verre. Du haut de son étagère, elle me tient compagnie, pas très loin d'Andersen et des Fleurs de la petite Ida.
Et tous les jours, toutes les deux,  nous pensons bien à toi...


Car, oui, elle s'est bel et bien échappée d'une "Old Nursery Rhymes", illustrée par Kate Greenaway :



 Celle-ci très précisément, elle me l'a murmuré. 

Car il s'agit bien sûr de :

Little Betty Blue...






Cliquez sur les images pour agrandir.

05 octobre 2010

Beau Rivage @ Dominique Barbéris

Un hôtel dans la montagne, au bord d’un lac, près de la frontière, hors saison.
Une pension de famille un peu vieillotte où se côtoient quelques rares vacanciers, bon gré mal gré.Ils sont cinq exactement, sans compter la patronne et la femme à tout faire. Deux couples et un homme seul, il s’appelle Serge, c’est du moins ce qu’il affirme.
On se croirait dans un huis clos un peu forcé, quoique choisi, une pièce de théâtre où forcément il va se passer quelque chose, quelque chose de grave. Les soupçons pèsent, lourds, la tension est palpable.
Chacun épie l’autre sans vraiment le vouloir, les distractions sont rares, l’attention se fixe sur le voisin, de table, de chambre, comme pour en percer les mystères. Tous un peu voyeurs, à l’affût d’un geste, d’une parole échangée, d’un reflet dans la vitre.
Mais que font-ils tous là, réfugiés dans cet hôtel, alors que la saison est bel et bien terminée et que déjà l’automne, presque l’hiver - tout va si vite dans la région - fait son apparition, bourrasques, pluie et neiges mêlées ?
Bien des années se sont passées, près d’une dizaine, avant que la narratrice de cette étrange histoire ne prenne le temps et le risque peut-être de se la raconter à elle-même ou au lecteur.
Les images affluent nettes, précises :
«Je revois la voiture, comme elle nous était apparue ce soir-là, en cette fin de soirée plutôt où il commençait à faire nuit.»
Tout est précis, clair, mais non moins dénué de mystère. Récit «après coup» qui ajoute encore au sentiment pesant que quelque chose est en suspens, ne manquera pas d’arriver. Récit en abyme où se réfléchissent les sentiments présents, ceux de la narration et ceux du passé.
Le lac omniprésent (et pas seulement parce qu’il justifie, ironiquement le nom de l’hôtel) est comme un immense miroir, convexe, auquel personne ne peut échapper, pas plus qu’à l’immense verrière du salon, qui le soir reflète, ingénument les quelques veilleurs.
Reflets menaçants parfois..
«Oui, la surface du lac ouverte de tous les côtés. Nos reflets enfoncés à l’envers, la tête en bas, nos têtes touchant le limon froid, la pâle lentille du ciel clair»
Jusqu’aux bruits qui semblent s’y réfléchir, et les aboiements du chien :
«- C’est ce chien, avais-je dit. Le chien de l’ancien abattoir. Il aboie sans arrêt. On dirait que le bruit vient du lac.»
Huis clos forcément, et le malheur même s’il sourd d’un peu partout et surtout de tout le monde, ne semble attendre que son heure pour foncer sur sa proie.

«Tout le monde est triste, me dit Franck. Plus ou moins triste. Quand on se rend compte

Un très beau roman, envoûtant, inquiétant, une histoire transcrite d’une plume élégante, une histoire où le suspens tendu comme un fil prêt à se rompre n’a d’égal que la beauté, et l’apparente tranquillité des paysages, comme aux aguets.

Extraits :
«La verrière éclairée au milieu de la nuit ressemblait à une île (le feu brûlant ailleurs, au milieu de la sombre forêt), une île où nous aurions été perdus,où nous aurions été une poignée d’hommes, des survivants. Je pensais en regardant le feu dans la vitre à ces contes où des voyageurs égarés aperçoivent une lumière au fond de la forêt. On croit qu’ils sont sauvés, qu’ils viennent de trouver un abri, mais c’est la maison des brigands ou d’un ogre, d’un chasseur attablé à manger le coeur chaud d’une biche (où avais-je lu ce récit d’un chasseur mangeant le coeur d’une biche ?)».

"Chacun de nous derrière la frontière de sa peau, et si seul."

Editions Gallimard - Août 2010

04 octobre 2010

Le chien boomerang @ Henri Cueco

Loulou, c’est son nom, est un chien venu de nulle part, il aurait pu tout aussi bien s’être prénommé «Rond-point», par l’habitude qu’il avait prise de s’allonger, tas de chanvre immobile,  au beau milieu de la nationale 20, les voitures devaient le contourner pour passer.
Et puis, un jour, il a choisi sa maison, une de celles qui donnent sur la nationale justement, un magasin de «vitrerie-peinture-couture», bien placée à deux pas de la boucherie.
Sa principale activité consistait déjà à entrer et sortir du magasin-maison, entrer, sortir, sortir, entrer, en ayant soin de laisser derrière lui  tout une horde de puces.

Il ne demandait pas grand chose, le chien, du moins au tout début :
«Qu’on lui fiche la paix, voilà sa seule exigence. Pour manger, il volait, c’était un anarchiste.»
Un anarchiste, certes, mais qui vira bientôt tyran, du genre Tatie Danièle... Seule la mère aime inconditionnellement ce tas de puces qui pète comme un sonneur, crotte sur le trottoir et refoule les clients.
Une drôle de relation d’ailleurs, elle et le chien se mettent à parler, à dialoguer même... Elle lui demande conseil, il répond plus ou moins complaisamment. Tant et si bien que Loulou se mit à prendre la place du père. C’est tout simple, plus rien ne pouvait se décider sans son accord...

Mais de fil et aiguille, il fallut bien s’en débarrasser un peu, histoire de mettre du beurre dans les épinards en  le vendant, pourquoi pas,  au mieux offrant. Un bon chien de chasse.
C’est ainsi que Loulou, changea presque de nom, pour devenir Boomerang. Cette façon de toujours revenir après qu’on l’eut lancer...

Un très joli récit, amusant, piquant, pittoresque, suivi d’une courte nouvelle sur un chat, cette fois,  le dénommé Caramel. La vie, les derniers jours de Caramel. Un texte qui plaira à tous les amoureux des chats et qui à n'en pas douter n’aurait pas déplu à Colette.
«Les chats sont comme les amateurs d’opéra, ils se fichent du texte, ils n’écoutent que la musique

L'avis de Cathulu

Edtions JBz et Cie - juin 2010