24 décembre 2011

Joyeuse fête de Noël !



Joyeuses fêtes de Noël à tous !

23 décembre 2011

Une image, en attendant Noël !

Illustration d'Arthur Rackham pour Le Noël de Monsieur Scrooge de Charles Dickens.
(Très jolie réédition des Editions omnibus, cartonnée etc..., un vrai petit bonheur !)

22 décembre 2011

Les animaux de Light Years et de James Salter.

Il y a dans Light Years, une tortue qui joue un rôle tout particulier.
Elle apparaît au début du livre, petit personnage au rôle secondaire, mais curieusement dont l'image ne vous lâche pas, comme imprimée sur votre rétine :

"Dans une pièce remplie de plantes vertes, une sorte de solarium, il y a un lézard, un serpent brun et une tortue assoupie. Trop haute, la marche du seuil l'empêche de sortir. La tortue sommeille sur le gravier, les pattes repliées. Elle a de longues griffes ivoire incurvées. Le serpent dort, le lézard aussi."

Elle revient à la toute fin ou presque. Elle n'a pas bougé, pas vraiment changé d'endroit, elle est toujours là, elle n'a pas pu partir, elle, la marche était trop haute, et pourtant elle y est arrivé, et pourtant les années sont passées, immenses, en apparence dévastatrices. 
La tortue demeure avec sa maison sur son dos, gravée... Tout un symbole, un jeu de miroirs à peine voilée avec une pierre cette fois, une pierre lisse, une pierre tombale, celle du lapin, Laurence...
Tout ce qui porte des mots ne meurent pas tout à fait...

"Soudain, il aperçut une forme bombée, miraculeuse. Il s'arrêta, stupéfait. Comment pouvait-elle avoir échappé aux voitures, aux yeux perçants des enfants, des chiens ? Elle y était pourtant parvenue. C'était la tortue. Elle ne l'avait pas vu. Elle poursuivit son chemin en faisant bruisser les feuilles. Il se pencha pour la ramasser. La gueule reptilienne impassible, empreinte de sagesse, n'exprimait rien ; l'oeil pâle, limpide comme une perle, semblait vouloir regarder ailleurs. De ses pattes recourbées, la bête lui frappait les doigts, mais en vain. Finalement, elle se retira dans sa carapace, sur laquelle, pareilles à l'inscription à moitié effacée d'un écriteau, étaient gravées des initiales. C'est à peine s'il put les déchiffrer. Il mouilla son index et le passa dessus ; comme par enchantement elles devinrent lisibles. A contrecoeur, il reposa la tortue et l'observa un moment. Elle ne bougeait pas."

Les animaux accompagnent l'existence,  ils en sont les témoins, le réceptacle sacré, et même parfois comme pour cette petite tortue,  les survivants...

Et puis, il y a bien sûr, Hadji, le chien, le compagnon...
"Il but son thé. Il entendit le claquement des vieilles griffes de son chien sur le plancher. Hadji s'assit à ses pieds et leva les yeux, affamé comme tous les gens âgés. Son chien qui avait galopé à perdre haleine dans la neige, les pattes solides, les oreilles couchées en arrière; le regard vif, l'haleine pure. Une vie qui était passée comme un éclair."

Source photo : Maclancy


21 décembre 2011

Un bonheur parfait (II) @ James Salter


 "Light Years" - je préfère de loin le titre anglais - est un roman qui se lit lentement et invite à la lecture paresseuse, entendez par là que deux à trois pages suffisent parfois avant de refermer le livre et les yeux fermés ou grands ouverts, cogiter, savourer, reprendre.
Salter a le don des phrases, des images qui font mouche, vous surprennent et vous touchent exactement là où vous ne l’attendiez pas, exactement là où ils fallaient qu’elles piquent, égratignent, apaisantes ou poignantes, presque blessantes.
Salter est le romancier des «sens», un sensuel comme je les aime, un de ces êtres, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, tout lui parle et fait sens. Hommes, femmes, animaux, paysages, et maisons, tout et tous lui parlent parce qu’il sait les entendre, et si bien.
Il y a un je ne sais quoi de Colette chez lui, un air de famille qui m’a tout de suite enchantée, et je ne croyais pas si bien penser, il aime Colette bien sûr et certainement tout autant que moi et même plus encore.
Colette aimait les femmes, les hommes, les enfants, les animaux, les maisons et les jardins avec le même enthousiasme et la même force virile. Pas de compassion, ni de mièvrerie, juste de l’amour et de l’émerveillement.
Colette aurait aimé le passage, c'est certain,  où Viri retrouve la nonchalante Ursula, elle n’était pas bien loin...
«Calme et sombre, Ursula est debout près de la porte de la cuisine. Elle mange une pomme. Il lui effleure les lèvres. Elle lui mordille le poignet. Elle a des yeux noirs et brillants, de longs cils entremêlés de femme ivre. Sa robe est soyeuse, son haleine très douce.
«Ursula», dit-il.
L’animal tourne légèrement les oreilles, puis oublie.
«Où étais-tu ? Qui a ouvert ta stalle ?"
Ursula bien sûr, leur poney. Qui n’a jamais approché un cheval d’un peu près ne pourra jamais apprécier réellement cette image, c’est tellement ça :
«Il lui caresse une oreille : elle est chaude, solide comme une chaussure.»

«Un bonheur parfait» pour reprendre le titre en français que je n’aime vraiment pas en raison de l’ironie qu’il sous-entend et que je ne trouve pas justifiée (on comprend tout de suite que le couple va mal et qu’il va droit au mur), est, bien plus que l’histoire d’un couple qui chavire sans réel avis de coup de vent , l’histoire d’une maison, d’une maison avec un grand M, murs, toit, jardin, serre et écuries, mais aussi l’enfance qu’elle abrite et qu’elle protège et les racines qu’elle fait pousser dessous vos pieds sans même que vous n’y preniez garde, le lieu d’où vous venez, la famille dont vous êtes issu. On la quitte un jour, on la vend, on s’en va même très loin, et pourtant elle reste là nichée, lovée quelque part dans votre poitrine, vous savez qu’un jour vous y reviendrez d’une façon ou d’une autre. Pas étonnant que Viri soit architecte, pas étonnant que Nedra passe tout son temps ou presque à décorer toutes ses demeures, même les plus éphémères, même celles de ses amants. La maison est un symbole, elle est la Terre, sa propre terre.
Et puis, il y a les histoires, les contes qui habitent les lieux et les êtres. Les personnages de Salter aiment les mots et aiment raconter, ce sont des conteurs, chacun à leur façon, et chacun à leur façon portent tout un monde en eux. Ils donnent et reçoivent, ils prennent, ils volent un peu aussi, ils perdent et se perdent, se trompent, se fourvoient, mais reviennent à l’essentiel, presque instinctivement, les mots.
« Jivan était sombre, plein d’histoires comme le serpent des mythes ; chacune des ses dents blanches contenait une histoire et chaque histoire, une centaine d’autres ; elles étaient toutes en lui, entrelacées, endormies. L’étranger bardé de légendes est invincible. Une fois qu’ils lui ont échappé, ces hymnes, ces plaisanteries, ces mensonges se mélangent à l’air, on les respire, on ne peut les filtrer. Il est comme la proue d’un navire qui fend les océans de sommeil. Le silence est mystérieux, mais les histoires nous remplissent comme le soleil. Elles sont pareilles à des éclats de miroir qui reflètent des images brisées ; rassemblez-les, et une forme plus grande commencera à apparaître : l’histoire des histoires"

Et puis bien sûr, Salter aime les femmes, et pas seulement pour leur pouvoir de séduction ou leurs charmes, parce que,  dit-il souvent en interview, elles sont bien plus courageuses, bien plus fortes que les hommes, beaucoup moins ennuyeuses aussi !
Nedra est un personnage à la Colette, comme elle, elle aurait pu tout quitter pour monter sur les planches, tout risquer. Comme elle, elle a tout risqué, certains diront perdu... 
Colette
Il ne s’agit finalement que d’une course folle contre la mort, le temps passe trop vite, il faut trouver les mots et les écrire pour ne pas oublier... 

"Un jour parfait commence dans la mort, ou son apparence, dans l’abandon complet. Le corps est atone, abandonné par l’âme, la force et le souffle. Le bien et le mal sont impuissants, la surface lumineuse d’un autre monde, toute proche, vous enveloppe, les branches d’arbre frémissent. Le matin, il s’éveille lentement, comme si le soleil lui caressait les jambes. Il est seul. Une odeur de café flotte dans la maison. Le pelage roux de son chien absorbe la lumière intense."
 

Roger M. Parry - "Room" - 1929

17 décembre 2011

Noël se prépare, enfin !


 Nous sommes un peu en retard par rapport aux années précédentes, mais nous y sommes arrivés...
Dernière semaine avant le grand jour, celui que les enfants attendent impatiemment et qui passe toujours trop vite...
Une chouette a rejoint la maisonnée, - à défaut de la "vraie",  celle de Saint Didier qui habite le silence de la nuit et nous fait rêver - nous comptons sur elle pour nous apporter un peu de sagesse et de sérénité (les chouettes n'en manquent pas, j'en suis certaine !)

16 décembre 2011

Un bonheur parfait ( I ) @ James Salter

 

source photo - Maclancy

"Je vais vous décrire sa vie à partir de l’intérieur, et sa maison aussi, les pièces où se concentrait la vie, les chambres baignées de soleil le matin, au plancher garni de tapis orientaux abricot, rouge et ocre hérités de sa belle-mère, qui semblait absorber la lumière, malgré l’usure, retenir la chaleur ; livres, fleurs séchées, coussins dans les tons de Matisse, objets étincelants d’authenticité dont beaucoup, s’ils avaient appartenu à un peuple ancien, auraient été placés dans les tombes pour une autre vie ; dés en cristal, morceaux de corne de cerf, boites, sculptures, boules de bois, magazines contenant des photos de femmes auxquelles Nedra se comparait.
Qui nettoie cette grande maison ? Qui récure les planchers ? Elle fait tout, et rien. Vêtue de son pull couleur d’avoine, toute mince, ses longs cheveux noués ; le feu crépite derrière elle. Ce qui l’intéresse vraiment, c’est le cœur de la vie : les repas, le linge, les habits. Le reste n’a pas d’importance et finit toujours par s’arranger. Elle a une bouche d’artiste, excitante, lumineuse. Des taches noires aux aisselles, l’haleine mentholée. Elle est dépensière. Elle achète sur un coup de tête, va chez Bendel comme elle irait chez un ami, décroche cinq ou six robes et entre dans une cabine d’essayage sans prendre la peine de bien fermer le rideau. On l’entrevoit en train de se déshabiller – bras minces, corps svelte, slip bikini. Oui, elle frotte les planchers et rassemble les vêtements sales. Elle a vingt-huit ans. Ses rêves lui collent encore à la peau comme une parure ; elle est pleine d’assurance, elle respire la sérénité, elle appartient à la famille des bêtes à long cou, des ruminants, des saints oubliés. Elle est réservée, d’un abord difficile. Elle cache sa vie."

Portrait de Nedra jeune, avant la suite, la déchirure, déjà en germe l'accroc dans la soie, la maille qui saute avant d'entrainer la longue estafilade... "Elle cache sa vie". 

A suivre....

13 décembre 2011

Après l'oubli le souvenir @ Oscar Castro ( I )


Premier volet d'une suite de billets, une sorte de  feuilleton en somme, qui verra bientôt le jour entre ces pages sur le thème du dernier ouvrage d'Oscar Castro, un roman cette fois-ci, "Après l'oubli, le souvenir", feuilleté et déjà parcouru avec délices après la merveilleuse soirée "de lancement" en musique, en chansons et sur scène au Musée des Arts Forains. Ce lieu sublime allait comme un gant, il va de soi,  à cet auteur, ami de longue date du fondateur du musée, Jean-Paul Favand, présent lui aussi -  bien sûr - et qui nous fit le grand plaisir de nous emmener à sa suite dans les dédales de son royaume, une féérie de lumières, de pièces rares, d'imaginaires et d'illusions.
Un vrai bonheur, arts, littérature, spectacle, musique et joie de vivre envers et contre tout, assemblés, réunis, l'espace de quelques heures, une petite éternité qui restera gravée dans notre souvenir.
Nous en sommes  sorties, Vanessa et moi,  avec la chair de poule, les émotions à fleur de peau, troublées, émues et ravies.
Tout un univers à explorer et à faire mien, dans quelque temps.

Pour commencer, cette petite vidéo, un peu ratée, un peu bancale, sur la musique des Forains d'Henri Sauguet, un vieux souvenir d'adolescence, un petit regret aussi, le temps passe si vite.
Les images que j'ai pu capturer ne rendent hélas pas hommage pas à la magie du lieu et du moment, ce ne sont au final que des impressions furtives, un peu floues, j'espère néanmoins qu'une certaine émotion s'en dégage... La suite viendra combler les manques !
Cliquez sur l'image pour voir la vidéo


Je ne résiste pas à l'envie de replacer à nouveau ce petit morceau, la chanson d'adieu, clin d'oeil au "Kabaret de la dernière chance", avec un K cette fois-ci, vous verrez pourquoi dans quelques jours, ou quelques semaines.
Ciel quel suspense !

De Soirée Oscar Castro Musée des Arts Forains
Cliquez sur l'image pour voir la vidéo

Et pour finir, last but not least,  une autre vidéo de qualité autrement meilleure que la mienne et  où l'on peut voir  Oscar dédicacer ses livres  :

12 décembre 2011

Le Kabaret de la dernière chance...


En souvenir d'une soirée inoubliable, hier soir.
Merci Monsieur Oscar Castro !

"Après l'oubli, le souvenir"
(aux Editions de l'Amandier)



La suite très bientôt !

Et un grand merci à Anne Vaudoyer.


Un clin d'oeil à Vanessa !





01 décembre 2011

Grignoter un livre jusqu'à l'os...


.... voilà ce qui me plait en ce moment. Déguster, humer l'air ambiant, et replonger pour une ou deux pages, pas plus, pour ensuite crayonner vite et nerveusement dans la marge et me dire que décidément, ce bonhomme-là,  je l'aime beaucoup !