Les animaux de Light Years et de James Salter.
Il y a dans Light Years, une tortue qui joue un rôle tout particulier.
Elle apparaît au début du livre, petit personnage au rôle secondaire, mais curieusement dont l'image ne vous lâche pas, comme imprimée sur votre rétine :
"Dans une pièce remplie de plantes vertes, une sorte de solarium, il y a un lézard, un serpent brun et une tortue assoupie. Trop haute, la marche du seuil l'empêche de sortir. La tortue sommeille sur le gravier, les pattes repliées. Elle a de longues griffes ivoire incurvées. Le serpent dort, le lézard aussi."
Elle revient à la toute fin ou presque. Elle n'a pas bougé, pas vraiment changé d'endroit, elle est toujours là, elle n'a pas pu partir, elle, la marche était trop haute, et pourtant elle y est arrivé, et pourtant les années sont passées, immenses, en apparence dévastatrices.
La tortue demeure avec sa maison sur son dos, gravée... Tout un symbole, un jeu de miroirs à peine voilée avec une pierre cette fois, une pierre lisse, une pierre tombale, celle du lapin, Laurence...
Tout ce qui porte des mots ne meurent pas tout à fait...
"Soudain, il aperçut une forme bombée, miraculeuse. Il s'arrêta, stupéfait. Comment pouvait-elle avoir échappé aux voitures, aux yeux perçants des enfants, des chiens ? Elle y était pourtant parvenue. C'était la tortue. Elle ne l'avait pas vu. Elle poursuivit son chemin en faisant bruisser les feuilles. Il se pencha pour la ramasser. La gueule reptilienne impassible, empreinte de sagesse, n'exprimait rien ; l'oeil pâle, limpide comme une perle, semblait vouloir regarder ailleurs. De ses pattes recourbées, la bête lui frappait les doigts, mais en vain. Finalement, elle se retira dans sa carapace, sur laquelle, pareilles à l'inscription à moitié effacée d'un écriteau, étaient gravées des initiales. C'est à peine s'il put les déchiffrer. Il mouilla son index et le passa dessus ; comme par enchantement elles devinrent lisibles. A contrecoeur, il reposa la tortue et l'observa un moment. Elle ne bougeait pas."
Les animaux accompagnent l'existence, ils en sont les témoins, le réceptacle sacré, et même parfois comme pour cette petite tortue, les survivants...
Et puis, il y a bien sûr, Hadji, le chien, le compagnon...
"Il but son thé. Il entendit le claquement des vieilles griffes de son chien sur le plancher. Hadji s'assit à ses pieds et leva les yeux, affamé comme tous les gens âgés. Son chien qui avait galopé à perdre haleine dans la neige, les pattes solides, les oreilles couchées en arrière; le regard vif, l'haleine pure. Une vie qui était passée comme un éclair."
"Il but son thé. Il entendit le claquement des vieilles griffes de son chien sur le plancher. Hadji s'assit à ses pieds et leva les yeux, affamé comme tous les gens âgés. Son chien qui avait galopé à perdre haleine dans la neige, les pattes solides, les oreilles couchées en arrière; le regard vif, l'haleine pure. Une vie qui était passée comme un éclair."
Source photo : Maclancy


1 commentaires:
Oh oui, magnifique réapparition... je l'attendais entre les pages depuis la rédaction de ton billet!
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