22 décembre 2012

Dan Fante @ 13e Note éditions

Ce n’est que cet été que j’ai découvert pour mon plus grand plaisir 13e note éditions, en lisant, en état d’hypnose presque total « Dommages collatéraux » de Dan Fante.


Je connaissais un peu le père, John Fante, pas du tout le fils, Dan… « Dommages collatéraux, l’héritage de John Fante » est un livre de souvenirs, et pas seulement, l’œuvre du fils d’un écrivain, devenu lui-même un véritable (et diablement bon) écrivain malgré le poids écrasant du père, l’alcool assassin, la déchéance et le désespoir. Dire que l’écriture a sauvé Dan Fante est un euphémisme, elle l’a  aussi réconcilié avec la statue du commandeur que fut longtemps pour lui John, le père, elle les a rapprochés, profondément unis, même par-delà la mort. Pas un jour, sans doute, sans que Dan ne pense à son père et à ce fameux héritage en noir et blanc…
« Mon père, l’homme au monde que j’ai le plus aimé, un homme qui avait refusé toute compromission, l’homme qui m’avait montré, par l’exemple, ce qu’était un véritable artiste, était mort. Après des débuts chaotiques qui avaient duré trente ans, nous avions fini par nous aimer tendrement, comme un père et un fils. John Fante m’a légué son ambition, son génie, son cœur pur d’écrivain. Il avait démarré sa vie avec un père alcoolique qui se détestait et s’était sorti de l’enfer de la misère et des préjugés. Il la quittait en étant le plus bel exemple de courage et d’humilité que j’aie jamais vu. John Fante était mon héros. »

Récemment, j’ai découvert avec bonheur, « La tête hors de l’eau » de Dan Fante, qui fait visiblement suite, tel que le précise l’éditeur, à « Rien dans les poches » également réédité par 13e note (un peu de retard à combler donc, mais l’un se lit et se dévore sans l’autre)…


On se doute bien à la lecture de ce roman, et après la lecture de « Dommages collatéraux…. », que Dan Fante puise dans sa moelle et dans sa chair avant de laisser ses mains marteler les touches de sa machine à écrire. Son héros s’appelle Bruno Dante, comme lui, il passe de petits boulots en petits boulots, et notamment le télémarketing, comme lui, il a connu le gouffre sans fin et poisseux de l’alcool, les Alcooliques Anonymes, tous deux ont un père écrivain… Mais il serait vain d’aller chercher au-delà, qu’importe après tout, Dan Fante nous conte surtout une histoire, car Dan Fante n’est pas que "le fils de", il est aussi un admirable conteur, un écrivain avec une maîtrise, un art du récit impeccable, un style un peu rêche, inimitable et une belle pointe d’humour et d’autodérision.
« La tête hors de l’eau » nous conte l’histoire d’un type un peu paumé qui se sort laborieusement de ses addictions, alcools, drogues, grâce à quelques mains tendues, peut-être pas totalement désintéressées d’ailleurs, grâce auxquelles il va sortir enfin la tête hors de l’eau, le temps de reprendre son souffle et peut-être d’entamer enfin véritablement sa vie et pourquoi en écrivant, enfin…
Quand Bruno Dante rentre chez Orbit, une boite de vente par téléphone, il saisit un peu la dernière perche tendue et il a bien l’intention de s’en sortir. Oui mais, c’était sans compter sur la petite nouvelle, embauchée en même temps que lui, une certaine Jimmi, belle à tomber à la renverse, « Elle avait un cul sensationnel. Dur. Rebondi comme un oreiller plein de mousse du Motel 6. », et quelques problèmes à peine résolus avec le crack et l’alcool…
Leur histoire d’amour commence déjà mal et dès les premières pages on se doute qu’il sera difficile de maintenir la tête hors de l’eau… Mais il y a la vieille machine à écrire du père, une Smith-Corona, et l’image d’un petit garçon diablement intelligent qui vient hanter le récit, (on ne peut s’empêcher de penser, malgré tout ce que je viens d’écrireà Nick Fante, le frère de Dan…).

Photo extraite de "Dommages collatéraux" 13e note éditions

En un mot, vous l'aurez compris, il faut lire Dan Fante (et John aussi) !

« Je n’écris pas des histoires sophistiquées pour intellos, ni des séries recyclables en séries télé ; je parle de moi. Ce qui me pousse à écrire, ce n’est pas l’envie de changer le lecteur, mais plutôt l’envie de lui faire savoir qu’il peut changer. J’écris sur la vie, sur la mort, sur l’amour et toutes les façons de le gâcher – et d’en réchapper. J’écris sur la folie et la mort. J’écris pour la survie de mon cœur. » ("Dommages collatéraux")

2 commentaires:

Vanessa a dit…

Merci infiniment d'avoir écrit cette note. Je ne suis ainsi pas la seule à profiter de tes voies de lecture. Et puis grâce à toi, je cherche partout la collection "pulse" (poche) des éditions 13ième note!

Lily a dit…

Une très très chouette maison d'éditions que je découvre avec plaisir, contente de les découvrir avec toi :)