20 février 2012

La Maison où je suis mort autrefois @ Keigo Higashino



La Maison où je suis mort autrefois…  
Quel titre singulier !  Récit posthume, d’outre-tombe, testament emmuré, enfoui entre quatre murs, un peu de tout cela effectivement, et bien plus encore... 

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Dan Chaon en lisant ce roman, non pas qu' Higashino et lui se ressemblent littérairement parlant, mais j'y ai discerné une  une certaine gémellité en tout cas dans l’entrecroisement des thèmes, quête du passé, de l’identité, de l’identité bien évidemment, et de l’enfance perdue, effacée, comme un souvenir un peu troublé qui hante et qui fascine.

Le narrateur, un universitaire, toujours célibataire et un peu seul,  comme déraciné et pourtant en apparence paisible, serein, retrouve  à l’occasion d’une soirée entre anciens, une jeune femme qui fut une ex., celle qui partagea avec insouciance six ans de sa vie. Ils ne s’étaient rien promis, si ce n’est ce de ne surtout pas faire obstacle à l’autre. Quand elle mit fin à leur relation quelques années plus tôt cela avait été juste un peu douloureux, mais au final prévisible.
Quelques jours après cette soirée où ils n’ont fait que se croiser, elle l’appelle, ils fixent un rendez-vous dans un lieu informel, un café… Elle est mariée, mère d’une petite fille, et de toute évidence malheureuse. La jeune femme est étrange, angoissée, elle s’inquiète de son passé, de ses cinq premières années dont elle jamais gardé aucun souvenir, comme si elle était née une deuxième fois le cerveau lavé de toute trace, de toute image. Elle cherche, pourquoi ? Pourquoi, avoue-t-elle, maltraite-elle sa fille, au risque, reconnait-elle de la tuer un jour? Son père est mort un an plus tôt, et dans ses affaires elle a trouvé un plan et une étrange clef à tête de lion… Une maison ? Voudrait-il l’aider à la retrouver ?
Le sujet est lourd, pesant, le jeune homme ne sait pas trop que penser, quand il discerne, avant de la quitter, sur une hésitation, des cicatrices juste au-dessus de son bracelet montre. Est-ce par un sursaut de compassion, un sentiment de responsabilité au vu des années qu’ils ont passé ensemble sans rien savoir d’elle, ou parce que lui aussi pense à la maison de son enfance qu’il a laissée détruire sans même aller la revoir, au moins une fois…
Ils partent finalement à sa recherche, pour le pire ou le meilleur….
« Aujourd’hui encore, je suis incapable de dire si nous avons eu raison de nous y rendre.
Cela s’est passé il y a deux ans. »

Ce qu’ils y découvrent les ramènent par petites touches et insensiblement dans une atmosphère de plus en plus lourde à l’enfance de la jeune femme, il y retrouvent des fantômes, la poussière de leur passage et des indices de plus en plus troublants. Des horloges, pendules ou montres toutes arrêtées à la même heure, des affaires proprement rangées, mais qui de toute évidence n’ont pas bougé depuis des années, peut-être des décennies, et le bureau d’un petit garçon, tel quel, comme s’il l’avait quitté précipitamment le jour même, la poussière en plus…
Mais qui est vraiment Sayaka, la jeune femme, la mère indigne, quels sont les liens qui la relient à tous ces personnages évaporés, à cette maison à l’abandon, totalement perdue…

Entre enquête policière, jeu piste, remontée dans le temps aux sources de la mémoire, nos deux personnages croisent la mort pour d’une certaine façon sauver ce qui reste de vie et d’espoir.

Un roman hypnotisant, étrange et fascinant, mené de main de maître qui fut  couronné par le Prix Polar international de Cognac…

L'avis de Serial lecteur, qui comme moi a été captivé !

5 commentaires:

niki a dit…

ça m'a l'air insolite comme roman - je reconnais ne pas lire souvent de roman japonais :)

Michel a dit…

Passionnant, difficile de le lâché, j'ai été envouté

Lily a dit…

Niki, c'est roman un peu "spécial" mais tout à fait fascinant. Le thème de la mort est assez présent dans la littérature japonaise (du moins celle que j'ai abordée jusqu'à présent, ce qui est peut-être très subjectif, de par mes choix :)
Michel, justement je pensais à toi en le lisant, je me disais, tiens il faut que j'en parle à Michel ! je vais voir ton billet !

Vanessa a dit…

Oh une bien belle proposition. Merci de donner envie

Karine:) a dit…

C'est terriblement tentant, tout ça. J'aime le côté bizarre. Noté!