25 décembre 2010

Joyeux Noël !


"Suddenly, I have a dreadful  urge to be merry"
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Charles Addams
(extrait de My crowd)

24 décembre 2010

The haunted tea-cosy @ Edward Gorey


Edmund Gravel, un vieux garçon misanthrope, s'apprête à fêter seul comme à son habitude cette veillée de Noël, tout en dégustant une petite tasse de thé et une tranche de pudding très rassie ("from the last one he had received more than a decade ago"), quand du tea-cosy bien utile pour conserver son thé au chaud des heures durant s'échappa une bien étrange créature : (cliquez pour agrandir)


  "I am the Bahhum bug" ! et je suis là pour vous faire découvrir "the interests of didacticism" !
(grosso modo, tout l'intérêt que l'on a de regarder autour de soi, c'est tellement instructif, n'est-ce pas, surtout un soir de Noël !)
Là-dessus un deuxième personnage aux allures de spectre frappe à la porte.
"Je vais te montrer des scène particulièrement touchantes".
Comme nous sommes chez Edward Gorey n'est-ce pas, ne vous attendez pas à des sucreries...
Orphelins, chiens abandonnés, tableaux envolés, étrange, étrange... 


Le spectre les emmène en pensée ou sur un tapis volant par tout le village où des scènes étonnantes, pas vraiment attendrissantes se déploient sous leurs yeux (Alma Crumble s'est cassé le poignet en pétrissant vigoureusement la pâte du pudding, for example !).
C'en est assez, va-t-en odieux personnage, lui ordonne le hanneton du tea cosy. Arrive un autre spectre, qui cette fois promet des scènes tout à fait angoissantes... Bien entendu, de mal en pis...
Apparait tout aussitôt la vision d'une Alfreda Crumble enlevée par des gitans, tandis que dans le cimetière on exhume un cerceuil d'une tombe fraîchement creusée contenant fort mystérieusement de vieux journaux.... 


 Assez, assez !!!! Un autre spectre paraît, "cette fois je vais te faire voir des scène à fendre le coeur ".
De mieux en mieux, comme vous le noterez.

"To the house opposite Fido was returned from the taxidermist and set down by the fireplace."

Il n'en faut pas plus à notre vieux misanthrope pour se lancer, effaré, dans l'écriture d'une petite pile d'invitations... Comme quoi, l'effet ne s'est pas fait attendre..
La chute de l'histoire ? Du pure Gorey, bien entendu !

Au fait le sous-titre de l'histoire était :
A dispirited and distasteful diversion for Christmas.
Au cas où vous en auriez douté :)
Après toutes ces émotions, je ne sais pas pour vous, mais je prendrais bien une petite tasse de thé...

21 décembre 2010

Jours toxiques @ Roxana Robinson

Julia Lamberts, professeur d'art à New York et artiste peintre à ses heures, reçoit pour quelques jours ses parents dans la vieille propriété du Maine qu'elle a retapée avec son ex mari et qu'elle garde précieusement comme le réceptacle de toutes les années passées, celles heureuses de l'enfance de ses fils, celles de son mariage perdu aussi.... Il faut dire qu'elle a bien du mal à reconstruire sa vie, Julia... Et son père, brillant neurochirurgien à la retraite, vieillissant à présent, ne lui facilite pas la tâche, toujours cynique, dur et prompte aux reproches plus ou moins masqués. Mais ils sont là à présent, et elle fera tout pour leur rendre agréables ces quelques jours de vacances malgré la tension qui déjà s'installe. Rapidement les évènements s'enchainent et pas pour le meilleur... Son fils aîné rapplique sans crier gare, étrange... pour lui apprendre, par ellipses, que Jack, le cadet, se shoote à l'héroïne...
Tout s'effondre.
Ambiance de huis clos familial où les tensions s'exacerbent alors que les non dits explosent d'avoir été si longtemps étouffés. Tous vont devoir se parler ou apprendre à le faire pour tenter de sauver Jack, une thérapie familiale se met en place, bien malgré eux.
Roxana Robinson excelle à mettre en scène ce qui pourrait être une tragédie théâtrale - quasi unité de lieu, de temps, et d'action, quelques flash back violents notamment sur les descentes aux enfers de Jack. Mais plus encore ce qui m'a profondément marquée dans ce roman âpre et dur, c'est bien la réflexion sur le corps, son importance et sa déchéance qui court tout au long du récit comme la trame du tapis... Le corps comme "présence" à l'autre, le vecteur même de l'être plus qu'un simple réceptacle.
"Comment se fait-il, songea-t-elle, que, lorsqu'on voit quelqu'un, toutes les pensées et les émotions désincarnées de cette personne s'agrègent dans cette silhouette, cette présence ? Comment le corps parvient-il à contenir toute la densité de l'être ?"
Le corps justement qui inéluctablement s'abime sous l'effet de la vieillesse, de la maladie ou de la drogue... Le corps qui en s'émoussant modifie non seulement nos rapports aux autres,  mais aussi la perception même que nous avons d'eux et réciproquement... 
La vieillesse qui emporte tout, en même temps qu'elle saccage les corps, comme la marée qui érode et use jusqu'à l'os, avant de se retirer.
"Ces personnes là n'existaient plus. Son père était désormais à peine capable de marcher, sa mère luttait péniblement pour suivre la conversation. Ses parents étaient en train de partir  à la dérive, engagés dans une bataille perdue contre leur corps et leur esprit. La marée se retirait."

Et puis la drogue, la drogue  qui change les êtres au point de ne plus pouvoir les reconnaître... La drogue, comme la vieillesse en somme, mais en accéléré.

Un roman fort et captivant, sans concession et qui décidément ne guérira pas vos bleus à l'âme...

Editions Buchet Chastel - septembre 2010

20 décembre 2010

Sanctuaires ardents @ Katherine Mosby

Quand Willard Daniels réinvestit sa propriété de Winsville, en Virginie, qui plus est marié, la petite bourgade n'a plus d'yeux que pour ce couple aux allures étrangement exotiques. 
Il faut dire que Vienna, la jeune épousée, détonne dans ce milieu provincial et étriqué. Très vite, on la catalogue, on l'épingle et on la jalouse... N'est-elle pas ce "Bas bleu de New York qui avait deux ans d'université derrière elle et des déshabillés en provenance de Paris, qui savait jouer du piano et parlait des langues étrangères, qui avait les cheveux blonds et une femme de chambre blanche, des chaussures et des gants pour les différents moments de la journée, un buste en marbre de Quintilien et quatre malles pleines de livres - plus que dans tout le reste de Winsville.". Pensez donc, un oiseau rare qui ne daigne pas rester pour le thé et s'envole à la moindre occasion...
Willard et Vienna auront deux enfants avant que le maître des lieux ne s'échappe à son tour, la laissant seule avec tout le domaine à gérer... 
Loin de "rentrer dans le rang", Vienna fuit désormais tout contact avec la micro société de Winsville, s'adonnant dès lors exclusivement à son long poème ("une épopée censée imiter Virgile par la structure, Dante par l'ampleur et Pope par le fond, ambition qu'elle annonçait timidement mais sans ironie"), à l'éducation de ses enfants, ou à la culture de ses arbres... Le tout sans une once d'académisme.
"De cette façon, elle avait atteint un singulier équilibre, dans lequel le cérébral et le séculier s'entremêlaient au physique et au spirituel comme les branches croisées des arbres fruités taillés. Elle prenait modèle sur les arbres qu'elle connaissait et aimait, et imitait le génie de la nature qui leur permettait d'être solidement ancrés dans le sol et par la force de la gravité, tout en couronnant vers le ciel, embrassant du même coup la terre et les cieux."
Willa et Elliot, les enfants, grandissent entre lectures, cours de latin et balades à travers les hectares de la propriété, petits sauvageons hyper cultivés et à la sensibilité exacerbée. 
Mais que dire d'une mère qui place les livres plus que haut que tout et certainement bien au-delà de la religion :
"Promets moi que tu les liras, lui avait murmuré Vienna un jour, levant la main pour montrer les rangées de volumes qui tapissaient son bureau. Ils peuvent te sauver."
Des arbres, des livres, et une allure par moments, de folle... Folle de douleur, en fait, la vie décidément ne lui aura pas fait de cadeau...
Mais folle, le terme est lâché et à plus d'une reprise. Folle pour "différente", tout le drame est là et les malheurs qui s'en suivent. Comment peut-on être différent dans un monde si petit, si pétri de préjugés sans passer pour la folle du logis. Du logis et des jardins tout entiers. Cette femme capable de fixer le bec de lièvre d'une autre avec intérêt, tandis que les autres détournent le regard, dégoûtés...
Ce long regard, indécent pour les autres, marquera à jamais, celle que l'on traite d'infirme :
"Pour agir comme cela avec une étrangère, je crois qu'il faut être quelqu'un de spécial. Alors souviens-toi, être différent ne fait pas de vous quelqu'un de spécial, mais être spécial fait de vous quelqu'un de différent."
Tout le reste du livre est à l'aune de cette phrase, entre humanisme, exubérance et fierté de demeurer celui que l'on est au tout au fond de soi dans l'extravagance la plus complète, un bon coup de pieds aux conventions de tous crins.
Et au premier plan, bien sûr, l'enfance, personnifiée par Willa et Elliot, deux petits énergumènes à l'image de leur mère, excentriques et profondément attachants.
"Tu vois ses petites mains ? Elle prie, Buba. Ca veut dire qu'il y a forcément un Dieu si même les abeilles prient quand elles meurent !", s'exclame Elliot, enflammé...

Passionnant, touchant, bouleversant, dramatique, vous ne serez pas prêts d'oublier Vienna, Willa et encore moins le petit Elliot, la dernière page du roman tournée. 
Ardent, oui, c'est le bien terme... Quant à Sanctuaires, vous verrez pourquoi...

"L'important, c'est ici, maintenant. Le paradis c'est le nocturne de Chopin que tu viens de jouer au piano, ce sont les champs et les arbres qui l'ont entendu. Ce n'est pas au futur que tu dois chuchoter, mais au présent."

Le marron : "Une couleur tellement mélancolique, comme le dos d'un moineau : c'est la parfaite couleur du regret."


Editions Quai Voltaire - Septembre 2010

18 décembre 2010

Les nombreuses vies de Frankenstein @ André-François Ruaud

Frankenstein, ou quand la créature couturée vola le nom, la vedette et l'immortalité à son créateur, le désormais oublié docteur Victor Frankenstein...
Monstre sans nom, jamais nommé, il finit pourtant dans l'imaginaire collectif par endosser le patronyme de son "père" maudit, lui dérobant tout à la fois son nom et sa vie.
Et pourtant, sans Victor, pas de créature, quelle ironie.... Il était temps de lui rendre enfin justice et de sortir de l'ombre épaisse où elles étaient enfouies la vie et la destinée de celui qui mit au monde l'un des monstres les plus fameux de notre histoire, de celui qui à l'image de Dieu donna la vie à partir du néant.
Car Victor Frankenstein a bien existé, bien entendu, tout comme son monstre d'ailleurs. Ils ne firent que croiser, dieu soit loué pour la postérité,  la destinée d'un petit groupuscule par ailleurs fort connu, le clan des Shelley, Byron et Polidori.
Préparez-vous donc à tout connaître ou presque de la naissance de Victor en passant par la création du monstre jusqu'à la fin tragique de Frankenstein au milieu des glaces polaires... Quid du monstre, l'éternel, les légendes à son sujet se succèdent, mais il pourrait bien avoir survécu.
Jeu de double, jeu de dupe, vaste jeu en tout cas de va et vient et de mort entre Victor et son monstre comme dans un incessant jeu de miroirs, l'un pourchassant l'autre, avant que les rôles ne s'inversent.  Mais comment Mary Shelley s'en fit-elle  le témoin, un beau jour, alors qu'elle était en villégiature dans la désormais devenue célébre villa Diodati ? La réponse et les hypothèses (étayées) entre ces pages diablement passionnantes sous la plume avisée d'André-François Ruaud...

Précis, documenté, illustré, ces "Nombreuses vies de Frankenstein" se dévorent d'une traite et donnent envie de se replonger illico  entre les pages du livre de Mary Shelley, dont la vie fut aussi étonnante qu'un roman (quelle modernité, quels malheurs en cascades aussi...).
Bref, un vrai bonheur !

A noter, Les nombreuses vies de Frankenstein est le huitième volume de La Bibliothèque Rouge des Moutons électriques. Collection un peu particulière et combien réjouissante puisqu'elle se propose de nous faire découvrir ou redécouvrir les grandes figures de la littérature populaire sous forme de biographies, exactement, eh oui, comme si ces personnages avaient réellement existé...
Ravie de cette découverte (je lorgnais à vrai dire depuis un certain temps cette collection), je viens de recevoir Les nombreuses vies de Miss Marple de Jacques Baudou, je ne pouvais guère y échapper !)





Un grand merci à Masse Critique de Babelio pour cette belle et monstrueuse découverte !

Editions Les Moutons électriques 

15 décembre 2010

Bientôt Noël....

Et je ne me manifeste plus guère par ici. 
Mais ce n'est que partie remise !
En attendant, nous continuons à décorer la maison (je crois que c'est le moment que les enfants préfèrent, enfin presque !)
Voici le sapin de cette année, il succède à tous les autres qui sont apparus successivement entre les pages de ce journal de lecture.

A très bientôt, j'espère avant Noël !

10 décembre 2010

Des livres et un vélo....


Les libraires de l'Est parisien, (Librest) ont la bonne idée de proposer une livraison à vélo, sous 3 heures à Paris ou à Vincennes, et ce pour un coût vraiment très modique.... 
Une bonne idée, sympa, qu'on a envie d'adopter tout de suite (vous avez sûrement des livres à acheter pour Noël !).

Soutenons les librairies de quartier, c'est important...
Leur site est ICI. Courrez-y vite, à pied, à cheval ou à vélo, à moins que vous ne préfériez le clic de souris !