Raging Bull @ Jake LaMotta
Tout le monde connaît peu ou prou
Jake LaMotta, célèbre boxeur américain, champion du monde des poids moyens de
1949 à 1951, et pas seulement les amateurs de boxe (dont j’avoue ne pas faire partie, tout juste puis-je me souvenir de certaines
retransmissions qui étaient diffusées à la télévision dans mon enfance, (« impensable »
à notre époque ?), c’était dans les années 70, le spectacle m’était à
peine supportable et pourtant je le regardais fascinée…).
Tout le monde connaît Jake
LaMotta pour au moins une raison, son livre de mémoires fut porté à l’écran par
Martin Scorsese en 1980 avec dans le rôle de Jack, Robert de Niro, tout
simplement formidable (Oscar du meilleur acteur).
Si le film (dans mon souvenir )
est assez fidèle à la biographie de LaMotta parue une dizaine d’années plus tôt,
il occulte néanmoins la première partie de l’histoire du boxeur, à savoir son
enfance et sa prime jeunesse particulièrement mouvementées et primordiales pour
comprendre l’itinéraire du bad boy du Bronx et des faubourgs.
LaMotta s’est très bien entouré
pour rédiger ces mémoires, c’est avec l’aide de l’un de ses plus vieux amis, Peter
Savage (on imagine les longues conversations qu’ils durent avoir pour
rassembler tous ces souvenirs parfois très intimes et particulièrement
douloureux), et du journaliste Joseph
Carter qui manie, ma foi, très bien la plume que ce livre put voir le jour en
1970 et obtenir un grand succès aux Etats Unis puis en France où il fut publié
quasiment dans la foulée (mais jamais réédité jusqu’à ce jour)
Raging Bull (du surnom de Jake
sur le ring, « Le Taureau Furieux »), est le récit d’un jeune garçon,
puis d’un adolescent à qui la vie n’a guère fait de cadeau, c’est le moins que
l’on puisse dire, enfance misérable d’émigrés dans les faubourgs, père
alcoolique abonné à la violence, qui
comprend un jour, « grâce » à ce dernier, que si l’on veut survivre dans ces quartiers
où dès l’enfance règne la loi du plus fort, il faut se battre, et même avec un
pic à glace…
« Si tout le monde répétait
que la crise s’achevait, moi je ne m’en apercevais pas. J’avais seize ans, j’étais
un petit dur, ce qu’on appelle aujourd’hui un jeune délinquant. A l’époque, on
disait « un bon à rien », « une graine de voyou ». Si je m’étais
fait descendre par un flic en train de piquer la robinetterie dans un
appartement vide, on m’aurait enterré en un quart d’heure, point final. J’étais
un bon à rien, je vivais comme un bon à rien dans un quartier de bons à rien…
Aujourd’hui, lorsqu’il m’arrive certains
soirs d’évoquer mes souvenirs, j’ai l’impression de regarder un vieux film en
noir et blanc qui raconte ma vie, un film dont l’image tremblote et dont
certaines scènes mal éclairées, semblent n’avoir ni début ni fin. Pour tout
accompagnement musical, une sirène de police et un coup de feu de temps à
autre, le plus souvent la nuit, comme si je n’avais vécu qu’après le coucher du
soleil. »
L’argent manque, LaMotta, très
jeune, se lance alors dans les braquages, fréquente la petite pègre locale, et
peu à peu se met à jouer du colt…. Il a tout juste seize ans quand il tue un
homme, un bookmaker bien connu du quartier, un homme sans histoire. Il s’en
voudra toute sa vie et portera le fardeau de la culpabilité des années durant,
des années avant que coup de théâtre….
Envoyé en prison pour vol dans
une bijouterie (le fardeau du meurtre se met à peser lourd comme un couvercle,
c’est sûr, se dit-il, il paiera un jour au centuple ce geste terrible), il
découvre alors, si jeune encore, l’univers carcéral et toute sa violence
(encore…) et y rencontrera un prêtre, le père Joseph, qui très
finement l’apprivoisera, et le fera parler, lui qui se s’était jamais confié à
personne…
« Les souvenirs affluaient à
présent :
Dès l’âge de huit ans, j’ai
commencé à me battre pour du pognon. Je ne parle pas de bagarres entre copains,
mais pour le fric – pas beaucoup d’ailleurs. Dans les clubs du Bronx où les
mecs qui ont du blé picolent et jouent aux cartes, les gars font venir des
mômes, leur jettent des pièces et les gosses se battent pour les ramasser. Mon
vieux m’y emmenait à chaque fois qu’il entendait parler d’un « combat »,
c’est-à-dire au moins une fois par semaine. Quand on rentrait à la maison, il
me prenait l’argent que j’avais gagné. Un type formidable, le paternel. »
Le père Joseph va permettre à
Jake de réaliser dans l’enceinte même de la prison son rêve d’enfant, pratiquer
la boxe, mais cette fois dans les règles de l’art….
Plus tard, il retrouvera son ange
gardien, en pleine gloire….
En pleine gloire, mais avant la
déchéance, une terrible descente aux enfers.
Grandeur et décadence, comme tout
bon héros Scorsésien…. On comprend la passion du cinéaste pour un tel destin,
celle de Robert de Niro également (qui, souvenez-vous, n’hésita pas à se transformer
magistralement pour le rôle, mince et musclé, entraîné par LaMotta en personne
pour la période glorieuse, empâté et considérablement alourdi pour la suite …
).
Ce récit se lit d’une traite, un
peu comme un roman noir, dur et violent, un roman d’apprentissage aussi, le
petit gamin du Bronx devenu une star, puis plus tard une star déchue, avant un
dernier rebond…
A noter, c’est en se
rendant aux Etats-Unis, le 27 octobre 1949, pour son match retour contre LaMotta que Marcel
Cerdan perdit la vie dans le crash de son avion au-dessus de l’Archipel des
Açores.
Raging Bull – 13e Note
éditions, Collection Pulse. Janvier 2013

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