La Maison où je suis mort autrefois @ Keigo Higashino
La Maison où je suis mort autrefois…
Quel titre singulier ! Récit posthume, d’outre-tombe, testament emmuré, enfoui entre quatre murs, un peu de tout cela effectivement, et bien plus encore...
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Dan Chaon en lisant ce roman, non pas qu' Higashino et lui se ressemblent littérairement parlant, mais j'y ai discerné une une certaine gémellité en tout cas dans l’entrecroisement des thèmes, quête
du passé, de l’identité, de l’identité bien évidemment, et de l’enfance perdue,
effacée, comme un souvenir un peu troublé qui hante et qui fascine.
Le narrateur, un universitaire, toujours célibataire et un
peu seul, comme déraciné et pourtant en
apparence paisible, serein, retrouve à l’occasion
d’une soirée entre anciens, une jeune femme qui fut une ex., celle qui partagea
avec insouciance six ans de sa vie. Ils ne s’étaient rien promis, si ce n’est
ce de ne surtout pas faire obstacle à l’autre. Quand elle mit fin à leur
relation quelques années plus tôt cela avait été juste un peu douloureux, mais
au final prévisible.
Quelques jours après cette soirée où ils n’ont fait que se
croiser, elle l’appelle, ils fixent un rendez-vous dans un lieu informel, un
café… Elle est mariée, mère d’une petite fille, et de toute évidence
malheureuse. La jeune femme est étrange, angoissée, elle s’inquiète de son
passé, de ses cinq premières années dont elle jamais gardé aucun souvenir, comme si
elle était née une deuxième fois le cerveau lavé de toute trace, de toute
image. Elle cherche, pourquoi ? Pourquoi, avoue-t-elle, maltraite-elle sa
fille, au risque, reconnait-elle de la tuer un jour? Son père est mort un an plus
tôt, et dans ses affaires elle a trouvé un plan et une étrange clef à tête de
lion… Une maison ? Voudrait-il l’aider à la retrouver ?
Le sujet est lourd, pesant, le jeune homme ne sait pas trop que
penser, quand il discerne, avant de la quitter, sur une hésitation, des
cicatrices juste au-dessus de son bracelet montre. Est-ce par un sursaut de
compassion, un sentiment de responsabilité au vu des années qu’ils ont passé
ensemble sans rien savoir d’elle, ou parce que lui aussi pense à la maison de
son enfance qu’il a laissée détruire sans même aller la revoir, au moins une
fois…
Ils partent finalement à sa recherche, pour le pire ou le
meilleur….
« Aujourd’hui encore, je suis incapable de dire si nous
avons eu raison de nous y rendre.
Cela s’est passé il y a deux ans. »
Ce qu’ils y découvrent les ramènent par petites touches et
insensiblement dans une atmosphère de plus en plus lourde à l’enfance de la
jeune femme, il y retrouvent des fantômes, la poussière de leur passage et des
indices de plus en plus troublants. Des horloges, pendules ou montres toutes
arrêtées à la même heure, des affaires proprement rangées, mais qui de toute
évidence n’ont pas bougé depuis des années, peut-être des décennies, et le
bureau d’un petit garçon, tel quel, comme s’il l’avait quitté précipitamment le
jour même, la poussière en plus…
Mais qui est vraiment Sayaka, la jeune femme, la mère
indigne, quels sont les liens qui la relient à tous ces personnages évaporés, à
cette maison à l’abandon, totalement perdue…
Entre enquête policière, jeu piste, remontée dans le temps
aux sources de la mémoire, nos deux personnages croisent la mort pour d’une
certaine façon sauver ce qui reste de vie et d’espoir.
Un roman hypnotisant, étrange et fascinant, mené de main de
maître qui fut couronné par le Prix Polar
international de Cognac…
L'avis de Serial lecteur, qui comme moi a été captivé !
L'avis de Serial lecteur, qui comme moi a été captivé !

5 commentaires:
ça m'a l'air insolite comme roman - je reconnais ne pas lire souvent de roman japonais :)
Passionnant, difficile de le lâché, j'ai été envouté
Niki, c'est roman un peu "spécial" mais tout à fait fascinant. Le thème de la mort est assez présent dans la littérature japonaise (du moins celle que j'ai abordée jusqu'à présent, ce qui est peut-être très subjectif, de par mes choix :)
Michel, justement je pensais à toi en le lisant, je me disais, tiens il faut que j'en parle à Michel ! je vais voir ton billet !
Oh une bien belle proposition. Merci de donner envie
C'est terriblement tentant, tout ça. J'aime le côté bizarre. Noté!
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